Les travailleurs de la santé en contact avec des patients atteints de la COVID-19 doivent, sans délai, être équipés de masques de type N95 ou de tout autre appareil de protection respiratoire, lancent des acteurs clés du milieu.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Un groupe de quelque 95 experts québécois réclament que le Dr Horacio Arruda abroge son ordonnance du 8 juin dernier et mette les masques de type N95 ou tout autre appareil de protection respiratoire (APR) à la disposition des travailleurs de la santé qui sont en contact étroit avec des patients atteints de la COVID-19.

Une missive en ce sens a été envoyée le 23 novembre au ministre de la Santé, Christian Dubé, et au ministre du Travail, Jean Boulet. Le document, signé par des médecins, des professeurs et des scientifiques, a été rendu public mercredi par Québec solidaire puisque leur lettre est demeurée sans réponse.

« À notre connaissance, le Québec est le seul gouvernement interdisant par ordonnance l’usage d’APR », font remarquer les signataires, rappelant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Agence de santé publique du Canada et les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis « reconnaissent la transmission aérienne de la COVID-19 ».

Considérant que les preuves s’accumulent à l’égard de la transmission par inhalation de particules porteuses de SRAS-CoV-2, nous considérons qu’il est maintenant temps de faire preuve, non plus de précaution, mais de prévention.

Extrait de la lettre de 95 experts aux ministres de la Santé et du Travail

Pour l’heure, le port du N95 est réservé exclusivement aux interventions médicales générant des aérosols. Selon les spécialistes signataires de la lettre, il faut que les APR soient aussi offerts aux travailleurs de la santé lorsque des soins de santé de proximité sont donnés pour les protéger « des particules infectieuses inhalables ».

Québec solidaire a présenté mercredi, conjointement avec les autres partis de l’opposition, une motion voulant que l’on « fournisse aux travailleurs de la santé des appareils de protection respiratoire appropriés, tels que des masques N95 ». La démarche a finalement été rejetée par les élus caquistes.

Au cabinet du ministre Dubé, on soutient que les équipements de protection individuelle (EPI) « doivent être utilisés par le bon professionnel, au bon moment ».

« À cet effet, l’INSPQ a réitéré au mois de septembre que les masques N95 doivent être utilisés lorsqu’il y a présence d’aérosols lors des procédures médicales. Or, pour ces procédures, ces masques sont tout à fait disponibles », souligne-t-on.

Demande similaire de syndicats

La Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) sont elles aussi inquiètes pour la sécurité du personnel dans les établissements de santé.

« Le 20 octobre, le premier ministre a déclaré que le système est à bout de souffle », a mentionné la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, lors d’une conférence de presse virtuelle mercredi. « Il s’est dit prêt à tout faire pour réduire la charge de travail des infirmières. Et aussi, il s’est dit ouvert à toutes les solutions pour réduire la surcharge. »

En réponse à cette main tendue, les deux syndicats ont invité le gouvernement à s’engager à prendre des mesures concrètes pour améliorer le système de santé. Dans la liste des mesures qu’ils demandent, il y a justement de s’assurer que les employés du réseau aient suffisamment d’équipements de protection individuelle comme les masques N95. Également, des gants plus adaptés aux besoins, des visières et des blouses de protection.

Il y a beaucoup, beaucoup de choses qui sont déficientes dans notre système de santé.

Claire Montour, présidente de la FSQ-CSQ

« Nous l’avons dit à plusieurs reprises et nous insistons : notre priorité est de protéger le personnel de la santé », a affirmé le cabinet du ministre Dubé, assurant que les EPI « sont en quantité suffisante et disponibles à travers le réseau de la santé, partout au Québec ». Québec rappelle que les travailleurs de la santé sont priorisés dans les tests de dépistage et dans l’analyse des laboratoires « pour assurer leur santé et leur sécurité ».

Selon les syndicats, il faut aussi des ressources financières pour réduire la mobilité de la main-d’œuvre et éliminer les heures supplémentaires obligatoires, dit la présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour.

Y a-t-il une demande plus urgente que les autres dans cette liste ? Non, a répondu Mme Montour. Puisque « chacune des régions a une réalité différente », les besoins peuvent être différents d’un établissement à l’autre.

C’est d’ailleurs une autre demande qui est adressée aux autorités gouvernementales : un gestionnaire responsable dans chaque installation pour qu’il puisse prendre des décisions rapidement et permettre d’adapter l’établissement en fonction de ses contraintes et de ses enjeux.

Sonia Éthier a rappelé qu’avant la « loi 10 », qui a modifié l’organisation et la gouvernance du réseau, « les gestionnaires avaient pleine autonomie pour répondre aux besoins qui se présentaient dans les établissements ». D’après elle, ce n’est maintenant plus le cas. « C’est important pour nous qu’il y ait une certaine forme de décentralisation pour que les établissements rapatrient un certain pouvoir d’action pour régler les problèmes actuels », a expliqué la présidente de la CSQ, en concluant que la pandémie avait démontré les lacunes de la loi 10.