(Québec) Québec resserre les règles dans les résidences privées pour aînés (RPA) au moment où les éclosions de COVID-19 y prennent de l’ampleur depuis plusieurs jours.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Dans un arrêté signé par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, le gouvernement impose une série de mesures aux RPA, mais aussi aux CHSLD privés, afin de prévenir la transmission du coronavirus et de pouvoir intervenir plus rapidement lorsqu’il y a éclosion.

Ainsi, selon cet arrêté ministériel, tout RPA ou CHSLD privé doit :

• « s’assurer que toute personne qui fournit une prestation de travail ou de services dans ses installations ou dans la résidence ait participé ou participe à une formation reconnue par le réseau de la santé et des services sociaux en prévention et contrôle des infections ;

• accueillir les équipes de prévention et de contrôle des infections du centre intégré de santé et de services sociaux de son territoire et s’assurer que soient appliquées les mesures de prévention et de contrôle des infections dans les installations de l’établissement ou dans la résidence ;

• permettre aux membres du personnel du centre intégré de santé et de services sociaux de son territoire d’accéder à ses installations ou à la résidence afin qu’ils procèdent au test de dépistage de la COVID-19 auprès de toute personne qui y fournit une prestation de travail ou de services ;

• produire un plan [de secours] visant à remédier à un manque temporaire de ressources humaines et le transmettre au centre intégré de santé et de services sociaux de son territoire ;

• faire connaître et afficher aux endroits stratégiques de ses installations ou de la résidence les mesures à suivre de manière à prévenir la contamination à la COVID‑19 ou en cas d’éclosion de cette maladie ».

L’arrêté ministériel prévoit également que « tout exploitant d’une résidence privée pour aînés soit tenu de signaler au directeur de santé publique de son territoire les situations où il a des motifs sérieux de croire qu’un résidant ou une personne qui fournit une prestation de travail ou de services dans la résidence est suspecté d’être atteint de la COVID-19, est en attente du résultat d’un test de dépistage de la COVID-19 ou a obtenu un résultat positif à un tel test ».

Accueil favorable

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés, qui représente environ 800 des 1700 RPA du Québec, accueille favorablement la décision du gouvernement. Plusieurs des mesures annoncées sont « la moindre des choses », aux yeux de son président, Yves Desjardins. Ses membres collaborent avec les équipes des CISSS et des CIUSSS pour signaler les éclosions et leur donner accès à la résidence, assure-t-il. « Mais si le gouvernement met ça dans un décret, c’est parce qu’il y en a qui ne suivent pas ça. »

M. Desjardins signale que dans certaines régions, il y a des ratés dans l’offre de formation en matière de prévention et de contrôle des infections.

En date du 2 décembre, 21 RPA se trouvaient sur la liste rouge et étaient dans une « situation critique », avec entre 25 % et même 100 % de leurs résidants atteints de la COVID-19 (la résidence où tous les aînés sont infectés est la Villa St-Dominique de Jonquière). Dix-sept autres RPA sont « sous haute surveillance » (entre 15 % et 25 % des résidants infectés) et 86, « sous surveillance » (moins de 15 %). On parle au total de 124 résidences touchées, où l’on dénombre 1381 personnes infectées – 80 de plus en 24 heures. Depuis le début des éclosions en cours dans ces 124 établissements, 195 aînés sont morts.

Le premier ministre François Legault et le ministre Dubé se disent inquiets au sujet de la situation dans les RPA depuis quelques semaines.

« Je veux lancer un appel spécial autant aux directions, au personnel qu’aux résidants des RPA : il faut être prudent, disait M. Legault mardi. Vous savez comment ça fonctionne, dans les RPA : il y a beaucoup de logements, moins d’espace, il y a des lieux communs, donc c’est très propice au développement d’éclosions. Donc, c’est très, très, très important dans les RPA de faire attention. »

De son côté, Christian Dubé soulignait que des interventions chirurgicales devaient être reportées dans des hôpitaux parce qu’il faut envoyer des infirmières dans des RPA aux prises avec une éclosion importante. « En théorie, la responsabilité relève des propriétaires et non du Ministère, on s’entend, alors là, on se retrouve devant un choix qui n’est pas facile », a-t-il souligné. « On ne peut pas choisir entre traiter des patients COVID ou traiter des patients réguliers. Ce qu’il faut, c’est arrêter les contacts, dans les RPA, pour être sûr qu’on n’a pas à transférer du personnel qu’on n’a pas. » Il a précisé que le réseau n'avait d'autre choix que de porter secours aux RPA en difficulté et, donc, de reporter des opérations.