Rues et routes désertes, voyages reportés, entreprises au ralenti ou à l’arrêt ; les mesures d’isolement prescrites par les autorités pour freiner la propagation de la COVID-19 ont un impact direct sur la consommation d’énergie des Québécois, entraînant la pollution à la baisse. Aperçu.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Diminution de la circulation

Quiconque a pris la route ces derniers jours l’a constaté : la densité de la circulation est beaucoup plus faible que d’ordinaire. À Montréal, la baisse la plus significative a été observée sur l’autoroute 20 Est (rond-point Dorval) ; le débit quotidien est passé de 35 780 à 22 230 véhicules du 11 au 17 mars, une chute de 38 %, a indiqué Transports Québec à La Presse. La diminution a été de 24 % sur l’autoroute 40 Ouest (pont Charles-De Gaulle) et de 17 % sur l’autoroute Décarie Sud (Côte-de-Liesse) ainsi que sur l’autoroute 40 Est (Papineau).

Baisse des ventes de carburant

Par conséquent, il se consomme beaucoup moins d’essence. « On en vend moitié moins » aux particuliers, lance Éric Tétrault, président de l’Association de l’énergie du Québec, auparavant l’Association pétrolière et gazière du Québec. Il base son estimation sur les données du 11 mars, n’ayant pas encore les données de la dernière semaine. Les Québécois ont donc consommé cette semaine-là 100 millions de litres d’essence, plutôt que les 200 millions habituels. En revanche, « le transport de marchandises n’est pas affecté, les camionneurs sont toujours sur la route », note M. Tétrault, qui anticipe néanmoins une diminution de 20 à 30 % dans ce secteur.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Avant même l’annonce de l’interruption des activités de nombreux transporteurs aériens, les vols en partance des aéroports canadiens avaient commencé à diminuer. Sur notre photo, une voyageuse a préféré porter un masque à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Avions cloués au sol

Avant même l’annonce de l’interruption des activités de nombreux transporteurs aériens, les vols en partance des aéroports canadiens avaient commencé à diminuer. Les départs hebdomadaires vers les États-Unis ont baissé de 3,5 % du 12 au 18 mars par rapport à la semaine du 2 mars, révèlent les données de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). La diminution est encore plus marquée pour les vols vers la Chine (-5 %) et vers Cuba (-4,8 %). Inversement, les départs vers la France ont connu un bond considérable de 7 %. Nav Canada, qui gère le trafic aérien intérieur, a indiqué ne pas pouvoir fournir d’information avant le mois d’avril.

Bonne qualité de l’air

Pendant ce temps, l’indice de la qualité de l’air a été généralement « bon » à Montréal depuis le début de la semaine, affichant des taux comparables à ceux relevés les fins de semaine, montrent les données de la Ville. Durant les deux semaines précédentes, l’indice avait parfois été « acceptable » ou même « mauvais » dans différents secteurs de la métropole. La Ville de Montréal a refusé d’accorder une entrevue à La Presse pour parler de ces données. « Il est encore trop tôt pour voir l’impact entre le changement des habitudes humaines et la qualité de l’atmosphère », a déclaré par courriel une porte-parole, Karla Duval.

Moins de gaz à effet de serre

Cette réduction des activités se traduit logiquement par une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES). La baisse de la consommation d’essence évoquée par l’Association de l’énergie du Québec se traduit par une réduction des émissions de 0,24 mégatonne (Mt) pour une seule semaine, calcule le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau. Si les mesures d’isolement devaient perdurer, « on pourrait atteindre nos objectifs [de réduction] de 2020 », lance-t-il, précisant que cette baisse serait cependant temporaire. Il entrevoit tout de même un effet positif à long terme, puisque la crise « va montrer que le télétravail, ça peut fonctionner ».

Agir, c’est possible

La situation actuelle démontre qu’il est possible de contrer une crise, y compris la crise climatique, affirme François Delorme, professeur en économie de l’environnement à l’Université de Sherbrooke. « On a la preuve, là, que les gouvernements peuvent se coordonner rapidement », a-t-il déclaré à La Presse. La COVID-19 et la crise climatique sont toutes deux des enjeux de santé publique, mais la première est de court terme, alors qu’on préfère ignorer la seconde, poursuit-il. Il craint d’ailleurs que la diminution actuelle de la consommation et de la pollution ne soit suivie d’un « effet de rattrapage » lorsque la crise sera finie.

Consommation d’électricité en hausse

La demande en électricité est l’un des rares secteurs marqués par une hausse plutôt qu’une baisse des indicateurs. De vendredi à mardi derniers, la consommation résidentielle a augmenté lors des jours de semaine, rapporte Hydro-Québec. Les ménages québécois ont ainsi consommé six gigawattheures (GWh) de plus qu’en temps normal, une hausse de 2,4 %. Inversement, la consommation des clients commerciaux a diminué de 4 GWh durant la même période, soit une baisse de 3,2 %. Au total, le Québec a donc augmenté de 2 GWh sa consommation d’électricité en semaine avec l’entrée en vigueur des mesures de confinement. À noter que la consommation résidentielle durant la fin de semaine dernière a connu une hausse de 5 GWh par jour, soit une augmentation de 2,1 %, tandis qu’il n’y a pas eu de baisse de la consommation commerciale.