Choqués, déçus, inquiets : les restaurateurs ont reçu la déclaration du DHoracio Arruda selon laquelle la Santé publique n’avait pas recommandé la fermeture complète des salles de restaurant comme une gifle.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

« Ce qui me fait le plus mal, c’est de perdre mon monde. Mes employés changent de profession, ils sont sur le chômage, ils me demandent une avance. Ça m’arrache le cœur », souffle Victor Afonso au bout du téléphone. Il est propriétaire des restaurants Tapeo et Mesón à Montréal. Sur 42 employés, il ne lui en reste plus que 7.

En octobre dernier, il s’est conformé aux consignes sanitaires imposées par Québec en zone rouge pour freiner la propagation du virus. Il a fermé ses salles à manger et s’est tourné vers le soutien de sa communauté.

Mais la déclaration du DArruda mercredi en commission parlementaire est « la couche de trop ».

Personne n’a jamais compris cette mesure. Je comprends que le gouvernement n’est pas dans une situation facile, mais quand il ne suit même pas l’avis des experts, ça devient dangereux.

Victor Afonso, propriétaire de restaurants

Il ajoute que si le premier ministre François Legault avait suivi les recommandations de la Santé publique consistant à asseoir autour d’une même table uniquement les personnes vivant à la même adresse, les restaurateurs seraient à l’heure actuelle en bien meilleure posture.

Le président du réseau La Cage — Brasserie sportive, Jean Bédard, se dit quant à lui déçu, mais pas surpris de cette déclaration. « Le gouvernement avait besoin de passer un message fort. Il savait qu’il nous sacrifiait », estime M. Bédard. Seuls quelques établissements de la chaîne de restauration sont encore ouverts, notamment en Abitibi et à Sept-Îles. Ceux en zone rouge sont tous fermés.

« On est les victimes de la situation actuelle », poursuit-il.

Des programmes insuffisants

Pour plusieurs, cette déclaration de la Santé publique est surtout la confirmation de ce qui se disait depuis longtemps dans les coulisses de l’industrie : les restaurants ne sont pas des vecteurs de transmission du virus.

« On prétend depuis des mois que les restaurants ne sont pas un problème. Il n’y a aucune démonstration, rien de probant pour démontrer cela. Aujourd’hui, on a la confirmation de la Santé publique que c’est le cas et qu’il s’agit d’une décision politique », indique le président de l’Association des restaurateurs du Québec, François Meunier.

Il dit constater énormément de frustration chez ses membres et appelle François Legault à travailler de concert avec l’industrie à un plan de relance.

Les programmes ne sont pas suffisants, on est en difficulté. On va faire ça combien de temps ?

François Meunier, président de l’Association des restaurateurs du Québec

Des programmes d’urgence pour les propriétaires de restaurants et de bars ont été mis en place par les gouvernements fédéral et provincial depuis le début de la crise sanitaire. En octobre dernier, Québec s’est engagé à rembourser 80 % de leurs frais fixes jusqu’à 15 000 $ par mois de fermeture.

Si l’aide de Québec est un coup de pouce intéressant, plusieurs restaurateurs avec qui La Presse s’est entretenue ont souligné sa complexité. Par exemple, pour être admissibles au programme, les restaurateurs doivent établir un budget des mois à venir.

« On n’a aucune idée de ce qui s’en vient. Ils ont rendu ça tellement compliqué, avec tellement de paperasse. Des fois, je me dis quasiment qu’ils ont fait exprès », regrette Victor Afonso.