Effets secondaires minimes, une longue durée de protection, accès rapide : près du tiers des Québécois pourraient choisir de ne pas se faire vacciner si les conditions de la campagne mise en place ne répondent pas à leurs exigences, conclut une nouvelle étude réalisée auprès d’environ 2000 répondants dont La Presse a obtenu les résultats.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ce ne sera pas facile de convaincre toute la population, compte tenu du fait qu’on parle de vaccins qui sont encore en phase expérimentale », explique Thomas Poder, chercheur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM) et auteur du rapport, financé par la Fondation de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Ses chiffres montrent que de 25 à 31 % des Québécois pourraient refuser la vaccination, si leurs exigences ne sont pas remplies. Dans les dernières semaines, l’expert a en effet sondé des citoyens sur des centaines de scénarios possibles, variant selon l’importance qu’ils accordent aux caractéristiques. Ceux-ci sont par exemple : l’efficacité du vaccin, ses effets secondaires, sa durée de protection, l’organisme en faisant la promotion, son origine géographique, les délais d’attente ou encore ses populations prioritaires.

Le scénario « idéal », duquel découlent plusieurs autres, est le suivant : un vaccin fait aux États-Unis, dans l’Union européenne ou au Japon, avec des effets secondaires « minimes », une durée de protection de neuf à 24 mois et un délai d’attente de deux mois, le tout approuvé par la Santé publique québécoise. « On voit que les gens accepteront facilement des rougeurs, des démangeaisons ou de la fièvre en recevant le vaccin. Par contre, ils rejettent en masse le risque d’hospitalisation », explique Thomas Poder.

Jusqu’où Québec ira-t-il ?

Peu importe le scénario, environ 7,2 % des répondants « choisissent toujours le refus du vaccin », lit-on dans l’étude. « On constate également que peu importe le choix des gens, la question de la priorisation de certains groupes n’est pas au cœur de leurs priorités », ajoute le chercheur, qui affirme que le but de ses recherches est de fournir davantage d’information aux autorités pour s’assurer que « l’adhésion au vaccin soit la plus forte possible ».

Si on veut atteindre ce qu’on appelle le seuil d’immunité grégaire, ça prend environ 80 ou 85 % des gens vaccinés, donc il faudra s’assurer que le vaccin corresponde bien aux préférences des Québécois.

Thomas Poder, chercheur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Dans ce contexte, rendre le vaccin obligatoire reviendrait à « marcher sur des œufs », croit l’auteur de l’étude. « Ce serait un problème éthique, puisque ce n’est pas encore prouvé hors de tout doute comme étant 100 % sécuritaire », dit-il.

En théorie, le gouvernement a le droit d’imposer la vaccination contre la COVID-19 à condition de rendre les services disponibles, en vertu de la Loi sur la santé publique. L’article 123 stipule que les autorités peuvent ordonner la vaccination obligatoire « de toute la population » pendant une urgence sanitaire, si une maladie contagieuse menace « gravement » la santé de la population.

Jusqu’ici, Québec n’envisage pas cette option, mais évalue la possibilité d’exiger une « preuve de vaccination » pour faire certaines activités, comme aller au cinéma ou prendre l’avion. « On est en train de regarder pour mettre ça en place », a dit cette semaine le ministre de la Santé, Christian Dubé, en reconnaissant au passage que des « enjeux éthiques » devront d’abord être analysés.

Un feu vert qui lance les débats

Cette étude est publiée alors que, mercredi, le Canada a officiellement donné son feu vert au premier vaccin contre la COVID-19, celui de Pfizer-BioNTech, devenant ainsi le troisième pays au monde à l’approuver, après le Royaume-Uni et le royaume de Bahreïn, et avant les États-Unis et l’Union européenne.

« Il s’agit d’une étape cruciale dans notre lutte contre la COVID-19 », a expliqué le directeur du Bureau des sciences médicales de Santé Canada, le DMarc Berthiaume.

L’agence fédérale affirme avoir fait « un examen approfondi et indépendant des preuves », et en vient à la conclusion que ce vaccin « répond aux exigences rigoureuses du ministère en matière d’innocuité, d’efficacité et de qualité ».

Avec les 249 000 doses que le Canada doit recevoir dans les prochains jours, on estime que 30 000 personnes pourraient donc être inoculées au Québec d’ici la fin de l’année. Rappelons que le gouvernement Trudeau a déjà acheté 20 millions de doses du vaccin de Pfizer-BioNTech, et a pris une option d’achat sur 56 millions d’autres. Les vaccins doivent être conservés à une température d’environ -70 °C.

« Nous sommes prêts […] D’ici lundi, le Canada pourra compter sur 14 [sites de vaccination] », a indiqué l’officier de haut rang des Forces armées canadiennes Dany Fortin, qui a été nommé vice-président à la logistique et aux opérations à l’Agence de la santé publique du Canada.