Le réseau de la santé est en état d’alerte : à l’approche des Fêtes, on craint que le message de santé publique passe de moins en moins dans la population. L’arrivée d’un vaccin semble avoir rassuré certains citoyens qui relâchent les mesures. Sur le terrain, on redoute de voir les partys de Noël se multiplier, au risque d’engorger sérieusement les hôpitaux en janvier.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« On voit un relâchement dans la population. Ne serait-ce qu’avec les buffets de Noël qui se font commander ou les quantités d’alcool vendues […] Le vaccin a peut-être aussi donné un faux sentiment de sécurité. Mais si on ne garde pas les mesures, il y aura des impacts majeurs sur le réseau », affirme le DMartin Arata, président de l’Association des conseils des médecins, dentistes et pharmaciens du Québec.

« Il semble se préparer des partys clandestins […] On craint de perdre le contrôle. Même si on déleste, on craint que s’il y a des partys, la situation empire beaucoup », affirme la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur.

« Est-ce qu’on pense que la majorité des gens ne respecteront pas les règles ? On espère que non. Mais on a des craintes. On peut juste insister pour que les gens les respectent. On croise les doigts », affirme le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le DLouis Godin.

Comment continuer de convaincre les gens ?

Après des mois de pandémie, comment continuer de convaincre la population de suivre les règles sanitaires ? « Ça a toujours été l’extrême grand défi dans les épidémies que j’ai vécues. La réponse vient souvent localement. On a depuis le début une approche très “top down”. Mais à un moment, les gens sont tannés d’entendre les dirigeants parler. Ils ont besoin d’une autre façon de se faire dire les choses. D’autres porte-parole », explique la Dre Joanne Liu, pédiatre et ex-présidente de Médecins sans frontières.

La Dre Liu le reconnaît : nous sommes actuellement dans le pire moment de la pandémie.

Les gens sont tannés. Avec les vaccins, il y a un relâchement automatique quasi inconscient. Il faut encourager les gens à continuer. Il faut le dire.

La Dre Joanne Liu

Pour la Dre Liu, la vaste majorité des gens respectent les règles de santé publique. « Ils sont bons. Il faudrait peut-être plus le leur dire. Il faut changer le récit. Faire du renforcement positif », dit-elle.

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva souligne que selon les plus récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’adhésion de la population aux principales mesures de santé publique, comme éviter les rassemblements, se laver les mains et porter le masque, reste en effet la même depuis le début de l’automne au Québec. « Il ne me semble pas avoir vu une tendance claire à la baisse », dit-elle.

Faire passer un message

C’est pour que des intervenants de terrain puissent s’adresser directement à la population que le DGermain Poirier et son équipe de l’hôpital Charles-Le Moyne ont conçu, avec la FMSQ, une vidéo sur le temps des Fêtes.

Dans la capsule, on voit des préposés aux bénéficiaires, des infirmières, des inhalothérapeutes et des médecins inviter la population à ne pas se réunir pour Noël.

« Passer les Fêtes en pyjama, c’est beaucoup plus rigolo qu’en jaquette d’hôpital », affirme notamment Louise Larivée, chef de la réadaptation physique et de l’hôpital Charles-Le Moyne. « Les gens ne se sentent pas interpellés. Ils se disent que s’ils n’ont pas eu la COVID encore, ils ne l’auront pas », affirme le Dr Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec.

On a voulu dire à la population : aidez-nous. Le seul moyen de freiner la pandémie, c’est de respecter les mesures.

Le DGermain Poirier

Ce dernier souligne que « le peuple est souverain » et que « si le message vient toujours d’en haut, à un moment donné, ça passe moins ». Pour le DPoirier, limiter les cas est important non seulement pour le réseau de la santé, mais aussi pour que les écoles ouvrent en janvier, que les commerces rouvrent leurs portes. Que les gens qui ont perdu leur emploi soient réengagés. « C’est l’affaire de tout le monde », dit-il.

La Dre Liu ajoute que dans toute pandémie, « pour garder une population engagée, il faut une transparence ». « Il faut dire ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. Et dire ce qu’on voudrait savoir. Répondre à une épidémie, c’est un exercice de communication », dit-elle.

À quelques jours de Noël, le DArata « souhaite la collaboration des gens ». « Il ne reste que quelques mois à faire », dit-il. « Faites-nous un cadeau en restant chez vous », dit la Dre Francœur.