Que sait-on de ce nouveau variant de la COVID-19, apparu à la mi-septembre au Royaume-Uni ? Dans quelle mesure se transmet-il plus facilement que le précédent ? Compromet-il l’efficacité des vaccins ? Rend-il les gens plus malades ? Faut-il s’attendre à le voir apparaître ici ? La Presse fait le point avec des spécialistes.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Quelle est la caractéristique de cette nouvelle forme ?

Elle est de 50 % à 70 % plus contagieuse que la précédente. « C’est une souche qui est capable de se transmettre beaucoup plus efficacement comparativement aux souches qu’on connaissait auparavant », explique Benoit Barbeau, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), expert des questions de virologie. « Avec ce variant du virus, on a eu 17 mutations en même temps. C’est assez phénoménal. Et il y a huit mutations qui sont sur la surface du virus », ajoute Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Autre particularité : ce variant a surtout touché des gens âgés d’environ 40 ans, au Royaume-Uni. « On ne sait pas trop pourquoi, dit Marie-Pascale Pomey, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Mais comme ce sont des personnes qui sont souvent beaucoup moins malades que les plus âgées, ça n’a pas eu d’incidence sur le nombre de malades. On n’a pas mis en évidence non plus que les gens qui étaient infectés étaient plus malades qu’avec l’autre forme du virus. Mais on n’a pas énormément de recul. Toutes ces données sont basées sur de petits échantillons. »

Pourquoi est-elle apparue au Royaume-Uni ?

Mystère. « Il n’y a aucune raison pourquoi c’est au Royaume-Uni plutôt qu’en Italie, au Canada ou en Chine. Ça prenait au moins un endroit où il y avait beaucoup de transmission dans la population. En ce moment, on parle de ce variant qui est très important, mais on a entendu parler de plusieurs autres variants qui circulent sur la planète. Ce n’est pas surprenant, parce que ce virus-là mute constamment », dit M. Barbeau.

Comment est-elle apparue ?

Il y a quelques hypothèses, mais aucune certitude. « La première, qui paraît la plus normale, c’est que les coronavirus sont connus pour faire plusieurs mutations, c’est un processus propre à ce type de virus, note Marie-Pascale Pomey. On en connaît déjà, des mutations. Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière. »

« Après, il y a des hypothèses qui sont un peu plus douteuses, comme celle d’un patient immunodéprimé qui, du fait de son état de santé, aurait pu accumuler des limitations en lien avec le virus et le transmettre ensuite à d’autres. Il y a une autre proposition, en lien avec ce qui s’est passé au Danemark, où ils ont tué énormément de visons récemment. Ça pourrait aussi être une des causes. C’est-à-dire que le fait que ce soit transmis à un animal et que l’animal le retransmette ensuite à l’homme peut aussi entraîner des mutations. Mais je pense que c’est un peu douteux. »

On parle parfois de nouvelle souche, parfois de variant. Quelle est la différence ?

« Une souche, c’est généralement un grand saut. Un variant, ça peut être juste une ou deux mutations sur des millions et des milliards de variants, explique le professeur Mâsse. Mais il y a des mutations plus importantes. Celles qui nous intéressent le plus sont celles qui sont sur la surface du virus, les fameuses protéines qui sont utilisées par le virus pour pénétrer dans nos cellules. Ça se peut que ce variant-là débouche sur une nouvelle souche après plusieurs mutations. On voit qu’à travers le monde, il y a énormément de transmission. C’est sûr que ça favorise un peu les chances, ou la malchance, qu’on tombe sur un variant dont la transmission est plus forte. »

L’efficacité des vaccins est-elle compromise par ce variant ?

Pour l’année 2021, les vaccins devraient être efficaces, selon les experts consultés. « Les deux vaccins qui fonctionnent reposent sur une technologie qui s’adapte facilement si jamais on a besoin de les modifier, précise M. Mâsse. Mais l’inquiétude est quand même réelle, parce que c’est rare de voir 17 mutations du même coup. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre pour faire le tour de la question, mais en attendant, c’est sûr que ça crée énormément d’anxiété. »

Selon Marie-Pascale Pomey, l’industrie pharmaceutique est déjà en train d’étudier les mutations pour voir de quelle manière elle pourrait les introduire dans son nouveau vaccin. « Mais on n’a pas assez de recul pour savoir s’il va couvrir à 100 % toutes les mutations qui vont arriver. » La Dre Anne Gatignol, professeure de microbiologie à l’Université McGill, pense qu’il y a de fortes chances que les vaccins fonctionnent, même si on ne peut pas avoir de certitude. « Peut-être que ça va diminuer l’efficacité, mais il ne faut pas arrêter la vaccination pour autant », dit-elle.

Faut-il s’attendre à voir ce variant de ce côté-ci de l’Atlantique ?

« Comme il a été identifié, la première fois, au mois de septembre, il y a de fortes chances qu’il soit ailleurs. Il pourrait être ici. Ce serait même étonnant qu’il n’y soit pas », dit Mme Gatignol.

« Les gens voyagent dans d’autres pays, et les variants circulent, note Benoît Mâsse. Donc, c’est assez difficile de tout mettre en place pour empêcher ce variant d’arriver. Il faudrait des solutions extrêmes. Déjà, on est pris avec une grosse vague. Ce n’est pas le temps d’avoir un variant qui semble plus transmissible. Lorsqu’on aura repris le contrôle et qu’on aura vacciné une bonne partie de nos vulnérables, la pression va être moins forte. »

Devrions-nous adopter d’autres mesures de protection ?

Non, pas forcément. « Si on continue à appliquer toutes les restrictions, que ce soit la distanciation, le lavage des mains, le port du masque, et qu’on évite les regroupements, cette souche-là ne sera pas nécessairement plus infectieuse que la précédente, affirme Benoit Barbeau. Mais il est certain que le risque zéro n’existe pas. »

« Le virus n’est pas magique, ajoute Benoît Mâsse. Ce n’est pas un variant qui, soudainement, passe à travers un masque ou qui se propage à quatre mètres au lieu de deux. C’est toujours les mêmes propriétés. Ça veut dire qu’il faut continuer à respecter les règles et se rappeler que ce variant est encore plus contagieux. Avec un virus plus transmissible, ça pardonne moins quand on a des contacts étroits. »