Avec une population quatre fois moins importante que celle de l’île de Montréal, l’Estrie a presque autant de cas confirmés. La santé publique surveille la situation « en continu, jour et nuit », assure le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda. Le maire de Granby parle même de « zone rouge ».

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

« C’est sûr qu’on est la zone rouge, c’est assez évident », a déclaré le maire de Granby, Pascal Bonin, en entrevue avec La Presse vendredi. « Granby et Bromont sont particulièrement touchés, c’est certain, on le sait. »

Le CIUSSS de l’Estrie a confirmé un « fort potentiel de transmission de la COVID-19 » à Granby, à Bromont et dans les environs. « Il semble que des personnes porteuses du virus aient circulé ou circulent toujours dans plusieurs lieux publics », a indiqué le CIUSSS dans un communiqué, vendredi soir.

« Ce ne sont pas les lieux en soi qui augmentent les risques, mais bien les personnes porteuses du virus qui ne respectent pas les consignes de confinement », a souligné le directeur de santé publique par intérim de l’Estrie, le Dr Alain Poirier.

L’information selon laquelle deux membres du personnel de l’hôpital de Granby, possiblement des médecins, ont contracté la COVID-19, a créé une onde de choc.

« Il y a des professionnels de la santé effectivement qui ont été atteints, mais on ne prévoit pas de bris de service actuellement parce qu’on a des plans [d’urgence] », a indiqué le DArruda en point de presse quotidien vendredi après-midi. « Il y a maintenant beaucoup de médecins spécialistes ou autres qui, en fonction de l’annulation des choses électives, vont pouvoir être mis à disposition. »

Ni Québec ni l’Estrie n’ont donné de détails sur la façon dont ces professionnels de la santé ont contracté le virus. Mais le CIUSSS a ouvert un dépistage préventif pour les membres du personnel des réseaux locaux de santé de la Haute-Yamaska (qui comprend notamment Granby et Bromont) et de la Pommeraie (qui englobe Cowansville) parce que la population circule beaucoup entre ces deux régions connexes.

Même s’ils n’ont pas voyagé à l’extérieur du pays ou eu de contact étroits avec un cas avéré, les travailleurs qui présentent de la fièvre, de la toux ou des difficultés respiratoires sont invités à aller passer un test avant 16 h lundi au centre de dépistage situé près de l’urgence de l’hôpital de Granby.

L’Estrie en surnombre

À 13 h, vendredi, l’Estrie comptait 26 cas confirmés, soit le même nombre que la veille. Malgré ce répit, la région occupe toujours le deuxième rang de la province, juste derrière Montréal, qui affichait 31 cas.

Or, la région sociosanitaire de l’Estrie compte quelque 474 000 personnes, contre près de 2 millions d’habitants pour celle de l’île de Montréal (données de 2015 et 2016 respectivement).

Et avec moins de 6 % de la population de la province, l’Estrie regroupe près de 20 % des 139 cas confirmés.

« Les équipes de santé publique sont en train de faire ce qu’on recommande, tant les plus hauts standards », a assuré le Dr Arruda. L’analyse « se fait en continu, jour et nuit ».

Il n’est pas question de fermer la région de l’Estrie, il n’est pas question de fermer la région de Montréal, ce sont toutes de fausses rumeurs, c’est important de le dire.

François Legault, premier ministre du Québec

Le Dr Arruda a par ailleurs tenu à mettre le cas de Granby en contexte. « Les petits foyers qui peuvent être gros selon vous, parce qu’on les voit gros, parce que c’est Granby, si vous les placez dans une perspective québécoise, c’est encore petit. »

Ces petits foyers d’infection, la santé publique « ne les néglige pas », dit-il. « Mais cette information-là, il faut qu’elle soit validée. Elle ne peut pas venir de ce que j’ai vu dans la revue de presse. »

Par ailleurs, l’Estrie a été particulièrement active sur les tests, indiquent les données obtenues par La Presse. La région a effectué presque 17 % des quelque 10 000 tests faits jusqu’ici dans la province, alors qu’elle compte moins de 6 % de la population québécoise.

Cas à la piscine

La Ville de Granby a par ailleurs annoncé qu’un enfant ayant la COVID-19 aurait fréquenté la piscine Miner le 11 mars dernier, entre 18 h et 19 h. L’administration demande aux familles ayant été là durant cette période de joindre la direction de santé publique de l’Estrie au 1 877 644-4545. La Ville a quant à elle joint les entraîneurs du club de natation pour que les athlètes présents aient les informations nécessaires.

« Je pense qu’au début, il y avait une certaine insouciance, mais là les gens commencent à réellement comprendre », a indiqué le maire Bonin.

Conscience relative

Malgré le nombre élevé de cas diagnostiqués dans la région, les résidants ne semblent pas plus précautionneux qu’ailleurs, témoigne le président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Estrie, Alain Demers.

J’ai encore l’impression [que les gens] voient ça comme une menace immatérielle ou irréelle qui ne les touchera pas.

Alain Demers, président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Estrie, en entrevue téléphonique 

Le Dr Demers, par contre, n’a pas ménagé ses efforts. Copropriétaire d’une clinique GMF à Sherbrooke, il s’est mis à la menuiserie avec un confrère et le conjoint d’une employée la fin de semaine dernière pour installer des panneaux de plexiglas destinés à protéger le personnel administratif. Tôt lundi matin, un plombier est venu installer un lavabo doté d’un détecteur de mouvement dans l’entrée, afin que les visiteurs se savonnent les mains sans rien toucher.

Les patients qui se présentent au sans rendez-vous sont soigneusement triés. Ceux qui ont absolument besoin d’être vus en personne sont invités à attendre dans leur véhicule. « On a enlevé 80 % des chaises de la salle d’attente. Il n’y a jamais plus d’une à deux personnes à la fois, durant quelques minutes seulement », indique le Dr Demers.

Il comprend la difficulté, pour ses patients qui travaillent, de ne pas faire garder leurs enfants par leurs parents âgés, mais les incite à respecter les consignes. « Ne soyez pas inconscients, c’est réel, il se passe quelque chose, dit-il. On n’a pas de transmission communautaire, mais c’est à nos portes. »