(Gatineau) Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est convaincu que n’eussent été les conditions préexistantes dans le réseau de la santé en Outaouais — à savoir son sous-financement chronique —, la région ne serait pas en zone rouge. Il a écrit cette semaine aux élus de l’Assemblée nationale, non pas pour leur demander un changement de couleur, mais pour les inviter à tirer des leçons de la pandémie.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Je voulais d’abord et avant tout m’assurer que tous les élus comprennent à quel point ce qu’on vit est une injustice grave […] Je trouvais que c’était important de souligner les conséquences graves — humaines, économiques — qu’ont eues sur nous ces années de négligence », explique le maire en entrevue avec La Presse.

S’il ne conteste pas la décision du gouvernement caquiste de colorer la région voisine de l’Ontario en rouge, il insiste dans sa missive sur le fait que depuis le début de la crise, le taux de cas actifs en Outaouais a « régulièrement été plus bas que [dans] certaines des régions en zone orange », et qu’il est donc « clair que du seul point de vue de la santé publique, nous devrions être en orange, même orange pâle ».

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le maire de de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin (à gauche), lors d’une rencontre avec ses homologues de Québec et de Montréal, en septembre dernier

Là où ça cloche, c’est que le gouvernement Legault tient compte du critère de la solidité du réseau de la santé dans son choix de couleur, dont découlent les restrictions, argue M. Pedneaud-Jobin. « Si on était dans une région normale, on n’aurait pas eu autant d’opérations annulées. Notre nombre de patients COVID ne justifie pas le délestage. »

Et ça dépasse le réseau : nos commerces sont fermés alors qu’ils devraient être ouverts, car on devrait être en zone orange.

Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Le premier magistrat reconnaît cependant que la deuxième vague frappe plus fort en Outaouais comme ailleurs. « Ça s’aggrave par rapport au printemps, note-t-il. Dans les derniers jours, il y a des résidences pour personnes âgées qui n’avaient pas été touchées et qui l’ont été. C’est pour cela qu’il faut rester extrêmement prudent. »

Selon les plus récentes données, on recensait samedi dans la région 3240 cas de COVID-19 et 70 décès liés au virus (environ 75 % des cas ont été confirmés pendant la seconde vague, et quelque 50 % des décès au cours de la même période, soit depuis le 1er septembre).

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La directrice régionale de santé publique par intérim, la Dre Brigitte Pinard, n’était pas disponible pour une entrevue. Dans une déclaration écrite transmise à La Presse, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais a plaidé que la transmission du virus dans la communauté était encore « très importante », et que « le niveau de palier rouge » pour la région urbaine et périurbaine de l’Outaouais était « toujours de mise dans le contexte ».

Pas un appel à la désobéissance

Au téléphone, Maxime Pedneaud-Jobin tient à préciser qu’il ne faut pas voir dans sa sortie une incitation à la désobéissance. « Je veux qu’on respecte les règles de santé publique ; on accepte d’être en zone rouge parce que notre réseau est fragile, mais il ne faut pas s’empêcher de dénoncer la situation », lance celui qui est à la mairie de Gatineau depuis 2013, mais qui est un enfant de l’Outaouais, et l’un des plus ardents défenseurs de cette région qui semble parfois oubliée à Québec.

« Dans nos grands moments de frustration, ce qu’on prétend, c’est que la Révolution tranquille est arrivée 20 ans plus tard en Outaouais. Parce que jusque dans les années 1980, 40 % des gens de la région se faisaient soigner de l’autre côté de la rivière [des Outaouais, donc en Ontario] », raconte-t-il. Il se réjouit ainsi de l’annonce faite par le gouvernement de la CAQ de la construction d’un nouvel hôpital.

Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, qui est responsable de la région, n’en est pas peu fier. « C’est la plus grosse annonce en santé depuis des décennies dans notre région, donc c’est clair que ça va changer la situation pour le mieux […] après des décennies de négligence », plaide-t-il dans un entretien avec La Presse.

Il ne veut pas aller jusqu’à dire s’il partage le constat du maire en ce qui a trait au choix de la couleur rouge. « C’est hypothétique, parce qu’il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte », lance M. Lacombe.

Effectivement, si on avait une capacité plus solide en Outaouais de soigner notre monde, on aurait davantage de chances d’être en zone orange à l’heure où on se parle.

Mathieu Lacombe, ministre responsable de la région de l’Outaouais

La couleur d’une région est déterminée en fonction de trois critères : la situation épidémiologique (nombre de cas par tranche de 100 000 habitants), le contrôle de la transmission (nombre et ampleur des foyers d’éclosion) et la capacité du système de soins de santé.

L’Outaouais est au palier trois sur un total de quatre, ce qui signifie que la région est en « alerte », avec exceptions pour certains territoires.