Comme bien des entrepreneurs, de nombreux professionnels de la santé du secteur privé craignent la faillite en raison de la crise sanitaire. Mais ce n’est pas une raison pour continuer de travailler et ainsi, ne pas respecter les directives émises par le ministère de la Santé, avertit la Fédération des dentistes spécialistes du Québec.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Pour participer à l’effort pour enrayer la pandémie, les cabinets dentaires ont reçu la directive de ne traiter que les urgences dentaires, et ce, depuis le 16 mars dernier. Or certains membres de la fédération continuent à voir des clients malgré tout, ce qui ne manque pas de la faire réagir.

« C’est venu à mon attention que des dentistes, spécialistes ou non, continueraient d’exercer leurs activités qui ne correspondent pas aux critères établis par l’Ordre des dentistes du Québec », admet Dr Dany Morais, président de la Fédération des dentistes spécialistes du Québec.

Les cas qui sont jugés urgents sont les infections importantes, les douleurs aiguës, les saignements prolongés ou des traumatismes nécessitant une prise en charge rapide.

Pour le reste des traitements et soins, les patients doivent attendre le 1er mai prochain avant de revoir leur dentiste.

Les patients qui auraient encore des rendez-vous pour des cas non urgents, on vous demande de les annuler et de ne pas y aller.

Dr Dany Morais, président de la Fédération des dentistes spécialistes du Québec

Dr Dany Morais, chirurgien maxillo-facial, ajoute que ses patients continuent de le consulter par téléphone, vidéoconférence, courriel et par les réseaux sociaux. Pas plus tard qu’hier, il a donné des conseils à une femme grâce à des photos qu’elle lui a envoyées.

Le président de la Fédération comprend que, sur le plan financier, les cliniques dentaires sont « très, très affectées », mais il implore ses membres et la population à respecter les directives émises par le gouvernement du Québec.

« Surtout qu’on entre dans le stade communautaire de la pandémie, il faut considérer que tout le monde est potentiellement un porteur du virus. Ça veut dire que c’est encore plus dangereux pour des professionnels qui sont en contact étroit avec leurs patients », ajoute Dr Morais.

Des appels faits par La Presse auprès d’associations de professionnel de la santé n’ont pas révélé d’autres cas connus de membres qui ne respectent pas les directives.

Puisque les psychologues ne savent pas s’ils offrent un service essentiel par le gouvernement Legault, leurs patients doivent les consulter par la télépratique depuis lundi. « Je ne pense pas qu’il reste beaucoup de psychologues qui font des consultations en personne. Mais s’il y en a, ils ne respectent pas la demande formelle du gouvernement », précise la présidente de l’Ordre des psychologues, Dre Christine Grou.

Elle espère obtenir dans les prochaines heures une réponse du gouvernement à savoir si ses membres sont placés dans la liste des services essentiels. Si oui, ceux qui le désirent pourront recommencer à voir leurs patients en personne.

« Mais en ce moment, par télépratique, ça se passe très bien. Et de cette manière, il n’y a pas de risque de contamination. Donc pour l’instant, on peut continuer comme ça sans problème », ajoute la psychologue.

Pour les spécialistes en chirurgie esthétique, « tout est complètement arrêté » puisqu’il ne s’agit pas d’urgence. Il y a un peu de chirurgie hospitalière pour des gens qui par exemple se blessent, mais même là, « ça roule très au ralenti », explique Dr Éric Bensimon, président de l’Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec.

Il ne cache pas que, parmi sa centaine de membres, il y en a qui ont de grandes craintes financières. « Économiquement, comme médecins spécialistes, nous pouvons tenir quelques mois. Mais pour notre personnel et les infirmières, ce n’est pas la même chose. C’est plus problématique », confie Dr Éric Bensimon.

Pour se rendre utiles dans cette période difficile, lui et d’autres médecins ont offert leurs services dans des hôpitaux, par exemple comme intervenant dans un centre d’appel. « Pour aider, mais aussi parce qu’on n’aime pas ça ne rien faire », a-t-il dit, un sourire dans la voix.