Certains membres de la communauté Kiryas Tosh de Boisbriand, confinés dans leur secteur depuis plus d’une semaine, se sentent discriminés et ont manifesté leur mécontentement lundi soir lors d’une manifestation.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Lundi soir à 22 h 30, 200 personnes de la communauté Tosh se sont réunies devant l’un des deux points de blocage du secteur mis en quarantaine où résident certains membres de la communauté. Ils se sont avancés vers les policiers. La manifestation s’est estompée dans le calme vers 1 h, selon la Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville (RITB). Il n’y a eu ni arrestation, ni constats d’infraction. La manifestation va à l’encontre du décret du gouvernement qui interdit les rassemblements par mesure de sécurité en temps de pandémie. Une enquête en cours vise à identifier les contrevenants.

Cet évènement spontané est survenu après que les agents de la RITB aient refusé le passage à un automobiliste issu de la communauté Tosh. Il ne correspondait pas aux deux critères l’autorisant à entrer et sortir, qui sont les suivants : donner ou recevoir un service essentiel ou être sur la liste des fournisseurs d’un service essentiel, comme le sont les livreurs de nourriture ou de médicaments.

Une ordonnance de la Direction de santé publique des Laurentides impose à la communauté juive de Boisbriand un confinement de deux semaines depuis le 29 mars. On veut éviter que le coronavirus se propage, après qu’une quarantaine de cas positifs à la COVID-19 se soient déclarés.

Le service de police local contrôle les entrées et sorties de la communauté, avec la collaboration de volontaires Chomrim, qui font office d’agents de la paix au sein des Tosh. « De façon générale, on a une très bonne collaboration » malgré l’incident de lundi, insiste Martin Charron, inspecteur et responsable des communications à la RITB.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Entre tensions et incompréhension

Plusieurs citoyens de Boisbriand se plaignent que des membres de Kiryas Tosh se présentent toujours dans les épiceries et les quincailleries, selon une source au fait du dossier. Ils ne se sentent « pas à l’aise » et font état de failles dans les mesures déployées. Selon eux, elles ne seraient pas efficaces.

Martin Charron soutient que ce n’est pas le cas. « On demande aux gens de faire confiance au service de police. Il y a un contrôle qui est fait et certaines personnes sont autorisées à livrer des services essentiels. »

Certains juifs hassidiques Tosh n’habitent pas dans le quadrilatère mis en quarantaine. Plusieurs sont installés dans des rues avoisinantes et ne font pas partie géographiquement du secteur confiné.

Quelques-uns sentent que leurs libertés individuelles sont brimées et qu’on ne leur offre pas des services auxquels tous les Québécois ont droit, indique Alain Picard, porte-parole du Conseil juif hassidique du Québec. Mais les autorités ont dit qu’elles allaient tout faire pour fournir ces services, conçoit-il. C’est la communauté Kiryas Tosh qui au départ a demandé de l’aide pour faire respecter le confinement, rappelle-t-il, et l’incident de lundi soir était malencontreux. « Il y a eu une mésentente et on le déplore. »