« Le nombre de cas pourrait exploser après les Fêtes, et la situation pourrait être encore plus catastrophique que ce qu’on a vécu au printemps », affirme Pierre-Carl Michaud, professeur au département d’économie appliquée à HEC Montréal.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Léa Carrier Léa Carrier
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« C’est pour ça qu’on propose de profiter du congé des Fêtes pour opérer une mise sur pause du Québec. Ça nous permettra d’avoir un nouveau souffle pour les prochains mois », renchérit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui cosigne avec M. Michaud et 75 autres experts universitaires en santé, en économie et en sciences sociales une lettre ce lundi dans La Presse.

Cette proposition survient au moment où le nombre de nouveaux cas dans la province a battu des records au cours de la fin de semaine. Le Québec a fait état de 2031 nouveaux cas samedi et de 1691 dimanche.

Mesures insuffisantes

Selon les spécialistes consultés par La Presse, les mesures mises en place dans les magasins et l’interdiction des rassemblements pendant les Fêtes ne suffiront pas à maîtriser l’épidémie.

« Le congé scolaire pendant le temps des Fêtes va diminuer les éclosions associées aux écoles, mais avec la tendance croissante des cas, la fermeture des écoles ne semble pas suffisante », indique Mme Borgès Da Silva. La professeure ajoute que si les commerces restent ouverts pendant la période des Fêtes, de nouvelles éclosions en milieu de travail pourraient également avoir lieu.

Un nouveau souffle

Pierre-Carl Michaud soutient qu’un confinement pendant la période des Fêtes serait moins problématique qu’un confinement pendant les premiers mois de l’année. « On va déjà être à la maison, les enfants aussi, et l’économie sera au ralenti. C’est un bon moment pour se donner deux semaines de chance », explique-t-il.

Il souligne que les mois de janvier et de février risquent d’être pires qu’au printemps dernier, puisque les entreprises et la population sont beaucoup plus fragiles. Il indique qu’il pourrait aussi y avoir des effets préoccupants sur les enfants si les écoles devaient de nouveau basculer vers l’enseignement à distance.

Le professeur d’économie ajoute que la fermeture des commerces non essentiels serait moins problématique pendant la période des Fêtes, puisque l’économie est déjà au ralenti entre Noël et le jour de l’An. « Par contre, en janvier ou en février, l’économie est repartie. Si on l’arrête à ce moment-là, ça peut être fatal », explique Pierre-Carl Michaud.

Un bon départ

Bien qu’un confinement de deux semaines ne soit pas suffisant pour éradiquer le virus, il pourrait permettre à la province de mieux maîtriser la propagation. « La littérature scientifique nous indique qu’il faudrait que le confinement soit de quatre semaines pour être optimal. Mais en deux semaines, ce serait déjà une bonne base et on pourrait arriver, dans une certaine mesure, à contrôler le virus », indique Mme Borgès Da Silva.

COVID-19 au Québec

La tendance à la hausse du nombre de cas se poursuit, alors que la province a fait état de 24 morts supplémentaires dans son bilan de dimanche.

Ces nouvelles données portent le total de personnes contaminées dans la province à 151 599. La moyenne sur sept jours, quant à elle, a bondi pour atteindre les 1500 cas quotidiens. Des 24 morts de plus recensées par les autorités, 10 sont survenues dans les 24 dernières heures. Depuis le début de la pandémie, 7255 Québécois ont succombé à la COVID-19.

« En comparant les deux dernières semaines, on voit qu’il y a une tendance à la [hausse] du nombre de cas. Cette [augmentation] se répercutera sur les hospitalisations et ultimement les décès », a indiqué sur Twitter le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

La région de la Capitale-Nationale a dénombré sept morts de plus que la veille. La région de Montréal en déplore quatre, tandis que les régions de l’Estrie, de Lanaudière et de la Montérégie en comptent chacune trois. Finalement, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et Chaudière-Appalaches dénombrent deux morts supplémentaires.

En ce qui concerne le nombre d’hospitalisations, il est de 778 à l’heure actuelle, soit 24 de plus que la veille. Parmi celles-ci, le nombre de personnes se trouvant aux soins intensifs a augmenté de 6, pour un total de 102.

Le Québec a réalisé 31 917 tests vendredi, pour un total de 3 845 808 prélèvements. Au cours des sept derniers jours, la moyenne quotidienne de tests est de 30 700.

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