(Québec) Les personnes atteintes d’un cancer ne peuvent toujours pas être accompagnées à l’hôpital lors de leurs traitements de chimiothérapie, malgré de récents efforts pour faire changer cette directive.

Caroline Plante
La Presse Canadienne

Le paramédic Patrick Jasmin et son amie Isabelle Pomerleau, atteinte d’un cancer incurable, se battent actuellement pour le droit d’être accompagné au cours des traitements qui sont extrêmement difficiles.

Mme Pomerleau a témoigné en conférence de presse à l’Assemblée nationale, le 8 décembre, qu’elle ne pouvait même pas être accompagnée de son mari dans la salle d’attente de l’hôpital.

Le 11 décembre, M. Jasmin s’est assis avec des représentants du ministère de la Santé. « Je leur ai dit que l’accompagnement pour les patients avec des cancers agressifs, ce n’est pas un luxe, c’est un besoin. »

En entrevue à La Presse Canadienne, il revient sur cette rencontre et explique avoir demandé de permettre l’accompagnement dans les salles d’attente et les salles de traitements, et ce, dans tous les hôpitaux.

Il ajoute avoir proposé, pour minimiser les risques que des patients attrapent la COVID-19, de prévoir des plages horaires pour l’accompagnement, et de fournir des vêtements de protection aux proches aidants.

Le ministère interdit la présence des proches en cancérologie, à moins que le patient ait des troubles cognitifs ou lors de visites pour discuter de résultats et de la suite de son parcours clinique.

Cette directive fait partie des mesures sanitaires imposées en temps de pandémie. Le ministère de la Santé la justifie en rappelant le besoin de protéger les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

« Toutes les minutes comptent »

M. Jasmin dit avoir soulevé, lors de la rencontre du 11 décembre, le fait que la COVID-19 n’allait pas disparaître de sitôt, et que les personnes atteintes d’un cancer avaient besoin de soutien et d’espoir.

« Il y a quelque chose qui doit bouger quelque part », insiste-t-il, déplorant qu’on soit resté jusqu’à maintenant insensible à ses arguments. Aucune autre rencontre n’est prévue avec le ministère.

« C’est de dire aux patients : “C’est comme ça que les traitements sont donnés, et malheureusement pour vous, c’est comme ça que ça va se passer”. »

Mme Pomerleau avait raconté avoir vécu des complications en août, son examen de routine s’étant transformé en rendez-vous de six heures. Elle a dit s’être sentie très faible, car elle n’avait pas mangé.

Elle a aussi témoigné avoir vu « de (ses) propres yeux » une patiente en chimiothérapie « aller à la toilette et ne pas ressortir parce qu’elle est en arrêt cardiorespiratoire ».

En point de presse le 9 décembre, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait affirmé qu’il était possible pour un proche aidant d’être dans la salle d’attente, contrairement à ce que disait Mme Pomerleau.

Certains hôpitaux, peut-être, ne le permettaient pas, avait-il concédé, promettant de faire des vérifications.

M. Dubé s’était alors fermement opposé à l’accompagnement dans les salles de traitements, plaidant qu’une personne en chimiothérapie avait deux fois plus de risques d’attraper la COVID-19 et d’en décéder.

Plusieurs patients vulnérables peuvent se retrouver dans une même salle en même temps.

« Je comprends la question de l’empathie, puis tout ça, mais on a pris une recommandation très claire : “Vous (les proches aidants) pouvez aller jusqu’à la salle d’attente, mais pas dans la salle de traitements”. »

Patrick Jasmin n’en démord pas : le ministre tient un discours beaucoup trop « ferme », qui manque de « compréhension, d’ouverture et d’empathie ».

Au printemps, le gouvernement avait pourtant changé son fusil d’épaule et permis aux proches aidants d’aller en CHSLD et aux femmes enceintes d’accoucher accompagnées d’un proche.

« L’accompagnant est là pour soutenir le patient émotivement, affectivement. […] Les cancers incurables, pour ces gens-là, toutes les minutes comptent », souligne M. Jasmin.

Risque très élevé

Interpellé à nouveau sur cet enjeu vendredi, M. Dubé a reconnu que « malheureusement », encore aujourd’hui, des hôpitaux ne permettent pas l’accompagnement dans les salles d’attente.

« On a demandé à nos PDG de corriger la situation dans la mesure du possible. On ne peut pas interdire à un proche aidant […] d’être avec un patient dans la salle d’attente », a dit M. Dubé, qui n’ira pas plus loin.

« On ne peut pas changer la règle pour les salles de traitements. […] Le risque COVID est très, très, très élevé, donc c’est une question de sécurité », a-t-il expliqué.