(Paris) C’est un revers au moment où d’autres démarrent les campagnes de vaccination : les laboratoires français Sanofi et britannique GSK ont annoncé vendredi que leur vaccin anti-COVID-19 ne serait prêt qu'à la fin de 2021, après des résultats moins bons qu’attendu dans les premiers essais cliniques.

Marie-Morgane LE MOEL
Agence France-Presse

La conduite du programme « est retardée afin d’améliorer la réponse immunitaire chez les personnes âgées », indiquent les groupes dans un communiqué. Ils tablent désormais sur une mise à disposition du vaccin au quatrième trimestre l’an prochain, alors qu’ils visaient initialement une demande d’homologation au premier semestre de 2021.

Sanofi, qui développe ce vaccin conjointement avec GSK - qui lui fournit son adjuvant -, comptait récemment encore démarrer à la fin décembre la toute dernière phase d’essais sur l’homme avant l’homologation des autorités (« phase 3 »).  

Avec ce calendrier, le géant pharmaceutique français, l’un des principaux producteurs de vaccins au monde, espérait pouvoir produire un milliard de doses en 2021. Un objectif qui ne pourra plus être atteint, alors que l’un de ses concurrents, l’américain Pfizer, a obtenu jeudi un premier feu vert de la Food and Drug Administration (FDA) pour pouvoir commercialiser aux États-Unis son vaccin développé avec BioNTech.  

« Ça ne remet pas en cause la stratégie vaccinale de notre pays qui s’appuie sur une pluralité de vaccins », a estimé vendredi sur LCI Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français, en commentant l’annonce de Sanofi. Il a ajouté que cette étape « montre que la rigueur scientifique est absolument totale de la part de ce laboratoire ».

Formulation « pas satisfaisante »

Les résultats intermédiaires des premiers essais sur l’homme lancés en septembre (« phase 1/2 ») ont montré une réponse inférieure aux attentes : si la réponse immunitaire des adultes de 18 à 49 ans est « comparable à celle des patients qui se sont rétablis d’une infection COVID-19 », cette réponse est à l’inverse « insuffisante » chez les adultes plus âgés, précise le communiqué.

« La formulation du produit n’est pas satisfaisante. Il est important de l’optimiser, cela peut prendre un peu plus de temps », a expliqué à l’AFP Thomas Triomphe, le vice-président de la branche vaccins de Sanofi, reconnaissant une « déception ».

Pour cela, les laboratoires conduiront une phase d’essai complémentaire à partir de février en s’appuyant sur un test récemment mené sur des primates non-humains avec une formulation d’antigènes améliorée.

Celui-ci a montré que « le candidat-vaccin pourrait conférer une protection contre les pathologies pulmonaires et entraîner l’élimination rapide du virus dans les voies nasales et les poumons en l’espace de 2 à 4 jours », souligne le communiqué.

Trop tard ?

Ce vaccin repose sur une technologie à base de protéine recombinante, et non à ARN messager, la solution utilisée par Pfizer/BioNTech et Moderna que développe également Sanofi sur un projet différent, mené avec le groupe américain Translate Bio.

« Le vaccin de Sanofi/GSK était déjà derrière ceux des acteurs de premier plan de l’ARN messager Pfizer et Moderna, ainsi que [derrière] les solutions de type adénovirus d’AstraZeneca et JNJ » (Johnson and Johnson, NDLR), ont constaté les analystes de marché de Jefferies.  

Traditionnellement, développer un nouveau vaccin prend du temps et de l’argent : selon les spécialistes du secteur, il faut en effet compter environ un milliard d’euros et dix ans en moyenne.

Pour la COVID-19, la recherche, dopée par des financements exceptionnels et des partenariats public-privé, a toutefois pulvérisé les échéances habituelles.

Ainsi, 11 vaccins à travers le monde sont déjà passés en dernière phase d’essais cliniques.  

Parmi eux, plusieurs ont déjà publié des résultats d’efficacité, dont l’américain Pfizer, qui travaille en collaboration avec la biotech allemande BioNtech. Le Royaume-Uni a déjà donné son feu vert à leur vaccin et débuté une campagne de vaccination mardi.

Celui de la biotech américaine Moderna pourrait de son côté être autorisé dès la semaine prochaine aux États-Unis.

Les Européens Sanofi et GSK arriveront-ils donc trop tard ?

Ce sont « trois à quatre mois de retard, mais avec au bout du compte plus d’informations sur une meilleure formulation », assure M. Triomphe. « Il reviendra à nos partenaires de décider s’ils veulent commander des doses. »

Sanofi et GSK avaient passé plusieurs contrats de livraison, dont l’un avec l’Union européenne qui lui a réservé 300 millions de doses de vaccins pour 2021.