(Ottawa) Justin Trudeau dit avoir conclu une entente avec les États-Unis pour renvoyer les demandeurs d’asile qui franchissent illégalement la frontière pour entrer au Canada.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Agnes Gruda Agnes Gruda
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«Le Canada et les États-Unis annoncent une entente mutuelle selon laquelle nous allons maintenant renvoyer les migrants irréguliers qui tentent de traverser la frontière», a déclaré le premier ministre en conférence de presse, vendredi.

Les migrants qui traverseront entre les points d'entrée officiels, comme le chemin Roxham, seront «retournés dans les mains des autorités américaines» afin d'être renvoyés aux États-Unis, et ce, jusqu'à nouvel ordre.

«C'est une mesure temporaire qu'on va mettre en place aussi longtemps que cette crise de la COVID-19 dure. C'est des mesures exceptionnelles pour protéger les citoyens», a souligné Justin Trudeau au lutrin placé devant sa demeure de Rideau Cottage, à Ottawa.

La veille, la vice-première ministre Chrystia Freeland déclarait pourtant que ces migrants irréguliers seraient pris en charge par le fédéral et obligatoirement isolés pendant 14 jours à leur arrivée au Canada.

Pour justifier ce soudain changement de cap, Justin Trudeau a évoqué une «entente mutuelle» intervenue «il y a quelques heures». Un accord qui, a-t-il assuré, «s'aligne avec les valeurs du Canada» en matière d'accueil de réfugiés et de personnes vulnérables.

«Ça faisait plusieurs années qu'on était en discussion avec les Américains pour tenter de trouver une mesure comme celle-ci. On a pu se mettre d'accord sur ce processus», a-t-il argué, se disant confiant que les nouvelles règles n'exposaient pas ces migrants à des dangers.

«Pour la plupart, ce sont des personnes qui sont légalement aux États-Unis», a dit le premier ministre.

Son ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a plus tard précisé que la mesure entrerait en vigueur à 23 h 59 vendredi soir - c'est-à-dire en même temps que la fermeture de la frontière canado-américaine aux voyages non essentiels.

Le HCR inquiet pour les migrants

L'annonce du premier ministre canadien aura possiblement l'heure de déplaire au Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui a appelé les États à continuer à accueillie les demandeurs d'asile, tout en tenant compte du degré de risque relié à la pandémie.

Car en se heurtant à des frontières de plus en plus étanches, ils risquent de devenir les victimes collatérales de l’épidémie de COVID-19.

Les mesures de protection décrétées par les gouvernements ne devraient pas entraîner la fermeture de routes vers l’asile, ou forcer les populations à retourner vers des situations de danger», a plaidé le Haut commissaire Filippo Grandi, dans un communiqué émis jeudi.

«Nous demandons aux gouvernements de continuer à respecter leurs obligations internationales tout en comprenant que les États doivent se protéger», a renchéri la porte-parole du HCR au Canada, Mélanie Gallant.

L'opposition satisfaite

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, qui réclame depuis avant même le début de la crise de la COVID-19 de bloquer l'accès aux migrants irréguliers, notamment au chemin Roxham, s'est réjoui de l'annonce d'Ottawa.

«Le gouvernement a entendu nos appels à des mesures plus strictes à la frontière. Arrêter les demandeurs d'asile à Roxham Road était la bonne chose à faire pour assurer la sécurité des Canadiens», a-t-il écrit sur Twitter.

Le Bloc québécois voulait aussi que cesse cet afflux entre les postes frontaliers de la frontière terrestre, que rendait possible une brèche dans l'Entente entre le Canada et les États‑Unis sur les tiers pays sûrs.

Mobilisation industrielle

En ces temps de crise, le gouvernement fédéral invite les entreprises canadiennes à mettre la main à la pâte pour concevoir des produits faits au Canada qui aideront à lutter contre la COVID-19.

Il crée donc le Plan canadien de mobilisation du secteur industriel, qui prévoit un soutien direct aux entreprises afin qu'elles puissent augmenter leur capacité de production.

Ces produits «pourraient comprendre des fournitures et de l’équipement essentiels à la santé et à la sécurité comme de l’équipement de protection individuelle, des produits désinfectants, des produits qui permettent de poser des diagnostics et des tests ainsi que des technologies de suivi de maladies», est-il détaillé dans un communiqué gouvernemental.

Le plan doit aussi permettre l'achat d’équipement dont le Canada a besoin pour faire face à la COVID-19. «De nombreuses entreprises ont manifesté l'intérêt de s'impliquer» afin de mettre l'épaule à la roue, a signalé le ministre de l'Innovation et de l'Industrie, Navdeep Bains, en conférence de presse.

Rapatriements en vue

Justin Trudeau a également cherché à rassurer les Canadiens qui sont coincés à l’étranger, réitérant que des discussions étaient en cours avec les compagnies aériennes.

Des détails sont à suivre, mais « le premier vol partira du Maroc en fin de semaine », a-t-il affirmé entre-temps.

Un Canadien meurt au Japon

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a annoncé vendredi matin sur son compte Twitter la mort d’un ressortissant canadien qui se trouvait au Japon.

« C’est avec profonde tristesse que nous apprenons le décès d’un Canadien au Japon, suite à des complications liées à la COVID-19. Nous présentons nos plus sincères condoléances à la famille que nous accompagnerons par une assistance consulaire en cette période difficile », a-t-il écrit.

L'administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, a confirmé que la victime était l'un des passagers du navire de croisière, Diamond Princess, qui était demeuré en quarantaine au port de Yokohama à la fin février.

Le diplomate en chef du Canada a par ailleurs appris qu’il n’avait pas contracté la COVID-19. Le résultat du test qu’il avait subi étant négatif, il sort de l’isolement qu’il s’était imposé de manière préventive en attendant le diagnostic.

De l’aide internationale, dont pour l’OMS

Le gouvernement a par ailleurs annoncé que 8 millions de l’enveloppe de 50 millions de dollars pour aider les pays plus vulnérables à se préparer à lutter contre la COVID-19 iraient à un groupe de « partenaires humanitaires expérimentés »

Parmi les récipiendaires de l’argent : l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation panaméricaine de la santé, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.