Cette foutue pandémie nous aura au moins appris à nous méfier de nos certitudes. De nos a priori. Du passé qui serait garant de l’avenir.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Avant le coronavirus, la vie coulait paisiblement, les restos débordaient, les écoles affrontaient leurs problèmes quotidiens, l’économie roulait à fond de train. Et puis pouf, tout a basculé. Au diable la routine, la tendance, les vérités.

Nos certitudes, elles ont aussi été chamboulées pendant la pandémie concernant les solutions pour mater la crise.

Plusieurs ont vanté la Suède et la Colombie-Britannique pour leur réussite respective à limiter les dégâts, par exemple. La Suède a été encensée pour avoir plutôt bien contrôlé la propagation malgré l’absence de confinement. Dans le cas de la Colombie-Britannique, à l’inverse, on a été ébahi par les mesures rapides et musclées des autorités, données comme raisons de la faible prolifération du virus.

Voilà deux exemples à imiter, disaient les uns et les autres.

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La Suède a été encensée par plusieurs pour avoir plutôt bien contrôlé la propagation malgré l’absence de confinement. Or, l’explosion récente du nombre de cas pourrait changer le portrait radicalement.

Or, ces jours-ci, la COVID-19 fait voler en éclats ces certitudes. La Suède comme la Colombie-Britannique ont vu exploser le nombre de cas de coronavirus, ce qui oblige les autorités de chacun des deux États à ajuster leurs mesures. Et les défenseurs de l’un ou de l’autre des deux modèles doivent se faire plus humbles.

Pour mieux saisir la question, j’ai comparé les décès et les cas de coronavirus de chacun des deux États avec le Québec, décrié par certains pour avoir plutôt mal géré la crise.

Jusqu’à la fin juin, la Suède faisait figure d’héroïne, parvenant à faire ce qu’aucun pays n’avait réussi, soit vivre avec le virus sans enfermer sa population. À la fin d’avril, pendant que le Québec confiné enregistrait 15 décès par million d’habitants, la Suède libre en avait presque moitié moins, soit environ 8-9 décès par million d’habitants. Wow !

Et à ce jour, la Suède continue d’avoir un taux de décès un peu moindre qu’au Québec, malgré ses mesures moins sévères (sommet automnal de 2,5 décès par million d’habitants le 16 novembre, contre 3,2 pour le Québec le 9 novembre). (1)

Or voilà, l’explosion récente du nombre de cas en Suède pourrait changer le portrait radicalement. Ainsi, cette semaine, la Suède a fracassé la barre des 460 cas par million d’habitants, ce qui est trois fois plus élevé qu’au Québec (152 cas par million au sommet du 11 novembre). La Suède se compare maintenant à certains des pires États, comme l’Italie, les États-Unis et, tiens donc, le Portugal.

La situation est préoccupante pour la Suède, quand on sait que la courbe des décès grimpe habituellement après celle du nombre de cas.

Face à cette remontée incontrôlée, la confiance de la population suédoise envers la stratégie gouvernementale a chuté de 13 points ces derniers jours, à 42 %. Et les autorités suédoises viennent d’imposer des restrictions, interdisant notamment les rassemblements publics de plus de 8 personnes, et suggérant la même chose pour les rassemblements privés, selon AFP. On a aussi interdit la vente d’alcool après 22 h. Bientôt, un confinement ?

Surprise semblable en Colombie-Britannique. Jusqu’à la fin septembre, tant les décès que le nombre de cas étaient nettement plus faibles dans la province des Rocheuses, si bien que le système britannico-colombien était cité en exemple pour son efficacité. Imaginez, on était alors à seulement 20 cas par million d’habitants et, tenez-vous bien, à 0,2 décès par million, 10 fois moins qu’au Québec (2).

Puis, tout à coup, boum, les cas de COVID-19 se sont multipliés jusqu’à rejoindre quotidiennement le niveau du Québec cette semaine, autour de 130 cas par million. Pourrait-on s’attendre à une éventuelle hausse proportionnelle des décès ?

Pour juguler ce rebond soudain, les autorités de la Colombie-Britannique viennent d’imposer ce qui est devenu une évidence au Québec, soit le port du masque dans les lieux publics.

Ce que cette pandémie nous aura appris, disais-je, c’est qu’il faut se méfier de nos certitudes, surtout face à un ennemi qu’on connaît peu, en fin de compte.

J’ai bien hâte que le vaccin mette ces douloureux mois derrière nous. Malheureusement, à lire certains biologistes, je ne suis plus certain, désormais, qu’une telle pandémie ne surviendra que tous les 100 ans, comme on le croyait auparavant…

(1) Les données sont des moyennes mobiles de 7 jours et elles proviennent du site Our World in Data, géré par l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. L’idéal serait d’avoir les taux de surmortalité, bien plus fiables, mais elles ne seront disponibles que dans quelques mois pour cette période.

(2) Les données sont des moyennes mobiles de 7 jours et sont tirées de fichiers de l’Institut national de santé publique du Québec et de l’Agence de la santé publique du Canada.