Au lendemain de l’annonce d’un vaccin efficace à 94,5 %, le microbiologiste-infectiologue québécois Michaël Desjardins nous raconte de l’intérieur l’aventure de Moderna.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Michaël Desjardins, vous êtes microbiologiste-infectiologue et travaillez au Brigham and Women’s Hospital à Boston, un des 100 sites de recherche qui ont participé au développement du vaccin de Moderna. Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur cette recherche ?

« J’ai commencé à travailler au Brigham and Women’s Hospital à Boston en novembre 2019, soit quelques mois seulement avant la COVID-19. Je souhaitais notamment faire de la recherche sur la vaccination. » Il s’est donc retrouvé à travailler sur les vaccins contre la COVID-19.

Quelles sont vos tâches ?

« Ma tâche principale dans l’étude de Moderna est d’enrôler et d’assurer le suivi des participants. Je m’occupe du recrutement, du consentement des participants, et je réponds à leurs questions. » Le DDesjardins coordonne également la mise en place des procédés associés à l’étude, notamment les prises de sang, les tests de COVID-19 et l’administration des vaccins. « On a une relation privilégiée avec les participants », précise-t-il.

Comment choisissez-vous les participants ?

Les participants sont d’abord sélectionnés s’ils présentent un certain risque d’attraper la COVID-19, précise le DDesjardins. « Les gens avec très peu de contacts avec les autres ont évidemment un faible risque d’attraper la COVID-19. » Ils s’assurent également de sélectionner des personnes de différentes ethnicités et de différents milieux. « On veut un lot de personnes différentes », affirme-t-il. Ils ont également sélectionné un bon nombre de personnes de plus de 65 ans ou ayant des comorbidités, notamment des maladies pulmonaires, le diabète ou des maladies cardiaques.

Est-ce qu’il y a beaucoup de pression à travailler sur l’un des vaccins les plus attendus de l’histoire ?

« La pression ne vient pas des autres, elle vient surtout de nous-mêmes », indique M. Desjardins. Le spécialiste souligne qu’il veut que les recherches soient faites le plus rapidement possible, mais de façon sécuritaire. Afin d’y arriver, le Brigham and Women’s Hospital à Boston s’est entouré d’une équipe de près de 100 personnes pour travailler sur les essais cliniques des vaccins contre la COVID-19. « Tout est fait selon les règles de l’art pour gérer la sécurité, affirme le DDesjardins. Il n’y a aucune étape qui a été sautée. »

Quels étaient les défis avec ce vaccin ?

« La vitesse à laquelle il fallait faire les études, affirme-t-il sans hésiter. Il est rare que des études doivent être faites si rapidement en vaccination. » Il indique que de nombreuses ressources ont dû être mises en place pour y arriver. « On n’a jamais eu de vaccins approuvés contre aucun coronavirus. » Il précise donc que ce nouveau virus compliquait aussi les recherches.

Comment avez-vous réagi à l’annonce de l’efficacité du vaccin annoncée lundi matin ?

« J’étais très heureux. C’était une belle journée pour la science », se réjouit le DDesjardins, qui souligne qu’il est très encourageant d’avoir des données d’efficacité aussi significatives. Il se dit très optimiste pour l’avenir, tout en demeurant prudent dans l’attente des résultats finaux de l’étude. « On a enfin l’impression qu’on va avoir une solution à ce fléau-là », dit-il.

Quel est votre souhait pour les prochains mois ?

« Que tous les vaccins des compagnies soient efficaces et sécuritaires », indique Michaël Desjardins. Les entreprises auront la capacité de produire des millions de doses, mais elles ne seront pas en mesure de produire 7 milliards de doses aussi rapidement. « Si tous les vaccins peuvent fonctionner, ce serait l’idéal », conclut-il.