Noël approche et la situation ne s’améliore pas au Québec : le bilan de dimanche fait état pour la deuxième journée de suite d’un record de cas de COVID-19. Il va falloir s’armer de patience avant de voir la lumière au bout du tunnel, et le spectre des rassemblements illégaux durant le temps des Fêtes vient assombrir le portrait, estiment les experts.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Les trois prochains mois seront très difficiles », laisse tomber Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

D’autant plus qu’on va mettre du temps à voir les effets du confinement partiel qui s’étendra du 25 décembre au 11 janvier, poursuit l’expert.

« Les dés sont jetés. On doit attendre au moins une dizaine de jours pour voir une diminution des cas si les contacts sont vraiment réduits. Les chiffres continueront à être élevés d’ici là. »

« On a l’impression qu’on n’a pas été capables de mettre des mesures assez tôt et avec assez de cohérence pour diminuer la tendance », affirme Marie-Pascale Pomey, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La chercheuse fait référence au lent déploiement des tests de dépistage rapides au Québec et déplore aussi que la Santé publique n’exige pas à toute la famille de s’isoler quand un membre est en attente d’un résultat de test.

Ces détails ont vraiment joué contre nous. On n’a pas été en mesure d’agir tôt et rapidement. On est donc complètement dépassés par le nombre de cas.

Marie-Pascale Pomey, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

La cohue dans les centres commerciaux ne représente pas un grand danger, mais les réunions en milieux clos sont une énorme source de propagation. « On ne peut pas faire l’autruche. Des gens se réuniront pour Noël. » Il y avait une plus grande collaboration lors du contrat moral selon lequel il fallait s’isoler avant et après le party de famille qu’avec une interdiction formelle de se réunir, très difficile à appliquer ou à contrôler, admet-elle.

On remarque un relâchement dans les consignes sanitaires, croit Michel Camus, épidémiologiste de l’environnement. « On arrive à la limite de ce que notre système de santé peut prendre, estime l’expert. On a tardé à donner un message plus sévère à la population. Les gens ont été marqués par certaines incohérences : on fermait les bibliothèques et le Jardin botanique, mais on gardait d’autres endroits ouverts. Ça a beaucoup déstabilisé la population. »

Selon Marie-France Raynault, cheffe du département de médecine préventive et santé publique au CHUM, il y a de quoi craindre les réunions familiales la semaine prochaine. Les files devant les succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ) et les foules qui font leurs emplettes ne sont pas des signes encourageants. « Les vacances scolaires n’auront aucun effet si c’est remplacé par une augmentation des rassemblements entre proches et amis. Ça va même être pire. Ceux qui vont payer, ce sont les gens qui sont malades, dont les hospitalisations seront retardées. »

« Mon impression, c’est que les gens ont moins peur de la COVID-19, ils sont habitués à vivre avec. C’est pourtant un virus sournois. Ça peut nous frapper n’importe quand », dit Mme Raynault.

Bilan

On a recensé dimanche 2146 nouveaux cas de COVID-19 à travers le Québec, un record qui porte le total de personnes contaminées à 176 985 depuis le début de cette pandémie. Les hospitalisations sont en légère hausse et on rapporte 21 morts supplémentaires liées au virus.

De celles-ci, 3 sont survenues dans les 24 dernières heures et 18, entre le 13 et le 18 décembre. Selon les plus récentes données gouvernementales, 7736 personnes ont succombé à la COVID-19 au total.

Les hospitalisations augmentent de 5 par rapport à samedi et demeurent élevées, à 1010. On précise qu’une centaine de personnes sont entrées à l’hôpital et 95 en sont sorties.

Parmi les patients hospitalisés, 146 sont aux soins intensifs pour des complications liées au virus. Il s’agit d’une hausse de 4 par rapport à la veille.

La campagne de vaccination entamée lundi dernier se poursuit au Québec, avec 719 doses de vaccin administrées dans les 24 dernières heures, pour un total de 4716.

Dans ce portrait sombre, la campagne de vaccination entamée lundi donne espoir. « On vaccine au compte-gouttes, mais beaucoup de personnes seront vaccinées rapidement d’ici la mi-janvier », estime Benoit Mâsse.

Se rendre jusqu’au mois de mars ne sera pas facile, mais il demeure optimiste. « Le confinement partiel va beaucoup nous aider, pourvu que le temps des Fêtes se déroule sans rassemblements illégaux. »

La COVID-19 en graphiques

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