Plusieurs perdent leur emploi et se demandent comment ils paieront le prochain loyer, d’autres doivent s’occuper de leurs enfants ou ont un accès limité à l’internet. En ces temps de pandémie, bien des étudiants disent qu’ils n’ont plus la tête aux études et demandent que les cours soient suspendus.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Elizabeth Leblanc-Michaud dit que ces jours-ci, elle voit chez les étudiants qu’elle connaît « beaucoup d’incertitude et d’angoisse ».

Quand le gouvernement du Québec a annoncé dimanche que les écoles primaires et secondaires fermeraient leurs portes pendant plus d’un mois, mais que les collèges et universités pourront compléter la session d’hiver en ligne, elle s’est demandé comment ce serait possible.

« Ce n’est pas vrai que la majorité des étudiants peut continuer sans embûches », dit-elle.

« Il y a énormément d’étudiants et de personnel qui sont dans des situations anxiogènes, ce n’est pas l’idéal pour continuer des études. La tête n’y est pas, le portefeuille n’y est pas. La majorité des étudiants ont perdu leur emploi, certains perdent des logements, d’autres travaillent dans le domaine de la santé, ont des enfants à la maison. Ces personnes-là doivent être entendues », dit l’étudiante en études littéraires à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Elle a mis sur le web une pétition pour réclamer « la mise en place de mesures équitables et soucieuses du bien-être de toutes et tous » et demande au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, « d’offrir une solution globale » aux étudiants. En un peu plus de 24 heures, la pétition a été signée par 60 000 personnes.

Bien des cégeps et des universités sont en voie de donner des cours à distance, qui doivent en théorie commencer lundi prochain. À l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), on a pris une autre tangente. On considère que les cours sont terminés si des évaluations ont déjà été réalisées.

« On envoie le message : concentrez-vous sur votre sécurité. On va faire en sorte qu’il n’y aura plus d’exigences d’évaluation d’apprentissage. Il ne restait que le tiers ou le quart du trimestre à réaliser, donc on a déjà atteint la date limite d’abandon sans mention d’échec, les étudiants ont déjà été évalués. On s’est dit on va suspendre l’obligation d’évaluation et on va inviter les professeurs à déposer du matériel pour que l’apprentissage puisse se poursuivre. On ne l’exige pas », explique François Deschênes, vice-recteur à la formation et à la recherche de l’UQAR.

Prendre le virage des cours en ligne à si courte échéance aurait été impossible pour cette université.

« Dans certains villages, la connexion internet est inexistante. On a une bonne proportion d’étudiants qui concilie travail-études. Même chose pour nos professeurs, ils ont des contraintes familiales, certains chargés de cours ont un autre emploi. Quand on regardait ça on se disait : "c’est quoi la meilleure façon d’être équitable?" », explique François Deschênes.

Certains souhaitent que leur établissement fasse de même. « On veut donner l’image qu’on va repartir les cours et si ça ne marche pas, ce sera la faute des profs. Ça ne se fera pas tout à distance, c’est pas vrai », dit un chargé de cours de l’Université du Québec à Montréal qui a contacté La Presse. Il a refusé d’être identifié par crainte de représailles.

Étudiant en biologie à l’Université de Montréal, Louka Grenon souhaite éventuellement entrer dans un programme contingenté. Il se demande quel effet la poursuite de ses cours en ligne aura sur sa cote générale.

« C’est une source de stress, on a un environnement d’apprentissage qui n’est pas adéquat. Je serais pour que les cours continuent, mais que la session actuelle ne compte pas », dit-il.

Avec des examens dont la pondération risque de changer, des bibliothèques fermées, des laboratoires qui ne peuvent plus se faire, la situation requiert des « directives claires » du gouvernement, dit l’étudiant.

« C’est une situation vraiment incroyable », résume-t-il.