Le nombre de cas de COVID-19 sur la planète continue de suivre une courbe exponentielle. On recensait mardi plus de 400 000 personnes touchées par la maladie, et le cap du demi-million de cas confirmés devrait être atteint au plus tard d’ici quelques jours.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« On est dans une situation où les cas détectés doublent environ tous les cinq ou six jours. Au début de l’épidémie, doubler des petits chiffres, ça ne paraît pas trop et ç’a l’air de progresser lentement. Mais là, on entre dans la phase où les chiffres sont gros. Ça va vite et ça va continuer », commente Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La maladie a fait 18 615 morts, selon le dernier bilan disponible mardi. L’Italie est de loin le pays qui compte le plus de morts ; elle est suivie de la Chine, de l’Espagne, de l’Iran et de la France. Le professeur Mâsse souligne qu’on a dépassé le stade où les infections arrivaient principalement par les voyageurs et qu’on assiste à de la véritable transmission communautaire un peu partout sur le globe.

« Le feu est pris, ce ne sont plus juste des étincelles », constate-t-il. Notons aussi que le nombre de cas détectés reflète la capacité de tests diagnostiques qui grossit dans de nombreux pays.

Regarder dans le passé

L’expert rappelle qu’on observe ici les infections qui se sont produites il y a environ deux semaines. « On regarde où on en était, en termes de mesures, il y a deux semaines, dit-il. À ce moment, plusieurs pays avaient instauré des choses, mais ç’a été graduel, et il a fallu du temps avant que les populations ne s’y soumettent. Rappelez-vous comment c’était le 10 mars au Québec. Il y avait encore beaucoup de contacts entre les gens. »

Les mesures, affirme le spécialiste, finiront par faire leur effet et aplanir la fameuse courbe. « Pour les prochains jours et même la prochaine semaine, il y en a peut-être qui diront : voyons, ça ne marche pas ! Mais il faudra attendre », dit Benoît Mâsse. La grande inconnue actuellement est de savoir à quel point les gens respectent les mesures demandées — ou imposées — par les autorités.

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Le drame des pays en développement

Pour l’ensemble de la planète, l’effet des mesures de confinement risque toutefois d’être en grande partie annulé par la propagation de la pandémie dans plusieurs pays où les systèmes de santé ne sont pas assez solides pour encaisser le choc.

Benoît Mâsse souligne qu’en cas de catastrophe dans un pays en voie de développement, la communauté internationale se mobilise habituellement pour aider. « Si on prend Haïti comme exemple, quand il arrive une catastrophe comme un tremblement de terre ou autre, les autres pays envoient de l’aide, des médecins, des respirateurs. Là, personne ne va vraiment pouvoir les aider. Ce n’est pas au Québec qu’on va pouvoir se séparer de nos respirateurs, on n’enverra même pas d’argent, et ça va être la même chose partout. Ces pays seront vraiment laissés à eux-mêmes », souligne-t-il.

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Sans ressources suffisantes pour gérer l’épidémie, il faut s’attendre à ce que le taux d’infection grimpe à 70 ou 80 % dans de nombreux pays – la limite théorique au-delà de laquelle l’épidémie s’essouffle, faute de trouver de nouvelles cibles à infecter. « Les pays en développement vont contribuer énormément à ce que les cas au niveau mondial augmentent. Comme les frontières sont fermées, ça va toutefois rester à l’intérieur de ces pays », précise le spécialiste.

La capacité limitée de tests diagnostiques dans de nombreuses régions du monde masquera sans doute en grande partie cette augmentation. « La plupart de ces pays sont capables de comptabiliser le taux de mortalité. Et c’est comme ça, malheureusement, qu’on va mesurer les impacts », dit Benoît Mâsse.