(Iqaluit) Le Nunavut n’a déclaré son premier cas de COVID-19 qu’il y a deux semaines, mais en compte aujourd’hui 109. Le territoire cherche à comprendre les raisons pouvant expliquer la rapidité de la progression de la maladie.

Emma Tranter
La Presse Canadienne

Quelque 39 000 personnes vivent au Nunavut. Le territoire est si vaste qu’il s’étend sur trois fuseaux horaires. Ses villages ne sont accessibles que par avion. Arviat, à l’ouest de la baie d’Hudson, où vivent 2800 personnes, comptait samedi 80 cas. Selon le médecin-hygiéniste en chef du territoire, Michael Patterson, c’est le seul endroit où on a découvert des preuves d’une transmission communautaire, maison par maison.

On recense 13 cas à Rankin Inlet, 14 à Whale Cove et deux à Sanikiluaq. Les autorités ont toutefois indiqué que les deux patients de Sanikiluaq étaient rétablis. Tous ces cas proviendraient d’un même foyer.

Le député territorial John Main dit qu’il faut être aveugle pour ne pas voir que la progression rapide de la COVID-19 était liée aux problèmes de logement qui sévit au Nunavut.

« Ce n’est pas un secret qu’il existe une crise du logement. Nous avons des problèmes depuis plusieurs, plusieurs années. Plusieurs générations vivent dans un même logement. Des gens dorment dans des pièces qui ne sont pas prévues pour cela », ajoute-t-il.

M. Main avance d’autres facteurs, comme l’insécurité alimentaire, le taux de chômage élevé et une faible diplomation, pour expliquer la situation.

« Nous savons que tout ça joue contre nous », lance-t-il.

Selon des données de la Nunavut Housing Corporation, 56 % des Inuits du territoire vivent dans des logements surpeuplés. Un récent rapport publié par Nunavut Tunngavik faisait état de 41 % des logements nécessitant des réparations majeures.

Cynthia Carr, une épidémiologue de Winnipeg, rappelle qu’il est facile pour une personne asymptomatique de répandre le virus sans le savoir.

« Tout ce que cela nécessite qu’un seul cas, note-t-elle. Si plusieurs personnes vivent proches les unes des autres dans un même immeuble, ce sont exactement les facteurs de risque pour la propagation. »

La semaine dernière, le Nunavut a ordonné un confinement de deux semaines pour mettre un frein à la progression du virus. Selon Mme Carr, une période de 18 ou 19 jours est habituellement nécessaire pour vérifier les effets d’une telle mesure.

« Il sera intéressant de voir si cela sera différent au Nunavut », dit-elle.

Le seul hôpital du territoire est situé à Iqaluit, à plus de 1200 km d’Arviat. Il compte 25 lits, mais est dépourvu d’unité de soins intensifs. Il y a un centre médical à Rankin Inlet. Il compte six lits.

Si quelqu’un doit être hospitalisé à cause de la COVID-19, il devra être transféré à Rankin Inlet ou dans le Sud, mentionne le Dr Patterson.

« Si un patient a besoin d’oxygène, de fluide ou d’un respirateur artificiel, il ne pourra évidemment pas rester au centre médical et devra être déplacé vers un hôpital du Sud. »

Or, comme la situation se dégrade aussi dans le sud du pays, les autorités doivent chercher d’autres solutions. Le gouvernement fédéral est prêt à intervenir, si nécessaire.

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Ce reportage a été réalisé avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les Nouvelles.