C’est avec consternation que la communauté la plus nordique du Yukon a reçu la visite d’un couple de Montréalais qui fuyait la COVID-19, il y a quelques jours, avant de les renvoyer manu militari.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Depuis le début de la pandémie, chaque fois qu’un avion atterrit à Old Crow, village de moins de 300 habitants inaccessibles par la route, un agent accueille les voyageurs pour leur demander de s’isoler pendant 14 jours.

Or vendredi dernier, jour où le Yukon a déclaré l’état d’urgence, l’agent croyait rêver lorsqu’il a vu débarquer deux jeunes Québécois dans la vingtaine vêtus de vêtements légers, alors que les températures sont glaciales en mars.

L’agent les a alors escortés jusqu’à une coopérative qui compte quelques chambres pour les touristes. « Puis il s’est surtout assuré que personne n’entre en contact avec eux ! », a raconté à La Presse Dana Tizya-Tramm, chef du conseil de la Première Nation des Gwitchin Vuntut, qui habite le territoire.

Les membres de la nation autochtone leur ont ensuite déposé de la nourriture à leur porte de chambre. « Mais absolument pas question de les laisser sortir !, a tonné le chef Tizya-Tramm. Nous ne pouvons quand même pas devenir le « safe space » (espace sécurisé) du Canada ! »

Pour l’instant, Old Crow est épargné par la COVID-19, et la nation Gwitchin Vuntut compte bien s’assurer que les choses demeurent ainsi. Le Yukon a annoncé hier qu’il dénombrait cinq cas confirmés de COVID-19 dans ce territoire jusqu’ici.

Le chef de la Première Nation a lui-même tenu à parler aux deux Québécois, mais par téléphone seulement, pour essayer de comprendre ce qui avait bien pu leur passer par la tête en tentant d’élire domicile sur son territoire.

« J’ai entendu leur peur, a-t-il raconté en entrevue. Ils m’ont dit qu’ils craignaient d’attraper la COVID-19, que l’armée allait bientôt être dans les rues de Montréal et qu’ils avaient tout vendu ce qu’ils possédaient pour venir ici. »

Le chef de la Première Nation leur a expliqué qu’ils ne pouvaient pas rester à Old Crow, où il n’y a même pas de médecin, seulement une infirmière. Le village souffre également d’une importante crise du logement, ce qui pourrait augmenter les risques de propagation si des citoyens étaient éventuellement infectés par le coronavirus, d’après lui.

« Les voyageurs sont dangereux pour notre communauté. Nous sommes peu nombreux, mais nous sommes une communauté tissée serrée. Notre histoire se transmet oralement, alors nous dépendons de nos personnes âgées. Nous ne pouvons pas les perdre à cause de la COVID-19 », a expliqué Dana Tizya-Tramm.

Ils auraient dû nous appeler avant de débarquer ici. On leur aurait dit que nous n’avions pas de place pour les recevoir.

Dana Tizya-Tramm, chef du conseil de la Première Nation des Gwitchin Vuntut

La GRC a finalement informé le couple de Québécois qu’ils seraient renvoyés à Whitehorse, la capitale du territoire. Ils ont quitté dimanche dernier, au grand soulagement de Old Crow.

Comme il l’a mentionné au couple de Québécois, le chef de la Nation Gwitchin Vuntut implore les Canadiens de ne pas poser des gestes irréfléchis comme celui de se ruer dans le nord du pays. « Il faut tous être solidaires… mais de grâce, en gardant deux mètres de distance ! », conclut-il avec humour.