Tant qu’à être coincés à la maison, des étudiants ont trouvé un truc pour profiter pleinement de l’enseignement à distance : étudier sur une plage de Floride ou mêler études et surf dans l’île de Vancouver. Mais, évidemment, ce n’est pas donné à tout le monde.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Sandrine Poirier, 23 ans, est partie de Montréal avec un billet aller simple pour la Floride au début du mois d’octobre. « Je me suis dit tant qu’à étudier à distance, je vais être mieux là-bas. Les plages sont ouvertes, il fait chaud, il fait beau. »

Elle a posé sa valise dans le condo de sa mère, un 4 ½ à 10 minutes à pied de la mer, dans la ville de Jupiter, au nord de West Palm Beach. Rien pour lui faire regretter Montréal, les salles de cours vides, les soupers d’amis annulés, les gyms fermés ou l’hiver qui s’en vient.

« Après six mois de pandémie, je trouve que ça fait du bien de changer d’environnement, complètement. »

La Floride compte 24 millions d’habitants, presque trois fois plus que le Québec. Son bilan de la COVID-19 peut susciter l’inquiétude : 5431 cas par jour, en moyenne, depuis une semaine. Au total, depuis le début de la pandémie, il y a eu au moins 875 088 cas et 17 488 décès, selon les données du New York Times du 15 novembre.

« Ça ne me fait pas peur, assure l’étudiante en comptabilité, qui habite seule. Ici, tout le monde porte son masque, mais les gens sont moins stressés qu’à Montréal. Dans les épiceries, ils ne se tassent pas autant quand ils se croisent dans les allées. Je traîne mon Purell parce qu’ils n’en donnent pas, et je lave bien mes choses quand j’arrive chez moi. »

En plus, Jupiter, avec ses 65 000 habitants, ce n’est pas Fort Lauderdale, fait-elle remarquer. Il y a beaucoup moins de cas que dans d’autres villes de la Floride.

Ça fait vraiment du bien d’être toute seule ici. Ça me permet de réfléchir sur ce que je veux de ma vie, mes projets futurs, etc. J’étudie, mais dans mes pauses, je fais du yoga et du spinning, je vais à la plage. Puis, je suis devenue amie avec ma prof de yoga, qui m’invite à des activités de plein air avec ses amis : surf, kayak, planche… C’est vraiment ressourçant, la mer et le soleil.

Sandrine Poirier

Quand prévoit-elle de revenir à Montréal ? « Pas avant Noël. »

Son assurance voyage, qui couvre la COVID-19, est valide pour une période d’un an. « C’était 130 $ pour un an ou 70 $ pour un mois. Ça fait qu’on a pris la totale », précise Sandrine.

Un chalet à 3600 $ par mois

D’autres étudiants profitent de l’enseignement à distance à Banff, dans les Rocheuses, ou dans l’île de Vancouver. Étudiant en entrepreneuriat, Charles Morin, 22 ans, est parti en voiture de Montréal avec son frère le mois dernier. Il se trouve à Ucluelet, une petite ville de 1700 habitants, à 40 km de Tofino, « la ville qui est la plus à l’ouest du Canada », dans l’île de Vancouver.

PHOTO FOURNIE PAR CHARLES MORIN

Charles Morin, étudiant en entrepreneuriat, concilie études et surf en Colombie-Britannique.

« J’aime le surf et c’est pas mal une des seules places où on peut surfer au Canada. Je me suis dit que je partirais étudier là-bas avec mon frère pendant une couple de mois », explique-t-il.

À Montréal, tu ne peux pas aller à l’école et tu ne peux pas aller dans un bar ou voir tes amis. Ça ne me donnait pas grand-chose de rester. Ici, dans l’Ouest, c’est pas mal plus relax, la situation. Le port du masque n’est pas obligatoire partout, ça dépend des établissements.

Charles Morin, qui réside dans l’île de Vancouver

Le nombre de cas de coronavirus en Colombie-Britannique est presque six fois plus faible qu’au Québec. Et il est encore plus bas à Tofino.

Charles habite avec son frère dans un chalet qu’ils louent 3600 $ par mois. Une grosse somme, surtout pour des étudiants. Il a travaillé comme mécanicien de bateau l’été dernier pour mettre de l’argent de côté. Et compte sur des amis pour partager le loyer.

« Pas mal d’autres Québécois ont eu la même idée que nous, dit-il. Trois, quatre chums sont venus nous rejoindre jusqu’à maintenant. Et j’ai un couple d’amis de Poly qui s’en vient pour un mois. En ce moment, on est cinq. »

Il reviendra au Québec quand il n’aura « plus de fonds ».

Des cours à 2 h du matin

À l’inverse, Laurence Tétreault-Falsafi, 23 ans, aurait pu aller à Genève, en Suisse, où elle est inscrite à la maîtrise en analytique d’affaires. Mais tant qu’à faire ses cours en ligne, elle a choisi de rester ici, ce qui a des avantages, du point de vue financier parce que le coût de la vie en Suisse est très élevé, mais aussi des inconvénients, à cause du décalage horaire.

Les lundis et vendredis, ses cours sont de 2 h du matin à midi, heure de Montréal. Elle doit se lever en pleine nuit si elle veut poser des questions à ses profs.

« C’est sûr que dans un monde idéal, j’aurais voulu aller en Suisse et faire mes études en personne, dit-elle. Mais étant donné que tous les cours sont en ligne, j’aime mieux rester chez moi que de passer toute la journée dans une petite chambre étudiante pour regarder mes cours à distance. »