(Québec) Il y a un signal « encourageant », mais l’hirondelle ne fait pas le printemps. Québec soutient que la propagation du coronavirus est moins forte qu’anticipé, mais il refuse de divulguer ses prévisions, entre autres par crainte de provoquer la panique.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Pour une rare fois depuis le début de la pandémie, le gouvernement Legault a donné une appréciation, certes sommaire, sur la vitesse de propagation du coronavirus au Québec par rapport aux prévisions. Il l’a fait au moment où la hausse des cas de COVID-19 est passée de 24 % samedi à 14 % dimanche. Ainsi, 2840 Québécois sont infectés par le coronavirus selon les tests effectués jusqu’ici, 342 de plus que la veille.

La hausse de 14 %, « c’est encourageant, mais ça ne veut pas dire que, demain, on ne reviendra pas à 24 %, ou à 30 %, ou à 40 % », a affirmé le premier ministre François Legault dimanche, de retour pour le point de presse quotidien après une journée de repos. Si « on ne peut pas conclure sur la base d’une seule journée », il reste qu’« actuellement, c’est sous contrôle », selon lui. Il n’en demeure pas moins que le Québec compte près de la moitié des cas de COVID-19 au pays.

Quelque 192 personnes sont hospitalisées (+ 28), dont 72 se trouvent aux soins intensifs (+ 15). On déplore toujours 22 morts.

« Sur la base de ce qu’on a projeté, notre accélération actuellement est en deçà de ce qu’on avait projeté comme étant un scénario chez nous », a affirmé le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. Mais la fameuse courbe d’augmentation de cas « n’est pas encore aplatie », selon lui.

« Il est possible que seulement au 40e jour, on va atteindre ce que j’appellerais un plateau », a-t-il indiqué. On comprend donc que l’augmentation des cas de COVID-19 se poursuivrait jusqu’au 20 avril pour ensuite se stabiliser et atteindre un « plateau ». « Plus on étale » la progression des cas, « plus le plateau, il va prendre du temps à arriver », a expliqué le Dr Arruda. Ainsi, « la courbe est fatigante parce qu’elle dure plus longtemps, mais elle est moins forte ».

Il a accompagné ses explications de grands gestes pour faire comprendre son propos, une mimique devenue virale sur les réseaux sociaux. Il a utilisé une main pour montrer la progression des cas de COVID-19 et il a tapé dessus avec l’autre à répétition pour montrer que le gouvernement cherche à aplatir la fameuse courbe.

Ce n’est pas nécessaire, selon lui, de connaître les « scénarios » de propagation du coronavirus produits par le gouvernement. Le Dr Arruda affirme ne pas chercher à « gagner un prix » pour avoir prévu « le bon chiffre ». « On n’est pas à la Loto-Québec ici », a-t-il lancé.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Geste à l’appui, le directeur national de santé publique Horacio Arruda explique que la courbe d’augmentation de cas « n’est pas encore aplatie ». 

Il reste qu’« à chaque journée, là, maintenant, on en a moins [de cas de COVID-19] qu’on pensait qu’on en aurait à partir de nos scénarios ».

La veille, le Dr Arruda déclarait plutôt qu’« entre ce qu’on a projeté puis ce qu’on est en train de vivre, on est en plein dessus ». Cela signifie que le nombre de cas enregistrés était égal ou à peu près aux prévisions samedi.

« De nature confidentielle »

La Presse a demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux de fournir les projections en question. La demande a été refusée. « Les projections auxquelles Dr Arruda fait référence sont des outils internes servant de document de travail. Ceux-ci contiennent des statistiques destinées aux autorités gouvernementales et sont donc de nature confidentielle. Il ne nous est pas possible de vous les fournir, et ce, même si d’autres provinces semblent le faire », a répondu le Ministère.

La Colombie-Britannique diffuse des informations plutôt détaillées quant à ses prévisions sur la progression du coronavirus et sur la capacité de son système de santé à répondre à la demande. C’est ce qui a permis aux autorités de la province de dire que les mesures de confinement avaient permis de faire passer l’augmentation quotidienne de cas de 24 %, selon les projections qui avaient été faites, à 12 %.

« Ce que je trouve dangereux dans les documents de la Colombie-Britannique, c’est que je suis certain qu’ils ont des scénarios plus pessimistes et des scénarios plus optimistes », mais qu’ils ne les divulguent pas tous, a réagi François Legault.

Je préfère en avoir plusieurs, puis je préfère qu’on le garde pour nous parce que, si on commence à donner tous les scénarios, incluant le plus pessimiste des pessimistes, bien, on peut commencer à faire paniquer les gens.

Le premier ministre François Legault

Rappelons que le 15 mars, François Legault avait tout de même déclaré qu’un scénario « considéré » par le gouvernement, « plus pessimiste », faisait état de 4 millions de Québécois infectés, de 400 000 hospitalisations et de 24 000 morts.

La seule référence en ce qui concerne les prévisions du gouvernement du Québec, c’est le document obtenu par La Presse auprès de sources de la communauté médicale il y a plus d’une semaine. Il s’agit des projections du ministère de la Santé et des Services sociaux qui sont datées du 16 mars et qui ne tiennent donc pas compte des mesures de confinement annoncées par Québec.

Comme on l’a déjà indiqué le 27 mars, le nombre de cas prévus dans ces projections était à peu près égal à ce que l’on observait en réalité. L’augmentation réelle est toutefois inférieure aux prévisions depuis. Pour le 29 mars, il est difficile de cibler un chiffre précis dans la courbe, mais on semble être à plus de 3000, voire à 3500 cas. Les 2840 cas annoncés par le gouvernement sont donc sous ces prévisions.

« À chaque jour, je me couche en me demandant ça va être quoi, le chiffre du lendemain. Puis actuellement, les affaires font qu’on n’est pas en perte de contrôle par rapport à ce qu’on avait planifié », a affirmé le Dr Arruda sans commenter les projections obtenues par La Presse. Celles-ci concluent qu’il y aurait 18 000 cas de COVID-19 d’ici au 21 avril.

Masques : appel à tous

François Legault a fait valoir que le Québec est « l’un des endroits au monde », avec la Colombie-Britannique et l’Alberta, « où on teste le plus ». On compte 6313 personnes faisant l’objet d’une investigation, et 49 364 autres ont reçu un résultat négatif au test.

Il a ajouté que le Québec a « toute une marge pour être capable de bien soigner le monde » : 6000 lits sont disponibles dans le réseau de la santé, alors que 192 personnes sont hospitalisées pour le moment. C’est environ deux fois moins que les projections du Ministère. Il y a toutefois plus de personnes que prévu aux soins intensifs. Mais certaines s’y trouvent par précaution, même si leur état ne le justifie pas nécessairement, selon le Dr Arruda. Il y a 84 Québécois atteints de la COVID-19 qui sont maintenant guéris.

« On a demandé à tout le monde – les villes, les écoles, les entreprises –, tous ceux qui ont des masques, qui ont de l’équipement médical, [de les] ramener dans le réseau médical pour être capable de bien contrôler l’évolution parce que, partout dans le monde, c’est rationné », a indiqué François Legault. Il a ajouté ne pas avoir « d’inquiétudes à court terme », mais en fonction de l’ampleur de la pandémie ici, « on pourrait en avoir besoin ». La semaine dernière, la ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann – en pause dimanche – avait évoqué la réception prochaine au Québec de « millions » de masques.