Les patients atteints de la COVID-19 restent en moyenne 17 jours à l’hôpital, selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Un séjour plutôt long, presque trois fois plus que pour les patients atteints de l’influenza, qui accentue la pression sur les hôpitaux.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Dans un document intitulé « Comparaison des hospitalisations dues à la COVID-19 pendant la première vague à celles dues à l’influenza pendant les saisons précédentes », on apprend que les patients atteints de la COVID-19 restent en moyenne 17,2 jours à l’hôpital, contre 6,4 jours pour les patients atteints de l’influenza.

Chez les patients de 80 ans et plus atteints de la COVID-19, la durée moyenne de séjour à l’hôpital est de 22 jours. Les patients de ce groupe d’âge atteints de la grippe n’y restent que de 9 à 10 jours.

Microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif, le DKarl Weiss explique que les patients hospitalisés à cause de la COVID-19 présentent des « problèmes respiratoires qui perdurent longtemps à cause de l’inflammation causée par le virus ». « Leurs besoins en oxygène durent longtemps. On ne peut pas les sevrer rapidement », résume le DWeiss.

Ce dernier souligne toutefois que depuis la première vague, les traitements se sont améliorés. « La durée de séjour des patients est possiblement moins longue actuellement. Mais elle reste plus longue que pour les patients atteints de l’influenza. […] On est incapables de leur donner congé rapidement », dit-il.

Le fait que les patients atteints de la COVID-19 restent longtemps à l’hôpital a de lourdes conséquences sur le système de santé. Le DWeiss explique que même si seulement 25 nouvelles hospitalisations s’ajoutent chaque jour, au bout de 12 jours, les premiers cas sont toujours là, ce qui engorge rapidement les hôpitaux. « Même un petit nombre de patients hospitalisés finit par faire un grand nombre. C’est ce qui inquiète actuellement », dit-il.

Un virus qui « compte pour beaucoup »

Partout au Québec et à Montréal, notamment, la hausse des hospitalisations contribue à rendre vulnérable le réseau de la santé, rappellent des experts en la matière. « La pression sur les hôpitaux est bien réelle. La plupart des établissements se réorganisent actuellement pour anticiper l’afflux de patients auquel on s’attend dans les prochaines semaines », explique le DQuoc Nguyen, gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Ainsi, une question se pose : les mesures auraient-elles dû être plus énergiques, plus rapidement, pour limiter la hausse des hospitalisations ? « C’est difficile à dire, répond le Dr Nguyen. Si on veut éviter le délestage, c’est sûr qu’il faut être plus sévères, mais j’ignore si, comme société, on aurait pu l’accepter. »

Un cas de COVID-19 compte pour beaucoup. Ce virus déconditionne les personnes surtout âgées, ce qui fait qu’elles doivent rester plus longtemps pour recevoir d’autres soins, même si elles sont guéries.

Le Dr Quoc Nguyen, gériatre au CHUM

Experte en organisation des services de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), la professeure Marie-Pascale Pomey affirme que le Québec aurait pu imaginer d’autres solutions. « On n’a pas du tout ouvert la possibilité de faire des hôpitaux dédiés à la COVID-19, afin de préserver nos milieux de soins. Et là, notre système est directement impacté, sauf qu’on ne dispose d’aucune solution parallèle », observe-t-elle, en disant toutefois comprendre que des « enjeux de ressources humaines » peuvent freiner les ambitions des autorités.

« Il reste que depuis le mois de septembre, on n’a jamais été capables de diminuer la courbe, entre autres parce que le problème de l’accès aux tests est toujours présent. Les délais sont longs, donc on n’arrive pas à contenir les risques d’infection rapidement », ajoute Mme Pomey.

Un confinement insuffisant ?

Pour Roxane Borgès Da Silva, spécialiste de la santé publique, la hausse des hospitalisations est inquiétante, surtout parce que les mesures de confinement annoncées mardi par Québec manquent de mordant. « Les fermetures n’incluent même pas le secteur manufacturier, alors que 31 % des éclosions en milieu de travail proviennent de là », dénonce-t-elle.

Il n’y aura pas de reprise économique si la population n’est pas en santé. Les Fêtes vont être un gros rush pour le réseau, ce qui est très préoccupant.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’ESPUM

Mme Da Silva est aussi d’avis que les mesures auraient pu être pensées autrement. « On se demande quel impact aura la fermeture des écoles, quand on sait que le secondaire sera déjà en ligne en bonne partie. On aurait dû fermer dès maintenant les commerces non essentiels, voyant cette hausse de cas qui va se matérialiser en un nombre d’hospitalisations énorme », conclut-elle.

Dans les CHSLD, la pression est telle que les hôpitaux demandent de ne plus transférer les patients. « Ça nous inquiète parce qu’on veut que nos patients aient accès à des soins. D’un côté éthique, ça vient me chercher », confie la Dre Sophie Zhang, cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« On sent la pression de tous les bords », ajoute Mme Zhang, qui ne se dit « pas certaine » que « plus de confinement égale moins de cas » à ce stade-ci. « De notre côté, on prépare le scénario d’une catastrophe post-Fêtes, en situation de débordement. On ne peut plus se permettre de dire que ça va bien aller », conclut-elle.