Des restaurateurs ont salué vendredi l’adoption de la loi 72, qui leur permettra de vendre de l’alcool en l’accompagnant d’un aliment, et non d’un repas, ou encore de livrer du vin ou de la bière de la même manière. Dans le contexte de la COVID-19, la nouvelle représente une « bouffée d’air frais » pour l’industrie.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Les règlements devaient être changés. Ils étaient archaïques, anciens, poussiéreux », lâche le copropriétaire du Joe Beef, David McMillan, qui affirme que ces assouplissements « vont vraiment aider » les restaurateurs de quartier à augmenter leurs ventes, notamment avec le « à emporter », très populaire depuis la pandémie.

Jeudi, exaspéré d’attendre un geste des autorités, son établissement avait lancé un appel à la « désobéissance civile » sur les réseaux sociaux, en invitant ses collègues à vendre une bouteille de vin sans l’accompagner d’un plat, et à le partager via le mot-clic #OuvrezNosCaves. Des centaines de restaurateurs ont rapidement répondu à son appel. « J’ose penser que la pression qu’on a mise a poussé les autorités à agir. Si ça ne passait pas [vendredi], ça aurait été l’anarchie », dit M. McMillan.

Ça aura des implications assez importantes à travers le Québec, donc on est très contents. Ce qu’on demandait était du gros bon sens.

David McMillan, copropriétaire du Joe Beef

La Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant principalement des organismes du domaine de la sécurité publique (« loi 72 ») permettra aussi aux restaurateurs d’offrir leur vin ou leur bière à des « prix distincts » de ceux affichés sur le menu. Hors des zones rouges, ils pourront aussi vendre de l’alcool sans repas, à condition que les cuisines soient ouvertes et fonctionnelles. L’heure d’ouverture des terrasses y sera aussi élargie.

« On vient donner une bonne bouffée d’air frais aux restaurants », s’est réjouie la porte-parole de la porte-parole de la Régie des alcools des courses et des jeux (RACJ), Joyce Tremblay, à l’issue de l’étude des articles de la loi, vendredi.

Des visions opposées

Pour l’Association Restauration Québec (ARQ), l’adoption de la loi est un bon départ, mais il reste encore « beaucoup de travail à faire pour arriver à une complète modernisation des lois », souligne le vice-président aux affaires publiques, François Meunier.

« On doit aller plus loin, encore plus en considérant la crise. Il faut permettre aux restaurateurs de vendre des bouteilles de vin directement aux consommateurs, sans nourriture, à l’exemple des cavistes en France. Bientôt, le gouvernement doit déposer un plan sur l’allègement réglementaire. Nous espérons que cette pratique sera étudiée et autorisée », martèle-t-il.

Chez Restaurants Canada, le porte-parole David Lefebvre n’est pas tout à fait de cet avis. Il rappelle que les nouvelles lois doivent être interprétées avec prudence. « On appelle nos membres à respecter le règlement. Il ne nous permet pas de devenir vendeurs de vin, mais bien de vendre de l’alcool. On n’est pas des succursales de la SAQ », illustre-t-il.

Il faut s’assurer que l’industrie garde un bon nom et de bonnes pratiques. C’est comme ça qu’on fait de vraies avancées.

David Lefebvre, porte-parole de Restaurants Canada

La copropriétaire du Butterblume, Nadine Boudreau, affirme que la loi 72 « donne de l’ouverture ». « Les restaurants sont le bout d’une grande scène. Il y a beaucoup de gens derrière nous comme des agences de vin. Si on est capables d’offrir des à-côtés en vendant de l’alcool, on pourra tous en profiter », résume-t-elle.

Député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc rappelle lui aussi qu’il reste encore « beaucoup à faire » pour aider les restaurateurs à passer à travers la crise. « L’adoption de ces mesures est un message d’espoir en attendant qu’on dépoussière en profondeur la réglementation », dit-il.

M. Leduc se dit d’ailleurs déçu que les bars soient « les grands perdants ». « Ils en arrachent autant que les restaurants, mais ils n’auront droit à aucun assouplissement pour passer à travers le temps des Fêtes. Des réformettes aux quatre ans, c’est bien, mais il faut aller plus loin que des mesures à la pièce. La prochaine étape, c’est de s’attaquer au fond du problème », martèle-t-il.