Des équipes de la Direction de la santé publique de Montréal se sont rapidement déployées à l’arrivée des vols internationaux de l’aéroport de Montréal pour rappeler à tous les voyageurs l’importance de s’isoler pour 14 jours. Depuis lundi après-midi, ces équipes invitent également les voyageurs à prendre leur température deux fois par jour et à surveiller leurs symptômes.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans la zone des arrivées où les visiteurs peuvent retrouver leurs proches, une équipe de la santé publique a installé l’équivalent d’un second poste frontalier. Elle y rencontre un à un tous les voyageurs, sans exception, pour leur expliquer les règles de quarantaine. Et ce, tous les jours de 5 h à 2 h du matin.

C’est comme « une deuxième douane » à l’aéroport, affirme la directrice de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin.

Lundi après-midi, Camille Lavoie était une des premières à franchir cette étape supplémentaire. Une initiative qui a duré moins d’une minute et ne l’a pas importuné. Elle était surtout soulagée d’avoir réussi à revenir d’un voyage de plus d’un mois en Afrique et en Europe.

Les larmes aux yeux, elle a serré fort sa mère, visiblement ravie de retrouver sa fille.

Elle n’est pas la seule à avoir versé une larme en retrouvant un proche après un vol. Quant à Nathalie Bigras, ce n’est pas en versant une larme qu’elle a exprimé ses émotions. La professeure à l’Université du Québec à Montréal a plutôt lâché un cri fort et bien senti lorsqu’elle a franchi ce poste de sensibilisation.

« Ç’a été très compliqué de revenir », a confié cette Montréalaise, accompagnée de cinq étudiants avec qui elle était à Grenoble pour collecter des données pour une recherche. Puisqu’ils n’arrivaient pas à trouver des vols en France, ils ont dû se rendre en Allemagne pour prendre un vol jusqu’à Montréal. Et quand nous avons vu que l’Allemagne fermait ses frontières (avec des pays voisins), on a eu peur de rester pris là », a ajouté Nathalie Bigras.

Nathalie Fortin, de retour du Mexique depuis samedi, avoue n’avoir saisi l’ampleur de la situation qu’à son arrivée à Montréal. « En vacances, dans le tout-inclus, on n’entendait pas parler de tout ça. »

Lundi après-midi, elle était de nouveau à l’aéroport de Montréal, cette fois-ci pour accueillir sa fille, qui était en échange universitaire à Barcelone depuis février dernier. « L’Université Mc Gill lui a dit de revenir », explique-t-elle.

Dre Mylène Drouin présente à l’aéroport pour lancer l’initiative a affirmé : « chaque fois qu’un voyageur ne s’isole pas correctement, c’est une brèche que l’on crée pour que le virus se transmette dans la communauté ».

Elle a ajouté que « tous les cas recensés jusqu’à présent sont des voyageurs qui ont été à l’extérieur ».

La suite

La Direction de la santé publique de Montréal a fait une demande au gouvernement fédéral afin d’obtenir des thermomètres et des masques pour en fournir aux voyageurs.

Chaque jour, 16 000 voyageurs arrivent à Montréal par la zone internationale.

Des agents du Service de police de la Ville de Montréal et des agents de sécurité de la Ville seront rendus disponibles à l’aéroport de Montréal pour prêter main-forte aux autorités de santé publique, a annoncé lundi matin la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La Dre Mylène Drouin et Valérie Plante

La Dre Drouin explique qu’être en quarantaine signifie que tout voyageur doit rester à la maison 14 jours. Donc, ne pas aller travailler et ne pas aller dans des lieux publics. Si un seul membre d’une famille revient de voyage, il doit s’isoler des autres et faire « chambre à part », explique la Dre Drouin. « Il faut le faire pour protéger les plus vulnérables et sauver des vies. »

La mairesse Plante a refusé de dire que les mesures annoncées lundi matin étaient une critique déguisée de l’inaction du gouvernement fédéral dans ce dossier. « Je respecte l’approche du gouvernement », a dit Mme Plante. Mais pour elle, il est important « d’informer, de détecter et d’isoler » les voyageurs. La mairesse veut que les voyageurs comprennent l’importance de la quarantaine. « Ce n’est pas optionnel. C’est sérieux », dit-elle.

Alors que Montréal compte toujours 11 cas confirmés de COVID-19, la directrice régionale de santé publique de Montréal annonce que d’autres cas sont attendus. « On s’attend à une augmentation des cas qui va coïncider avec la relâche scolaire », dit la Dre Drouin. Celle-ci a par le fait même annoncé que le premier cas de COVID-19 confirmé en février est maintenant guéri.

Jusqu’à maintenant, tous les cas confirmés sont des voyageurs. La Dre Drouin a toutefois reconnu que jusqu’à maintenant, seuls les voyageurs sont testés pour la COVID-19. Il se peut donc qu’il y ait des transmissions communautaires.

La Ville de Montréal fournira 30 personnes, policiers et cadets issus du SPVM, afin de doubler et appuyer les effectifs de la santé publique dans leur l’intervention auprès des voyageurs à l’aéroport Trudeau.

En marge de la conférence de presse tenue lundi matin, Dre Mylène Drouin a précisé que 20 personnes seront nécessaires pour couvrir chacun des trois quarts de travail à l’aéroport. « On commence et on s’ajustera », a-t-elle indiqué.

Dès dimanche, des responsables du dossier à la santé publique ont visité les lieux avec des représentants de Aéroports de Montréal (ADM) afin de déterminer comment s’effectuera l’opération. Ainsi, il a été décidé de créer un corridor qui obligera tous les voyageurs à rencontrer les équipes en place et à recevoir les informations.

- Avec Kathleen Lévesque