Alors que le risque réel d’attraper la COVID-19 par contact avec une surface apparaît plutôt théorique, les enseignants, les éducatrices en garderie et les commerçants doivent-ils continuer de frotter et de désinfecter de façon obsessionnelle ? Les consignes de la Santé publique devraient-elles être mises à jour pour tenir compte des risques réels de la COVID-19 ?

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

« C’est une question très pertinente sur laquelle la Santé publique devrait se pencher, répond Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec. Assurément, ça devient lourd, et comme il est question de produits chimiques, il faut y réfléchir. »

Si l’on a cessé depuis belle lurette de nettoyer énergiquement le pot de yogourt et de se méfier du pot d’houmos au retour de l’épicerie, si les gardiens des mains propres se font plus rares à l’entrée des commerces, il arrive encore qu’on se fasse refuser un petit verre d’eau pour son enfant. Et mieux vaut ne pas avoir envie d’aller aux toilettes quand on part de la maison.

Dans le New York Times, le Dr Kevin P. Fennely, pneumologue américain spécialisé dans les infections respiratoires, a dit ouvertement qu’à son avis, « beaucoup de temps, d’énergie et d’argent sont gaspillés sur la désinfection des surfaces, alors qu’au contraire, on ne porte pas assez d’attention à la transmission par aérosols » qui, elle, est plus problématique.

Ne pas baisser la garde

Le DDavid Kaiser, de la Santé publique de Montréal, dit pour sa part « qu’effectivement, il n’y a pas de preuves sur le terrain que la COVID-19 se transmet par un contact avec un objet. Mais on n’écarte jamais totalement cette possibilité parce que dans certains contextes, le danger est plus grand ».

Ainsi, dans les lieux clos moins ventilés où se trouvent plusieurs personnes — notamment les hôpitaux, les garderies, les écoles et les résidences pour personnes âgées —, le DKaiser croit qu’il ne faut pas baisser la garde, particulièrement dans les lieux très fréquentés comme les toilettes.

Il ajoute cependant qu’« il faut mettre son énergie là où les efforts auront le plus d’impact », à savoir « dans le respect des mesures de distanciation, du port du masque et de l’hygiène des mains ».

[Depuis le début de la pandémie], on a fait du chemin par rapport à certaines mesures extrêmement précautionneuses par rapport aux risques réels.

Le DDavid Kaiser, de la Santé publique de Montréal

Il évoque le fait qu’il n’est plus question de quarantaine d’une semaine pour les livres de bibliothèque et que les épiceries n’en sont plus à refuser les bouteilles en consigne.

Aussi, « rien dans les balises n’interdit le va-et-vient des cahiers, des livres et du matériel scolaire », dit-il.

Et, chose certaine, depuis plusieurs mois, les articles sur le thème « Combien de temps le virus survit-il sur le plastique ? Sur le métal ? Sur le chat du voisin ? » se font de plus en plus rares.

Les bons endroits, au bon moment

Selon Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec, une bonne façon d’alléger la lourdeur du nettoyage, c’est de concentrer ses efforts à des moments stratégiques. « De désinfecter le matin, quand personne n’a touché les surfaces depuis 14 heures ou plus ou de le faire à la fin des classes, quand les enfants partent, ce n’est peut-être pas particulièrement utile. Par contre, le lavage des poignées de porte plusieurs fois dans la journée, quand beaucoup de monde y touche, ça demeure une bonne idée », illustre-t-il.

Même chose pour les pupitres : si chaque élève est resté à sa place pendant une période donnée, il n’est pas nécessaire de tout nettoyer. Par contre, si les pupitres ont été partagés à plusieurs, là, il faut y aller plus franchement.

Bref, il faut encore nettoyer, mais aux bons moments, et aussi avec les bons produits, souligne M. Jacob.

À cet effet, il précise que l’idéal serait d’utiliser l’alcool à 70 %, peu toxique, ou le peroxyde. Mais bien sûr, en grande quantité, ça revient cher, alors un ammonium quaternaire comme le Hertel est approprié, en faisant attention de bien ventiler, dit M. Jacob.