Confinement et violence conjugale ne font pas bon ménage. Les experts et les intervenants du domaine craignent une augmentation des cas de violence envers les femmes, et de leur gravité, dans la foulée de la crise de la COVID-19. Déjà, les appels ont bondi cette semaine à la ligne d’appel d’urgence pour violence conjugale.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« On se prépare à la crise », affirme Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Alors que la ligne SOS violence conjugale a enregistré une hausse des appels de 15 %, les refuges pour femmes du Québec sont en état d’alerte. La situation demeure inquiétante, puisque le taux d’occupation est au maximum dans bien des maisons d’hébergement.

« C’est sûr que c’est une période plus explosive », lâche Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. 

Si on regarde l’expérience de la Chine et de l’Italie, et la simple logique, si les femmes sont confinées à la maison avec un conjoint violent, il y a plus de risque de violence conjugale. […] Ce sera vraiment très difficile pour les femmes.

Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

Confinement, problèmes d’argent, pertes d’emploi : Manon Monastesse craint que ce « cocktail » de facteurs entraîne une augmentation des gestes de violence conjugale dans les foyers où la violence était déjà ancrée. « Le contrôle du conjoint violent va s’exercer davantage. Il va y avoir plus de violence psychologue et plus de violence économique », dit-elle.

Cambriolages et violence conjugale

Selon le criminologue Irvin Waller, le confinement imposé par la COVID-19 devrait avoir deux répercussions concrètes en matière criminelle : une diminution marquée des cambriolages et une hausse de la violence conjugale. « Avec le stress et la tension, un couple qui passe plus de temps à la maison et qui ne prend pas de mesures pour diminuer les conflits risque d’augmenter ce type de violence », analyse-t-il.

Le professeur émérite en criminologie à l’Université d’Ottawa estime que cette augmentation ne sera pas « nécessairement visible » dans les statistiques policières, puisqu’il s’agit d’un crime sous-signalé. On peut toutefois s’attendre à ce que davantage de femmes et d’enfants cherchent refuge dans une maison d’hébergement, ajoute-t-il.

Mais comment une femme confinée à la maison avec un conjoint violent peut-elle demander de l’aide ? « Si on est en danger, il faut appeler la police, martèle Louise Riendeau. Il faut rappeler aux femmes de ne pas hésiter à appeler la ligne SOS violence conjugale, si elle réussit à être seule. »

On ne veut surtout pas que les femmes vivent de la violence dans des milieux confinés. On les encourage à appeler SOS violence conjugale ou à appeler directement dans les maisons d’hébergement.

Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Malgré les directives de distanciation sociale pour éviter la propagation de la COVID-19, Louise Riendeau presse les proches de victimes de violence conjugale de se montrer « ouverts » si la vie d’une femme de leur entourage est en danger. « On les encourage à maintenir le contact le plus possible avec leur famille ou être hébergées par leur famille », ajoute Manon Monastesse.

« C’est un service essentiel »

Pas question de fermer les refuges pour femmes, assure Mme Riendeau. C’est un service essentiel. » Les 43 maisons représentées par le Regroupement demeurent donc ouvertes malgré l’épidémie. Le réseau cherche toutefois des lieux « alternatifs » pour accueillir des femmes en quarantaine.

Si toutes les maisons d’hébergement ont mis en place des mesures sanitaires, la situation n’est pas sans risque pour le personnel, maintient Manon Monastesse. Les travailleurs ont besoin de davantage de matériel sanitaire, comme des gants et des produits désinfectants, dit-elle.

« Ce sont des milieux de vie à haut risque de contamination. Ça demande de s’astreindre à une discipline très sévère de désinfection des aires communes. Si une femme est déclarée positive, on peut dans la mesure possible la mettre dans une chambre seule », explique-t-elle.

SOS violence conjugale : 1 800 363-9010, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7