Distribution, désinformation, logistique : les défis que soulève la vaccination qui débutera la semaine prochaine sont nombreux au Québec.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

La chaîne de froid

« Le maintien de la chaîne de froid est un défi important », explique Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Le vaccin produit par Pfizer et BioNTech doit être conservé à - 70 °C. « Ce sont les congélateurs que l’on a dans les hôpitaux ou dans les instituts de recherche, alors ce n’est pas facile de les transporter dans les régions éloignées », explique Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM. Pour le moment, les lots de vaccin de Pfizer ne pourront être déplacés d’un endroit à un autre, la vaccination se fera donc sur place dans des lieux déterminés en fonction de la clientèle ciblée. « Ça va prendre des congélateurs portatifs pour éventuellement pouvoir acheminer le vaccin dans des zones plus périphériques », dit la Dre Tremblay.

L’augmentation des contacts

Les personnes vaccinées vont se sentir immunisées et risquent d’augmenter les contacts à risque, affirme Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « On ne sait pas si le vaccin est efficace pour réduire les risques de transmission, donc, même si vous n’avez pas de cas sévère, vous pourriez quand même contribuer à la transmission du virus », indique-t-il. La Dre Tremblay ajoute qu’il faut être prudent, parce qu’au moins une semaine doit s’écouler après la deuxième dose pour qu’on soit complètement protégé. « Ça va prendre plusieurs mois avant qu’on atteigne un taux de protection suffisant pour développer une immunité collective. D’ici là, il va donc falloir continuer d’appliquer nos mesures de prévention », dit-elle.

La désinformation

Deux travailleurs de la santé du Royaume-Uni ayant connu des réactions allergiques importantes ont mal réagi aux premières injections administrées mardi. C’est certain qu’avec les millions de personnes qui seront vaccinés, il y aura des effets secondaires indésirables chez certaines d’entre elles, explique M. Mâsse. « Il faut avoir beaucoup de transparence sur ces cas rares, surtout pour ceux qui ont des inquiétudes face à la vaccination », indique-t-il. La Dre Tremblay est aussi d’avis que la transparence est de mise, pour que les gens aient confiance. Si des évènements anecdotiques se produisent, la population doit en être informée, afin de réduire les campagnes de désinformation, ajoute-t-elle.

Les rappels

« Il y a une question de logistique de rappeler aux gens de revenir pour leur deuxième dose si on veut que la protection soit complète, affirme la Dre Tremblay. Il y a des gens qui vont y penser sans problème, mais pour d’autres personnes, il va falloir faire des rappels. » Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec indique que le registre de vaccination prévoit l’inscription de tous les vaccins administrés au Québec et contiendra un calendrier prévisionnel qui permettra d’indiquer aux professionnels si une deuxième dose est requise et à quel moment.

Une forte protection après une seule dose

Le vaccin contre la COVID-19 fabriqué par Pfizer et BioNTech offre une forte protection contre la COVID-19 dans les deux semaines suivant l’administration de la première dose. Ces données significatives publiées mardi par la Food and Drug Administration ont démontré que le nombre de nouveaux cas de COVID-19 avait rapidement diminué après la première dose du vaccin, mais continué d’augmenter chez le groupe à qui on avait injecté un placebo. La protection commence donc plus tôt que ne l’avaient prévu Pfizer et BioNTech. « C’est la bonne nouvelle de la semaine », se réjouit Benoît Mâsse. Toutefois, la deuxième dose du vaccin semble essentielle pour permettre d’observer des effets protecteurs à long terme.