Devant la hausse des hospitalisations, du nombre d’infections et des morts qui s’est poursuivie mardi au Québec, l’idée d’un reconfinement devient de plus en plus réelle dans la province. Pendant que le gouvernement Legault affirme qu’il « n’exclut rien » et analyse tous les scénarios, des experts pressent les autorités de faire vite pour éviter le pire, à quelques semaines de la période critique du temps des Fêtes.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On dirait qu’on revient dans le temps, à l’époque de la première vague », lance le DMatthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal, en entrevue avec La Presse.

Alors que Québec a demandé en début de semaine aux blocs opératoires de réduire de 50 % leurs activités pour diminuer la pression sur le réseau de la santé, le nombre d’hospitalisations a augmenté mardi de 17 par rapport à la veille, avec 81 entrées et 64 sorties. « C’est vraiment une situation horrible de devoir dire non à des gens, surtout que ça fait des semaines qu’on est en zone rouge. À ce rythme, c’est prévisible que ça devienne pire, puisqu’avec l’arrivée de l’hiver, les gens vont davantage être à l’intérieur », dit le Dr Oughton.

Non seulement le temps des Fêtes serait le « moment parfait » pour mettre le Québec sur pause, mais il serait aussi le bon temps pour « investir davantage » dans le traçage et optimiser les mesures, croit le médecin. « Si on peut enfin assurer un traçage rapide, on pourrait réellement briser la hausse de la transmission. Une autre mesure avant Noël, ça pourrait être d’imposer le masque pour tous les élèves à l’école, et bien sûr d’améliorer la ventilation », soulève-t-il.

La Dre Élise Boulanger, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), abonde dans le même sens. « Ce qui se passe est très inquiétant. La hausse d’hospitalisations continue à mettre le système sous pression, et le délestage également, surtout qu’on avait déjà beaucoup de gens en attente », dit-elle en soupirant.

L’approche actuelle, on l’essaie depuis plusieurs mois et les cas montent encore. C’est dur de dire si c’est une question de relâchement, mais c’est très probable qu’on s’en va vers un autre confinement.

La Dre Élise Boulanger, médecin en CHSLD

Legault reste ouvert

N’excluant pas de remettre la province sur pause, le premier ministre François Legault a de nouveau invité mardi les entreprises qui le peuvent à fermer leurs portes pendant les Fêtes pour réduire la transmission de la COVID-19.

« Est-ce qu’on doit aller plus loin dans nos contraintes ? On suit chaque jour l’évolution de la pandémie, et on n’exclut rien. Mais il n’y a pas de décision prise à ce moment-ci pour en faire plus », a indiqué mardi le premier ministre, en mêlée de presse, en parlant d’un « équilibre » à trouver et à adapter au fil du temps.

Il n’exclut rien non plus pour la fermeture de certains détaillants, si le nombre de cas et de décès continue d’augmenter. M. Legault a réitéré son appel aux entreprises de permettre autant que possible le télétravail pour tous leurs employés pendant les Fêtes, afin de limiter la propagation du virus. « Il faut casser cette deuxième vague qui est très forte partout dans le monde », a-t-il dit. Aux employeurs qui le peuvent, « fermez », a ajouté le premier ministre, en insistant sur le fait qu’il faut collectivement limiter nos contacts au maximum. Au sujet du délestage dans les hôpitaux, le premier ministre s’est aussi montré préoccupé.

On avait déjà beaucoup de chirurgies reportées. On va en ajouter sur la liste d’attente. Ce n’est pas souhaitable, c’est inquiétant. On suit quotidiennement l’évolution des cas, les hospitalisations, la situation hôpital par hôpital. À un moment donné, on est dans la balance des inconvénients.

François Legault, premier ministre du Québec

Québec « espère » la reprise des opérations non urgentes au début du mois de janvier. Lundi, près de 80 experts universitaires en santé, en économie et en sciences sociales ont signé une lettre ouverte pour demander au gouvernement d’imposer un confinement similaire à celui du printemps. Cette proposition survient au moment où le nombre de nouveaux cas dans la province a battu des records au cours de la fin de semaine. Le Québec a fait état de 2031 nouveaux cas samedi et de 1691 dimanche.

Un bilan qui s’alourdit

Pendant que le nombre d’hospitalisations continue de grimper au Québec, les autorités de santé publique ont rapporté mardi 1564 nouvelles infections de COVID-19 et 36 morts supplémentaires. Ces nouvelles données portent à 154 740 le nombre de personnes qui ont contracté la maladie depuis le début de la pandémie. Au total, 7313 personnes sont mortes des suites du coronavirus à travers la province.

Les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de l’Estrie totalisent chacune sept décès, suivies de la Capitale-Nationale avec six. Montréal et Lanaudière ajoutent également quatre morts, la Mauricie en compte trois, tandis que Laval en recense deux. L’Outaouais, Chaudière-Appalaches, les Laurentides et la Montérégie déplorent également un décès supplémentaire.

On compte maintenant 835 patients hospitalisés en lien avec la COVID-19. De ce nombre, 114 patients se trouvent toujours aux soins intensifs ; c’est une hausse de 9 cas en seulement 24 heures.

« L’arrivée du vaccin dans les prochains jours est une bonne nouvelle. Par contre, il ne faut pas perdre le focus : ce n’est pas le temps de relâcher nos efforts. On doit continuer de limiter nos contacts. Le virus est encore présent pour plusieurs mois », a martelé sur Twitter le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Une « pointe de transmission » à Laval

Avec 171 nouveaux cas mardi, la région de Laval vit ces jours-ci une « pointe de transmission », confirme le directeur régional de santé publique de Laval, le Dr Jean-Pierre Trépanier.

Contrairement à la première vague qui avait frappé fort dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés du territoire, ces établissements sont pour l’instant plutôt épargnés. « Actuellement, on a surtout des cas liés à la communauté », note le Dr Trépanier.

Sur les 86 éclosions actives à Laval, 37 sont en milieux de travail (146 personnes touchées). Mais c’est dans les écoles que l’on compte le plus de personnes touchées : 344 personnes et 31 éclosions. Seulement 10 milieux de vie ou de soins sont en éclosion. « Et il s’agit de petites éclosions maîtrisées », dit le Dr Trépanier.

L’âge moyen des nouveaux cas à Laval est de 35 ans. « Ça concerne beaucoup de familles avec des enfants d’âge scolaire et des parents qui travaillent », affirme le Dr Trépanier.

Le quart des nouveaux cas de COVID-19 à Laval sont liés à une éclosion connue. Mais pour le reste, on ne peut déterminer l’évènement déclencheur. Le Dr Trépanier souligne toutefois que « les gens ont réduit leurs contacts, mais ils ont des contacts quand même ».

– avec Ariane Lacoursière, La Presse

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