(Québec) Personne n’a informé le premier ministre de la gravité de l’épidémie de la COVID-19 avant le 9 mars, conclut Dominique Anglade au lendemain d’une audition fort remarquée avec le Dr Horacio Arruda.

Caroline Plante
La Presse Canadienne

Lors de cet exercice de reddition de comptes, la cheffe du Parti libéral du Québec a concentré ses questions sur la chronologie des évènements depuis janvier 2020.

Elle a dit avoir noté que le 12 janvier, le directeur national de la santé publique a déclaré que « si le virus quitte la Chine, on est dans le trouble », ce qui arriva le lendemain.

Le Dr Arruda a témoigné mercredi avoir écrit un premier « état de la situation » le 21 janvier, communication qui a dû faire son chemin dans l’appareil administratif, a-t-il supposé.

Le 24 janvier, une rencontre avec la sécurité civile a eu lieu, mais le Dr Arruda a affirmé ne pas y avoir participé.

Le premier cas de COVID-19 apparaît au Québec le 27 février, alors que le directeur de la santé publique est en voyage d’affaires, mais surtout d’agrément au Maroc.

Ce n’est que le 9 mars que le premier ministre François Legault est informé de la gravité de la situation et qu’une cellule de crise est créée, conclut Mme Anglade.

Mercredi, le Dr Arruda a déclaré que, selon lui, la cellule de crise avait été formée à un moment « adéquat », puisque la santé publique était « en contrôle ».

En trois mois, le virus de la COVID-19 a fauché quelque 5000 vies au Québec, qui déplore environ 60 % de tous les décès survenus au Canada.

« Il y a un véritable problème, s’est insurgée Mme Anglade en point de presse, jeudi. Comment ça se fait que l’information ne se soit pas rendue avant ça ? C’est aberrant, honnêtement. »

Le Parti libéral est persuadé que le gouvernement aurait pu agir plus tôt, notamment pour assurer l’approvisionnement en équipement de protection, surtout des masques en quantité suffisante.

Pendant ce temps, dès la fin janvier, la Colombie-Britannique et l’Alberta plaçaient des commandes d’équipement, dont des masques.

« Entre le 12 janvier et le 9 mars, le cabinet du premier ministre n’était pas au courant ? Il n’y avait pas d’information qui avait circulé ? Il n’y avait pas de mise à jour, une compréhension de la gravité de la situation ? » s’interroge Mme Anglade.

« Nous avons posé des questions au Dr Arruda et plusieurs sont demeurées sans réponse, a-t-elle déploré. Ça vient rappeler l’importance de faire une véritable enquête publique indépendante. »

Restaurants : une décision politique

L’opposition est également revenue, jeudi, sur la déclaration du Dr Arruda selon laquelle il n’a jamais recommandé la fermeture des restaurants pendant la deuxième vague.

« On n’avait pas démontré que les gens (n’y) respectaient (pas) les consignes », a-t-il déclaré lors de son témoignage, reconnaissant que la décision de fermer les salles à manger en zone rouge était politique.

Ces propos du Dr Arruda ont fait bondir certains restaurateurs, qui n’ont pas tardé à laisser éclater leur colère dans les médias et à exiger des réponses du gouvernement.

Selon Québec solidaire, le premier ministre Legault doit s’excuser auprès des restaurateurs, qu’il a choisi d’« abandonner », contrairement à ce qui était recommandé par la santé publique.

Pour sa part, le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a exhorté le gouvernement à indemniser directement les propriétaires de restaurants, en se basant sur les chiffres de l’année dernière.

On a pris la bonne décision, dit Dubé

Réagissant à son tour à la déclaration d’Horacio Arruda, le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est dit convaincu que la décision de fermer les salles à manger des restaurants était la bonne.

« Il était important pour nous de limiter le nombre de contacts entre les personnes, et particulièrement […] sur la question des restaurants, des bars, des lieux de rassemblement », a-t-il expliqué en point de presse.

« Il y a des moments donnés où on a décidé […] d’être plus prudents et d’aller peut-être au-delà des recommandations qui étaient faites », a-t-il ajouté.