Quand arrivera-t-il ? Comment sera-t-il administré et par qui ? Aurons-nous suffisamment de doses pour tout le monde ? Et sommes-nous prêts pour cette opération sans précédent ? En quelques éléments-clés, voici ce que nous savons pour le moment sur la course à la vaccination contre la COVID-19, dans laquelle sont déjà engagés tous les pays de la planète.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Est-ce à Ottawa ou à Québec de gérer la vaccination ?

En théorie, c’est aux provinces, et donc au gouvernement Legault, que revient le mandat de coordonner les opérations de vaccination nationale sur son territoire. Toutefois, le rôle d’Ottawa n’en est pas pour autant moins important. Le fédéral s’occupe en effet d’acheter les équipements et les infrastructures nécessaires, puis de stocker ceux-ci avant de les répartir à l’échelle du pays.

C’est ainsi que les autorités gouvernementales avaient aussi procédé en 2009 lors de la crise du virus H1N1, qui avait forcé le déclenchement rapide d’une opération de vaccination. Rappelons qu’avant qu’une campagne de vaccination puisse se mettre en branle, tout vaccin devra avoir été approuvé par Santé Canada.

Quand va-t-on commencer à vacciner ?

Tout dépendra de la disponibilité et surtout de l’efficacité des vaccins qui seront approuvés par les autorités sanitaires à travers le monde. Pour l’instant, le Canada vise « les premiers mois » de 2021 pour enclencher le processus, ce qui est plus tard que les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, qui visent tous décembre 2020.

Ce décalage s’explique entre autres par le fait que le Canada « n’a pas de capacité de production de masse », a soutenu mardi le premier ministre Justin Trudeau. En reconnaissant que ces pays prioriseront leurs concitoyens, le chef libéral a néanmoins martelé que cela ne signifie pas pour autant que les Canadiens devront attendre plus longtemps pour se faire vacciner.

M. Trudeau a aussi dit comprendre l’impatience des Canadiens en matière d’accès au vaccin, mais a soutenu que « la réalité, c’est qu’on ne sait pas lesquels vont être les plus efficaces, lesquels vont arriver en premier ». Il plaide qu’il serait ainsi hasardeux d’« encercler une date sur le calendrier » pour l’arrivée du vaccin, du moins pour le moment.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau

À quoi nos ressources ressemblent-elles à l’heure actuelle ?

Jusqu’ici, le Canada a réservé l’équivalent d’environ 414 millions de doses de vaccins en développement auprès de plusieurs entreprises pharmaceutiques, dont 76 millions de doses de celui développé par Pfizer et BioNTech — un vaccin qui nécessite deux doses, devant être administrées à trois semaines d’intervalle. Les premières doses de vaccin doivent arriver entre janvier et mars.

Mardi, Ottawa a aussi réservé jusqu’à 26 000 doses d’un anticorps neutralisant nommé bamlanivimab, qui est destiné aux adultes ainsi qu’aux enfants âgés de 12 ans et plus présentant « une forme légère ou modérée de la COVID-19 ».

À ce stade-ci, plus de 24 millions de seringues et d’aiguilles ont aussi été reçues, et d’autres livraisons vont arriver toutes les semaines, selon le gouvernement Trudeau. Ce dernier a déjà acquis 126 congélateurs spéciaux fabriqués par Panasonic, dont 26 « ultra-froids » pouvant stocker les vaccins à-80 degrés Celsius, puisque le vaccin de Pfizer et BioNtech doit être conservé à de très faibles températures. L’autre géant, Moderna, affirme que son vaccin peut être entreposé dans des installations de réfrigération standard, entre 2 et 8 degrés Celsius.

Qui sera le grand « maître d’œuvre » au Québec ?

Pour le moment, ni Québec ni Ottawa n’envisagent d’imiter l’Ontario, qui a causé la surprise lundi en recrutant le général à la retraite Rick Hillier pour diriger la vaste opération de vaccination de la province, qui a de nouveau dépassé la barre des 1500 cas en début de semaine.

Le gouvernement Legault assure toutefois avoir des ressources à sa disposition. « On est allé chercher des personnes opérationnelles », a insisté le ministre Christian Dubé, en disant vouloir un équilibre entre stratégie et opération. « On est allé chercher des personnes qui ont ce bagage-là », a-t-il dit, en parlant de Jérôme Gagnon, sous-ministre adjoint à la Santé qui était jusqu’en octobre directeur général adjoint à la sécurité de l’État. Au-delà des pharmaciens, M. Dubé n’exclut pas de solliciter l’aide de plusieurs ordres professionnels pour contribuer à vacciner les Québécois. « On est tout en train de préparer ça. Ces discussions-là sont commencées. Non seulement on va être prêts, mais je vous dirais qu’on est déjà prêts », a ajouté M. Dubé.

À Ottawa, le ministre et président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, affirme que la distribution des doses ne se fera pas nécessairement au prorata de la population par province. Il souligne que l’opération vaccin ne sera pas chapeautée par une personne en particulier, mais bien par « Équipe Canada ».

Bien que les contours du plan de vaccination n’aient pas encore été divulgués, il est d’ores et déjà acquis que les « capacités très significatives » des Forces armées canadiennes seront mises à profit. Le secteur privé sera aussi mobilisé « à pleine capacité au courant des prochains mois », dans un modèle de « plein partenariat » avec le gouvernement, a indiqué M. Duclos.

Quels sont les obstacles ?

La première embûche est bien sûr celle de la logistique. Distribuer un vaccin contre la COVID-19 représente un casse-tête de taille, entre autres en fonction du vaccin auquel le Canada aura accès le plus rapidement parmi la gamme disponible dans son carnet de commandes.

« On sait que tout le monde ne sera pas vacciné en même temps. On va devoir établir des priorités. Mais tout ce qu’on fait présentement va nous aider à faire vacciner les Canadiens aussi vite que possible », a dit Justin Trudeau mardi.

Des partis de l’opposition à Ottawa s’inquiètent aussi du manque de transparence du gouvernement Trudeau, accusant celui-ci de demeurer avare de détails sur la campagne de vaccination. À la Chambre des communes, mardi, le Parti conservateur et le Bloc québécois ont tenté d’arracher à Justin Trudeau une date de disponibilité du vaccin, mais en vain.