Évoquant une « situation d’urgence » provoquée par la pandémie, la commission scolaire Lester B. Pearson vient d’acheter pour 518 600 $ de purificateurs d’air pour ses classes dépourvues de ventilation mécanique. Les 420 appareils ont été acquis sans appel d’offres en évoquant un « danger imminent pour la sécurité des élèves » et du personnel.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Un résumé du contrat a été publié sur le système électronique d’appels d’offres du gouvernement du Québec la semaine dernière, le jour même où la ventilation des classes provoquait un vif débat à l’Assemblée nationale. Il a été conclu deux jours avant que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne reconnaisse que son gouvernement aurait dû s’attaquer au problème de la ventilation des classes dès l’été dernier.

La commission scolaire justifie l’attribution du contrat de gré à gré « vu la pandémie, vu les nouvelles études concernant la propagation par la voie aérienne [microparticules] et vu l’impossibilité d’assurer le renouvellement d’air requis, durant la saison froide, dans les classes qui ne bénéficient que d’une ventilation naturelle [impossibilité d’ouvrir les fenêtres suffisamment] », lit-on dans le document consulté par La Presse.

La commission scolaire anglophone montréalaise fera installer les 420 appareils muraux au cours de la semaine par son propre personnel, dans différentes classes des 40 écoles primaires qu’elle chapeaute.

Prix « extrêmement élevé », selon un fournisseur

Il s’agit du modèle AeraMax IV, fabriqué par Fellowes et fourni par Novexco, un distributeur de fournitures de bureau. Chaque appareil coûtera 1234 $, plus les taxes applicables. « On a obtenu un rabais parce qu’on fait partie d’un groupe d’achat public », assure la directrice générale adjointe de la commission scolaire, Carol Heffernan.

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

Le purificateur d’air AeraMax IV

Deux spécialistes en ventilation consultés par La Presse estiment que l’appareil choisi semble adéquat. « Le prix est extrêmement élevé », affirme cependant Simon Labrecque, vice-président d’Industrie Orkan, fournisseur de systèmes de ventilation québécois. « C’est un appareil chinois en plastique. On aurait pu leur obtenir un équivalent fait en acier, ici au Québec, avec une garantie à vie, pour environ 1000 $ l’unité », soutient-il. M. Labrecque affirme que son entreprise vend justement de tels appareils en Chine. « C’est décevant. On se sert de nos taxes pour acheter des appareils faits en Chine, alors que les Chinois, eux, font appel à nous pour ne pas acheter les produits de mauvaise qualité qui se vendent sur Alibaba. »

La commission scolaire Lester B. Pearson affirme avoir d’abord testé l’appareil pendant un week-end avec l’aide d’une hygiéniste industrielle pour s’assurer qu’il n’émette pas d’ozone et filtre suffisamment l’air.

Gabriel Bélanger, inspecteur principal à l’Institut de la qualité de l’air du Québec, croit que cette démarche montre que les dirigeants de la commission scolaire « ont fait leurs devoirs ». « Filtrer une classe, ça ne nuira pas. C’est peut-être quelque chose qui aurait dû être installé il y a 10 ans, croit-il. C’est sûr qu’en pleine pandémie, les prix sont au plafond et tout le monde en profite, mais un système de filtration d’air reste un système de filtration d’air : il y a des normes à respecter, et si elles ne sont pas rencontrées, l’appareil n’est tout simplement pas mis en marché. »

Selon lui, l’ajout de ces systèmes muraux, même s’ils ne peuvent pas être branchés à un apport d’air frais extérieur, peut aider à réduire la propagation du virus de la COVID-19.

« Mais ça reste un des jalons des mesures sanitaires. Si personne ne se lave les mains, que tout le monde oublie l’hygiène respiratoire et que les enfants ne toussent pas dans leur coude, ça ne servira à rien », croit M. Bélanger.

Percer des trous dans les murs pour connecter des tuyaux d’aération extérieure aurait par ailleurs représenté « des coûts faramineux », selon lui.

La commission scolaire dit s’être assurée que l’appareil filtre l’air de la classe cinq fois par heure, ne fasse pas trop de bruit et soit muni d’un filtre au charbon pour éliminer les odeurs. Environ 25 % des classes de la commission scolaire anglophone ne sont pas aérées mécaniquement et seront équipées de ces appareils. La commission scolaire entamera parallèlement des tests de concentration de CO2 dans les autres classes ventilées mécaniquement. Des filtres de meilleure qualité ont aussi été achetés pour les systèmes centraux.

Pas envisagé au CSSDM

Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), pour sa part, dit avoir écarté pour l’instant l’idée d’acquérir des appareils semblables. « Un récent avis de l’Institut national de santé publique (INSPQ) soutient qu’il n’y a pas de preuve démontrant que les purificateurs d’air seuls sont efficaces pour réduire la propagation de la COVID-19, a indiqué le porte-parole Alain Perron par courriel. À cet effet, nous nous sommes assurés en début d’année que toutes les classes sans ventilation mécanique aient des fenêtres ouvrantes. »

L’organisme a néanmoins mis sur pied un comité d’experts qui se penche sur la question. « Si la recommandation des autorités venait à changer, nous serons prêts à nous ajuster rapidement en conséquence », ajoute M. Perron.

Le CSSDM confirme par ailleurs qu’il envisage de mener des tests d’échantillonnage de CO2 dans certaines écoles « afin de surveiller en continu l’efficacité de la ventilation naturelle par l’ouverture des fenêtres ». Les systèmes de ventilation mécanique ont aussi été réglés au régime d’apport en air frais maximum, un régime qui sera maintenu « tant et aussi longtemps que les conditions météorologiques le permettront », indique le CSSDM.