Les ressources intermédiaires qui accueillent des aînés, des personnes autistes ou souffrant de déficience intellectuelle peinent à recruter du personnel pour veiller sur leurs résidants désorganisés et fortement angoissés par la pandémie de COVID-19.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

La raison est simple : peu de candidats acceptent de venir s’occuper d’une clientèle complexe et de prendre des risques, le tout pour le salaire minimum, selon l’Association québécoise des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec, qui appelle Québec à l’aide.

« On est le réseau le plus fragile en matière d’hébergement. […] Ça nous prend du soutien. Ça fait une semaine que je demande au ministère de la Santé de nous aider. Je sens qu’il y a une écoute. Mais on est dans l’urgence. On est en situation d’extrême précarité », affirme la directrice générale de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ), Johanne Pratte.

Les ressources intermédiaires estiment que mieux les soutenir est d’autant plus pressant que le réseau de la santé libère actuellement à vitesse grand V des lits dans les hôpitaux occupés par des patients en « fin de soins actifs » afin de faire de la place pour les cas de COVID-19. Certains de ces patients sont envoyés dans des ressources intermédiaires (RI). « On se fait demander d’aider. Mais on n’a aucun soutien ! On reçoit beaucoup d’appels de RI qui sont inquiètes », affirme Mme Pratte.

Valérie Coombf est propriétaire de deux ressources intermédiaires de Montréal qui accueillent des personnes avec de la déficience intellectuelle, des troubles du spectre de l’autisme et des troubles du comportement. Avec l’épidémie de COVID-19, 4 de ses 17 employés sont en isolement. Elle tente de les remplacer, sans succès.

« Mes employés sont payés au salaire minimum. Ce sont des gens formidables. J’essaye de remplacer ceux qui sont absents, mais mes offres d’emplois n’ont aucune crédibilité. Qui va accepter de venir prendre des risques avec une clientèle difficile pour le salaire minimum ? Ça n’a pas de bon sens », dit-elle.

Clientèle désorganisée

Avec les mesures de confinement en vigueur au Québec pour prévenir la propagation de COVID-19, les résidants des ressources intermédiaires sont confinés à l’intérieur. Plus possible pour eux d’aller à l’école, au centre de jour ou à leurs ateliers de travail supervisé. Les visites aux familles sont aussi arrêtées.

Leur routine est changée. Ils ne comprennent pas. Ils se fâchent après nous. Pour le personnel, ça demande beaucoup de temps en gestion des comportements.

Valérie Coombf propriétaire de deux ressources intermédiaires de Montréal

La pression sur les employés toujours en poste est forte. Ceux-ci passent énormément de temps à gérer des crises. Ils doivent aussi porter une attention particulière à la désinfection. Mme Coombf fait elle-même des quarts de travail. Elle prépare aussi de la maison tous les repas pour ses deux ressources intermédiaires (RI), pour éviter à ses employés débordés de devoir les préparer. « Je veux que le personnel soit plus présent pour notre clientèle », dit-elle.

Les compensations offertes par les gouvernements aux employés en isolement pour la COVID-19 inquiètent grandement la propriétaire. « Mes employés gagnent le salaire minimum… remarque-t-elle. Si je pouvais les payer plus, on aurait moins de personnes qui seraient tentées de partir maintenant ». Mme Pratte souligne aussi que si ces mesures de soutien aux travailleurs sont importantes, elles fragilisent les ressources intermédiaires : « Certains se disent que c’est plus payant de rester à la maison que de venir travailler […] Les ressources intermédiaires doivent être soutenues financièrement pour payer plus les employés. Rapidement. »