(Québec et Montréal) Environ 300 Québécois ont reçu lundi une première dose du vaccin contre la COVID-19, lors du coup d’envoi de ce qui s’annonce la plus importante campagne de vaccination de l’histoire du Québec.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Gisèle Lévesque, 89 ans, est devenue la première Canadienne à recevoir officiellement le vaccin Pfizer-BioNTech. Il était 11 h 25 lorsque la résidante du CHSLD Saint-Antoine de Québec a reçu sa dose, juste avant une travailleuse de la santé de Toronto.

« J’ai l’espoir que ça va passer. Je demande aux gens de se faire vacciner », a dit Mme Lévesque quelques minutes après avoir reçu la première dose du vaccin.

À Montréal, c’est Gloria Lallouz, 78 ans, qui a été la première vaccinée. « Je ne suis même pas étourdie ! J’attends toujours les effets secondaires, le vertige, mais rien », a lancé à la blague la résidante du Centre hospitalier gériatrique Maimonides.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Gloria Lallouz

Ces deux établissements de Québec et Montréal ont été choisis dans le cadre d’un projet-pilote. Chacun devait vacciner 150 résidants ou travailleurs lundi. Cette livraison du vaccin doit permettre à 4875 Québécois de recevoir une première dose dans les prochains jours.

« C’est une très, très belle nouvelle. On pense pouvoir vacciner au-delà de 50 000 personnes d’ici le mois de janvier. C’est très encourageant », a noté la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, lors d’un point de presse dans la capitale.

Le gouvernement a expliqué avoir choisi de vacciner d’abord dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, car c’est là que sont constatés 70 % des morts.

On a besoin de quelques centaines de milliers de vaccins pour vacciner tous les résidants et le personnel des CHSLD et des RPA. Techniquement, une fois que c’est fait, on vient d’éliminer 70 % des décès. Ça va changer le portrait complètement.

François Legault, premier ministre du Québec, dans une entrevue lundi à Radio-Canada

Les premières doses sont arrivées aux deux établissements dans des camions UPS en matinée.

Devant le centre Maimonides, l’espoir a pris la forme de deux boîtes blanches réfrigérées tenues à bout de bras par des employés d’UPS, dans une atmosphère à la fois exaltante et agitée.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Des fenêtres du troisième étage de l’établissement pour aînés, des travailleurs masqués en blouse bleue jettent des regards optimistes aux deux livreurs. Ils filment avec leur cellulaire le moment historique. Ça y est, le vaccin est là.

Un immense soulagement pour un infirmier du centre, rencontré sur place par La Presse. « Je me sens tellement privilégié de recevoir le vaccin dès mardi. C’est le début de la fin. Je ne vais pas hésiter une seconde à le recevoir », a-t-il confié, sans vouloir révéler publiquement son identité.

Des employés craintifs ?

L’engouement pour le vaccin a été manifeste auprès des aînés en cette première journée. Au CHSLD Saint-Antoine, seuls deux résidants l’ont refusé.

À Montréal, entre 90 et 95 % des résidants de Maimonides ont consenti au vaccin, selon Francine Dupuis, PDG adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Francine Dupuis, PDG adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Mais la situation semble différente auprès du personnel de la santé. Entre 35 et 40 % des 500 employés de Maimonides ont pour l’instant accepté de recevoir leur première dose, a indiqué Mme Dupuis.

« Je pense que c’est un peu tôt. Tout le monde est dans la fébrilité de la journée, je laisserai passer quelques heures. Ce n’est pas un enjeu aujourd’hui », a assuré le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Le gouvernement a rappelé lundi qu’il n’était pas question de rendre le vaccin obligatoire pour quiconque.

Pour le moment, on travaille sur une base volontaire. Il y a énormément de gens qui veulent être vaccinés. Ici au CHSLD Saint-Antoine, on me dit que 100 % des médecins veulent être vaccinés. Ça envoie un bon signal.

Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec

La préposée aux bénéficiaires Mélissa Fouquet n’a quant à elle pas hésité une seconde. Elle a reçu sa première dose lundi à Québec. « J’ai un père septuagénaire. Je pense à lui. Je ne veux pas qu’il l’attrape », a-t-elle dit.

Nadia Khodja, infirmière auxiliaire, est celle qui a vacciné Gisèle Lévesque. « C’est une minorité. La majorité a hâte de se faire vacciner, croit Mme Khodja. Moi, mes collègues ont hâte de se faire vacciner. Quelques-uns sont réticents, peut-être qu’ils attendent à la semaine prochaine ou la suivante. »

Une deuxième dose d’ici 21 jours

Le message du gouvernement était clair lundi : le début de la vaccination ne signifie pas la fin de la vigilance.

« Je vous en supplie, on continue de suivre les règles encore quelques semaines », a dit Mme Guilbault.

Il faut continuer d’être très, très, très prudents. On ne voudrait pas gâcher la fin du marathon par une mauvaise performance à la grande finale.

Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec

Rappelons que le vaccin de Pfizer nécessite deux doses à 21 jours d’intervalle. Selon le fabricant, l’efficacité du vaccin entre les deux doses serait de 52 %, puis de 95 % une fois la seconde dose reçue.

Par ailleurs, les autorités sanitaires ne savent pas exactement pour l’instant si le vaccin permet d’éradiquer la transmission.

« Ce qu’on sait du vaccin de la compagnie Pfizer après les essais cliniques, c’est que c’est un vaccin qui permet de réduire la morbidité sévère, la mortalité. On a besoin de plus de recul pour pouvoir savoir si on va être en mesure de réduire complètement la transmission », a dit le DAndré Dontigny, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale.

Malgré ces bémols, le gouvernement a salué hier une « journée historique pour le Québec ». « On voit la lumière au bout du tunnel après un grand marathon qui dure depuis neuf mois », a déclaré le ministre Dubé.