Avec 139 cas de COVID-19 confirmés vendredi soir, le Québec, première province canadienne à avoir adopté des mesures restrictives comme la fermeture de ses écoles, semble pour l’instant moins touché que la Colombie-Britannique (271 cas) ou l’Ontario (258 cas). Mais il est trop tôt pour dire que le Québec s’en tire mieux et, surtout, il ne faut pas baisser la garde, préviennent les experts.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Le pire est à venir. La situation se détériorera avant de s’améliorer. Les mesures de confinement ne bloqueront pas la maladie. Le coronavirus est présent au Québec et se propage. Tous les efforts mis de l’avant visent donc à freiner sa propagation. Si nous travaillons bien, nous pourrons faire face à une crue des eaux; si nous relâchons, nous serons submergés par un tsunami », écrit la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francoeur, dans une lettre ouverte publiée dans notre section Débats. 

« C’est le moment crucial. Il ne faut surtout pas relâcher. Il faut resserrer les boulons », ajoute le président de l’Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec, le Dr Karl Weiss.

Faire l’envie du Canada

Depuis le début de l’épidémie de COVID-19, le Québec a été presque systématiquement le premier à adopter des mesures pour limiter la propagation de la COVID-19 sur son territoire. Dans un document de Médecins de santé publique du Canada, on voit par exemple que le Québec a déclaré l’état d’urgence sanitaire le 14 mars, trois jours avant la Colombie-Britannique, l’Ontario et l’Alberta. Le Québec a aussi été la première province à fermer de nombreux espaces publics.

Selon la Dre Francoeur, la rapidité avec laquelle Québec a mis en place ces mesures fait aujourd’hui l’envie au pays. Elle raconte que, lorsque Québec a annoncé ses premières mesures restrictives, « le Canada riait de nous ».

Chaque semaine, la Dre Francoeur participe à une réunion avec des collègues canadiens. « On trouvait qu’on exagérait. Mais hier, la même gang nous disait qu’on était en avance au Québec », raconte la Dre Francoeur, qui souligne le leadership du gouvernement Legault dans cette crise.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Cellule de crise efficace

Le réseau de la santé s’attend à voir une augmentation marquée du nombre de cas de COVID-19 au Québec d’ici une semaine ou deux. « Et c’est là qu’on va avoir le plus de gens aux soins intensifs. On se prépare pour ça », dit la Dre Francoeur. Celle-ci explique que le gouvernement a mis en place une cellule de crise, à laquelle prend part la FMSQ, qui se consulte chaque matin. « C’est très efficace. Je fais part des questions de chaque spécialité. Dès 16 h 30, on a des réponses. On règle les problèmes tous les jours. On sait exactement ce qui se passe à la grandeur du Québec », témoigne la Dre Francoeur.

Celle-ci affirme que cette « collaboration totale » porte ses fruits et a permis d’agir vite, notamment en offrant rapidement une plateforme de téléconsultation pour les médecins.

La Dre Francoeur souligne que les médecins spécialistes veulent prêter main-forte pendant l’épidémie. Ceux-ci sont invités à garder leur cabinet ouvert, mais à fonctionner à petit débit. Des formations sont aussi en cours pour rafraîchir les connaissances de certains médecins spécialistes qui pourraient être invités à prêter main-forte à des collègues d’autres domaines en temps de crise.

Ne pas sauter aux conclusions

Le fait que le Québec a été très proactif dans l’application de mesures restrictives pour contenir la COVID-19 peut-il expliquer que la province semble « en avance » sur les autres ? Il est « trop tôt » pour le dire, selon le Dr Weiss.

Celui-ci explique que, dans deux semaines, tous les gens revenant de voyage seront sortis de leur période d’incubation. « Il ne restera que la transmission locale. C’est là qu’on va voir si les mesures de confinement ont fonctionné », dit le Dr Weiss.

Questionné à savoir comment évoluera l’épidémie, le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré vendredi qu’il était difficile de le dire. « La chance qu’on a, c’est qu’on a agi plus vite que les autres, donc ça devrait nous permettre d’avoir une courbe qui est moins prononcée, a-t-il dit. Mais écoutez, là, si on consulte cinq experts, il va y avoir cinq chiffres différents, probablement. Donc, c’est très difficile. »

Si dans quelques jours, on constate que le Québec et le Canada sont parvenus à « aplanir la courbe », il ne faudra pas relâcher la vigilance. « Sinon, on va se retrouver avec une deuxième vague […], dit le Dr Weiss. La bataille va être gagnée quand on aura trouvé un vaccin. L’idée, c’est de gagner la bataille du temps. »

La Dre Francœur invite la population à continuer d’appliquer avec rigueur les mesures de confinement. « Il faut se rappeler et se redire qu’en agissant ainsi, nous sauvons tous des vies. Il faut tenir bon », conclut-elle.