L’Europe est aux prises avec une nouvelle crise sanitaire : des visons d’élevage ont attrapé la COVID-19 et l’ont retransmise aux humains, faisant craindre une nouvelle série de mutations du coronavirus. Le Danemark a décidé d’abattre 17 millions de visons.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que ces mutations « ne sont pas encore bien comprises ». En date du 6 novembre, 214 cas de COVID-19 impliquant une transmission du vison vers l’humain ont été relevés au Danemark. Les premiers cas ont eu lieu en juin. De ces 214 cas, 12 sont une « nouvelle souche » de SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19.

Les Pays-Bas ont été le premier pays européen touché et ont abattu 1 million de visons en juillet. Jeudi dernier, une étude néerlandaise publiée dans la revue Science a estimé que 68 % des employés de fermes de visons dans ce pays avaient des anticorps contre le SARS-CoV-2, ce qui signifie une transmission extrêmement élevée du virus.

Mais les cas de COVID-19 aux Pays-Bas n’ont pas donné lieu à la naissance d’une nouvelle souche de SARS-CoV-2, selon James Liao, généticien de l’Université de Taïwan qui vient de publier dans la revue PNAS une recension de toutes les souches du virus. « Les cas humains aux Pays-Bas sont tous de la souche la plus répandue dans le monde », a expliqué le DLiao à La Presse.

L’Italie, l’Espagne, la Suède et les États-Unis ont aussi rapporté des cas de transmission du SARS-CoV-2 du vison à l’humain.

Pour le moment, le Canada n’est pas touché. « On est chanceux, nos fermes sont très distantes les unes des autres », explique Alan Herscovici, éditeur du site Tout sur la fourrure de l’Association canadienne des éleveurs de visons. « Alors il y a moins de transmission d’une ferme à l’autre. Et nous sommes habitués à faire attention avec les virus respiratoires, les visons par exemple peuvent attraper la grippe humaine. »

Comment les éleveurs canadiens font-ils face au péril ? « Nous avons interdit le travail dans plus d’une ferme de visons, dit M. Herscovici. Il y a aussi des protocoles de désinfection quand on va d’un bâtiment à l’autre dans une même ferme. Et on met des masques et des visières. Certaines fermes ont commencé à utiliser des thermomètres sans contact pour prendre la température des employés. »

PHOTO FOURNIE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE DES ÉLEVEURS DE VISONS

Un vison dans une ferme canadienne

Une possible éclosion chez les visons canadiens serait-elle détectée ? « On regarde de très près la respiration des visons et il faut déclarer au vétérinaire en chef de chaque province tout cas suspect. »

Ontario et Maritimes

L’industrie du vison au Canada est surtout présente en Ontario, avec également des présences importantes dans les Maritimes. L’Ontario compte deux maisons d’enchères de peaux de vison, et 85 % de la fabrication de vêtements de fourrure est concentrée à Montréal.

Le Québec n’abrite que « deux ou trois » fermes de visons, selon M. Herscovici. Où sont-elles ? « On préfère ne pas le dire, parce qu’il y a beaucoup d’activité de la part des défenseurs des droits des animaux. S’il y avait une invasion de ferme en ce moment, avec le risque de transmission de COVID-19, ça serait catastrophique. » Il précise toutefois que l’une des fermes se trouve en Beauce.

35 millions

Nombre de visons tués chaque année pour leur fourrure dans le monde, dont 14 millions au Danemark, 2,7 millions aux États-Unis et 1 million au Canada

Sources : Tout sur la fourrure, Truth About Fur