(Québec) Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, n’est pas tendre envers le gouvernement Higgs qui a écarté 103 élèves micmacs de la bulle atlantique. Il s’agit d’une décision « sans fondement » qui « cause un préjudice grave » aux enfants autochtones, argue-t-il. À Fredericton, on renvoie la responsabilité à Québec.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« S’il y avait une science derrière l’application de la règle, je ne la vois pas », a lâché le ministre Miller en entrevue à La Presse. « C’est une application assez bête et crasse de la bulle atlantique », a-t-il ajouté, sans ménagement.

Le ministre fédéral s’explique mal pourquoi le Nouveau-Brunswick a retiré de leur école secondaire de Campbellton les élèves de Listuguj, en Gaspésie, il y a un mois, en raison de la pandémie. Ces jeunes Micmacs peuvent toujours traverser la frontière pour aller travailler, mais ne peuvent plus le faire pour aller à l’école.

J’ai de la misère, franchement, à voir la cohésion intellectuelle. Et voilà que des enfants autochtones subissent un préjudice avec zéro fondement.

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones

Le gouvernement de Blaine Higgs a évincé les municipalités de Pointe-à-la-Croix et la communauté de Listuguj de sa « bulle atlantique » après la levée d’un point de contrôle qui se trouvait à Pointe-à-la-Croix, en octobre. Ce dernier a été retiré par les autorités du Québec à la demande des élus de la Gaspésie.

Le point de contrôle avait été installé à l’origine pour que Pointe-à-la-Croix et Listuguj puissent intégrer la bulle atlantique. Le gouvernement Legault avait adopté un décret pour l’autoriser. Mais les maires se sont ravisés et ont demandé sa levée puisqu’il restreignait trop les déplacements des populations à l’ouest de la Gaspésie.

Protéger « l’intégrité de la bulle »

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick est clair : pas question de réintégrer les élèves de Listuguj tant qu’il n’y a pas de contrôle à Pointe-à-la-Croix pour « préserver l’intégrité de la bulle » atlantique. « Tu ne peux pas avoir une bulle s’il y a un grand trou », a illustré le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy.

Il renvoie la balle au gouvernement du Québec qui a « renversé » sa décision en levant le point de contrôle. « Je trouve que c’est assez aberrant, mais c’est leur choix », a-t-il ajouté. Il estime que son gouvernement a « tout fait ce qu’il pouvait pour protéger les jeunes » de Listuguj, mais qu’il s’agit de la responsabilité du Québec.

« Essayer de pousser cette responsabilité vers une autre province qui est en train de protéger sa propre population, c’est assez honteux », a critiqué M. Cardy, qui affirme que le gouvernement Legault était avisé que s’il levait le point de contrôle, « les conséquences allaient être la fermeture presque complète des frontières ».

Il n’y a rien qui me ferait plus plaisir que de voir ces jeunes [à l’école]. On continue de voir ce qu’on peut faire, mais nous sommes en pleine pandémie mondiale, et la bulle de l’Atlantique est un exemple à travers le monde pour sa protection contre le virus. On veut les inclure, mais le gouvernement du Québec doit bouger davantage.

Dominic Cardy, ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick

Québec réagit

À Québec, le cabinet de François Legault indique que, « malgré tous nos efforts, le Nouveau-Brunswick a décidé unilatéralement de fermer les frontières aux élèves québécois du secondaire sans égard pour leur éducation ».

« Nous poursuivons nos discussions pour que les étudiants de Listuguj puissent avoir accès à leur école », a-t-on assuré.

Pour ce qui est du fait que les élèves puissent continuer à traverser la frontière pour se rendre au travail, M. Cardy souligne que cela fait partie des exceptions mises en place au moment de créer la bulle pour le maintien des services essentiels.

Pour sa part, le ministre Miller voit « mal la logique » du gouvernement Higgs « de blâmer » le gouvernement du Québec. « C’est vraiment au premier ministre du Nouveau-Brunswick d’assumer son rôle », a-t-il soutenu, affirmant que le droit à l’éducation de ces jeunes « leur est enlevé sans fondement ».

En entrevue à La Presse lundi, le chef de Listuguj, Darcy Gray, disait craindre pour la réussite scolaire des élèves de sa communauté ainsi que pour leur santé mentale alors qu’ils « ne comprennent pas pourquoi ils ne sont plus les bienvenus » dans leur école. Le chef Gray y voit une forme de « discrimination systémique ».

Les élèves micmacs fréquentent le réseau scolaire anglophone du Nouveau-Brunswick de la 9e à la 12e année. L’école secondaire Sugarloaf de Campbellton se trouve à environ huit minutes en voiture de Listuguj.

L’Association canadienne des libertés civiles a dénoncé la situation la semaine dernière, affirmant que le gouvernement du Nouveau-Brunswick s’expose à des accusations de discrimination raciale.