(Québec) Face à une deuxième vague de COVID-19 qui gonfle chaque jour, le premier ministre François Legault annoncera mardi après-midi la fermeture des commerces non essentiels à compter du 25 décembre, voulant laisser du temps aux Québécois pour terminer les achats de Noël.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

La mesure durera d’une à deux semaines et pourrait s’accompagner de restrictions supplémentaires. Les élèves du primaire pourraient rester à la maison une semaine de plus et retourner en classe le 11 janvier, comme ceux du secondaire.

Fidèle à son habitude, François Legault a préparé les esprits à ce tour de vis supplémentaire. Vendredi, il laissait déjà entrevoir un confinement plus strict, soutenant qu’il serait « obligé d’ajouter des restrictions » si la propagation de la COVID-19 se maintenait au niveau actuel. Or, la situation a empiré, comme on pouvait déjà le prévoir à ce moment. Lundi, il a profité d’entrevues de fin d’année à la radio et à la télévision pour faire part de ses intentions.

« Il va falloir resserrer la situation dans les commerces. Il va falloir les fermer pour une certaine partie, parce qu’il y a trop de contacts » sociaux en ce moment, a-t-il expliqué à Radio-Canada.

Il a signalé que sa décision entrera en vigueur à compter du 25 décembre. « Ce qu’on veut, c’est laisser les gens faire leur magasinage pour leurs enfants, mais par la suite, il faut donner un coup », a-t-il dit, précisant que la fermeture imposée durera d’une à deux semaines.

Il a livré un message semblable au 98,5 FM. « On va être obligés d’en ajouter », des restrictions sanitaires, a-t-il reconnu.

Des mesures semblables à celles de l’Allemagne

Se disant un grand admirateur d’Angela Merkel, il a indiqué que les mesures adoptées par la chancelière allemande, « ça risque de ressembler à ce qu’[il] annoncera » mardi.

L’Allemagne vient de décréter la fermeture des commerces non essentiels – épiceries et pharmacies restent ouvertes. Les écoles seront fermées une semaine de plus que prévu. Ces mesures seront en vigueur jusqu’au 10 janvier.

Vendredi, François Legault évoquait déjà la possibilité que les élèves du primaire restent à la maison une semaine de plus. Ils retourneraient donc à l’école le 11 janvier, comme ceux du secondaire, si ce scénario à l’étude se concrétise.

Québec a déjà demandé aux écoles de fermer leurs portes à compter du 17 décembre – les élèves auront droit à de l’enseignement à distance les jours où ils devaient être en classe. Il a appelé les entreprises à favoriser le télétravail.

Secteurs d’activités confinés « à la carte »

La Presse a révélé il y a une semaine que le gouvernement se dirigeait vers un « confinement à la carte », comme on le dit à Québec. Depuis quelques jours déjà, le gouvernement et la Santé publique déterminent les secteurs d’activités qui pourraient fermer, des secteurs jugés non essentiels et où il y a le plus d’éclosions. Ils veulent réduire les contacts sociaux et cherchent donc à cibler les secteurs permettant d’atteindre l’objectif le plus possible.

En date du 13 décembre, 37,2 % des éclosions actives sont dans des milieux de travail, 27,6 % dans des écoles, 24,9 % dans les « milieux de vie et de soins » comme les CHSLD et les résidences pour aînés, et 6,6 % dans des garderies.

Selon le plus récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), 476 milieux de travail – ce qui exclut les écoles, les garderies et les centres pour aînés – sont en situation d’éclosion, avec au moins deux cas de COVID-19 : 34,2 % sont des industries manufacturières, 18,7 % sont dans le commerce de détail et 7 % dans la construction. L’INSPQ ne rapporte que les infections parmi les travailleurs, et non chez les clients.

Le congé des Fêtes pour casser la deuxième vague

La période des Fêtes offre « une opportunité » au gouvernement pour casser la deuxième vague, a réitéré François Legault. Il y a le congé scolaire, l’industrie de la construction prend une pause de deux semaines, « et beaucoup d’entreprises sont fermées pour au moins une semaine », a-t-il plaidé.

Malgré tout, il a ouvert toute grande la porte à l’idée de permettre les petits rassemblements à l’extérieur afin de pouvoir rencontrer parents et amis, dans un parc, mais pas dans une cour privée.

« Quelqu’un qui veut aller dans un parc rencontrer ses amis, sa famille, être à distance de deux mètres, avec un masque, à l’extérieur où c’est moins dangereux, est-ce qu’on peut le faire ? On va regarder », a-t-il affirmé.

Ce que nous dit la Santé publique, c’est que si on est dans sa cour, quand il commence à faire froid, c’est tentant d’aller aux toilettes, d’aller prendre un verre, de rentrer toute la gang. Il y a moins de risques dans un lieu public que dans une cour privée.

François Legault, premier ministre du Québec, en conférence de presse lundi

Le gouvernement Legault souhaite également des assouplissements pour permettre davantage la pratique du sport à l’extérieur. Des discussions sont en cours avec la Santé publique à ce sujet.

Tendance à la hausse des nouveaux cas

Le début de la campagne de vaccination a légèrement occulté le bilan de la COVID-19, mais tous les indicateurs sont actuellement au rouge. Alors que le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, espérait baisser sous les 1000 le nombre de nouveaux cas quotidiens, le Québec a plutôt observé une tendance à la hausse. Depuis une semaine, la province rapporte plutôt une moyenne de 1760 nouveaux cas par jour.

Cette augmentation des cas s’explique principalement par une poussée de fièvre dans le Grand Montréal. Depuis une semaine, on a découvert dans la région métropolitaine 8057 nouveaux cas, soit 22 % de plus que la semaine précédente. La Capitale-Nationale a aussi enregistré une hausse des cas : 1419 en sept jours, soit 17 % de plus. Dans le reste de la province, le nombre de cas a été stable, à 2900.

Une tendance à la hausse se fait sentir depuis trois semaines dans tous les groupes d’âge. Le nombre de cas a augmenté de moitié chez 20 ans et moins et des deux tiers chez les 20 à 59 ans. La hausse est moins importante chez les 60 ans et plus, mais l’augmentation demeure assez importante pour expliquer la hausse soutenue des hospitalisations et des morts.

En effet, le nombre d’hospitalisations a continué d’augmenter. Lundi, on a dénombré 890 personnes hospitalisées, soit 72 de plus que la semaine précédente. Du nombre, 122 se trouvaient aux soins intensifs, soit 17 de plus qu’il y a sept jours.

Le nombre de morts a aussi continué à augmenter. Le Québec en a déploré 256 depuis une semaine, en hausse de 16 % par rapport à la semaine précédente. Cela représente en moyenne 37 morts par jour, alors que la moyenne était de 32 la semaine précédente.

Cette hausse s’explique en grande partie par une récente hausse à Québec, qui a déploré 59 morts depuis sept jours, mais aussi en Mauricie–Centre-du-Québec, qui en a dénombré 36.

Le Québec a réalisé 233 000 tests la semaine dernière, un nouveau sommet de 33 000 en moyenne par jour. Malgré l’augmentation de la cadence, le taux de positivité a continué à augmenter au Québec, puisque le nombre de cas découverts a augmenté plus rapidement. Depuis une semaine, 5,2 % des tests se sont révélés positifs, soit tout juste au-dessus du seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé lundi en fin de journée que deux nouvelles MRC de l’Outaouais, soit celles de la Vallée-de-la-Gatineau et de Papineau, allaient passer en alerte maximale. C’est ainsi 8 millions des 8,5 millions de Québécois, soit 94 %, qui se trouvent en zone rouge et qui ne pourront donc faire de rassemblement à Noël.

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