« J’ai parlé à un homme qui avait des symptômes de la COVID-19 depuis plusieurs jours et qui n’avait aucune idée du numéro à joindre. La communauté chinoise n’est pas bien rejointe. »

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Si tout le monde est au courant pour le dangereux virus, Xi Xi Ling, directrice générale de l’organisme Service à la famille chinoise du Grand Montréal, s’inquiète que les personnes allophones, surtout celles qui sont âgées, n’aient pas accès aux informations précises. « Où appeler ? Quels sont les symptômes ? Nous nous affairons à traduire quantité de documents, à joindre par téléphone les personnes âgées que notre organisme aidait déjà, mais on n’arrive pas à tout faire. »

Ceux qui connaissent bien le français ou l’anglais sont aussi déboussolés par certaines consignes. « En Chine, le masque était obligatoire. Les gens s’étonnent qu’ici, ils puissent presque être victimes de discrimination s’ils le portent. »

Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire, croit que les communautés culturelles constituent actuellement le plus gros angle mort du gouvernement. « On comprend bien qu’il y a 1 million de choses à mener de front, mais ça doit devenir prioritaire. Des gens continuent de se réunir dans des lieux de culte parce qu’ils se disent que si c’est ouvert, ils doivent y aller. »

Qu’est-ce qui est fait, dans ces cas-là ? « Les policiers sont contactés et ce sont habituellement les pompiers qui se rendent sur place. »

« Beaucoup d’allophones ne sont pas encore au courant de la consigne contre tout rassemblement. »

L’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux (ACCESSS) a pour sa part dit au Devoir avoir alerté en vain à trois reprises le gouvernement au sujet de l’urgence de rejoindre les communautés culturelles. L’organisme a fini par faire faire et payer elle-même des dépliants distribués dans 25 langues. 

Des députés mis à contribution

À l’Assemblée nationale, plus question de partisanerie. Chacun met l’épaule à la roue, souligne Andrés Fontecilla. Il a lui-même fait une capsule en espagnol, sa collègue solidaire Ruba Ghazal en faisant une en arabe.

Le premier ministre François Legault a par ailleurs remercié publiquement le député libéral Monsef Derraji pour son aide.

Comme l’indique Evan Sauves, attaché de presse de François Legault, « M. Derraji nous a beaucoup aidés à parler à des leaders musulmans, à nous expliquer le ton à prendre. Les leaders religieux sont nombreux à avoir mon numéro de téléphone personnel ».

Chez les juifs et les musulmans, on assure que le message a été entendu. « Protéger sa santé est presque un commandement, dans notre religion », dit Alex Werzberger, un de ceux qui sont désignés pour parler au nom de la communauté hassidique de Montréal.

Les hassidiques ont des facteurs de risque qui leur sont spécifiques.

Plusieurs ont de la parenté à New York – « il y a beaucoup de mariages entre nos deux communautés » – et les maisons sont pleines d’enfants. « Mais là, tout le monde est conscient de la nécessité de rester chez soi. J’habite dans un duplex, à Outremont, et je ne vois pas ma fille qui habite au-dessus. »

L’impact de la fermeture des mosquées

Bouazza Mache, qui est directeur d’un organisme de charité et qui est très en lien avec les mosquées, assure que la totalité de ces lieux de culte est maintenant fermée, à sa connaissance. La prière de vendredi dernier a été annulée, comme l’a dicté le Conseil musulman de Montréal.

La grosse priorité, maintenant, « est de coordonner des livraisons de nourriture à domicile. Ça va commencer au cours des prochains jours. Nous allons laisser la nourriture sur les perrons, en tout respect des consignes ».

L’aide aux démunis doit en effet être la grande priorité, rappelle le député Derraji, qui souligne que les centres communautaires affiliés aux mosquées sont centraux dans l’aide aux personnes pauvres.

Des demandeurs d’asile inquiets

Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti, qui vient en appui aux immigrants de toutes les communautés, souligne que les demandeurs d’asile sont très inquiets. « Quand ils arrivent au pays, les gens passent un mois à l’ancien hôpital Royal Victoria et habituellement, des organismes communautaires les aident à trouver un logement, des meubles. Mais là, si on trouve des meubles, peut-on les accepter ? Aller les chercher ? », se demande Mme Villefranche, qui se demande comment répondre au mieux aux besoins.

Il est par ailleurs prévu que des sans-abri soient aussi dirigés vers l’hôpital Royal Victoria. « C’est grand, c’est sûr, mais comment s’y fera la cohabitation entre personnes itinérantes et immigrantes ? » demande Mme Villefranche.

ALPA, qui aide les nouveaux arrivants à trouver un emploi, se démène ces temps-ci à retrouver des boulots à ceux qui ont été remerciés à cause de la crise. « Il y a beaucoup de besoins dans le domaine de l’agroalimentaire ou de la production de matériel médical, alors on essaie fort de leur retrouver des emplois dans ces domaines. »