Une brigade de professionnels sans permis d’exercice se trouve au cœur de la prévention des infections

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

« Si vous saviez le sentiment de fierté et d’appartenance que j’ai éprouvé en enfilant de nouveau ma blouse ! »

Au printemps, Salah Bahloul, qui était médecin dans son Algérie natale et qui s’est inscrit à « Je contribue ! », a repris du service.

Avec 42 autres professionnels de la santé originaires de 16 pays différents et dont les diplômes ne sont pas encore reconnus ici, M. Bahloul a été retenu pour faire partie d’une brigade de prévention et de contrôle des infections créée dans l’urgence au printemps par la Santé publique de Montréal.

Ensemble, ces 43 agents – qui étaient dans leur pays d’origine médecins, experts en santé publique, microbiologistes, experts en contrôle des infections, etc., et qui n’ont pas encore leur permis d’exercice – ont eu pour mission de voler au secours des foyers pour personnes âgées « alors qu’on était en pleine crise au printemps, aux prises avec de multiples éclosions », explique la Dre Mylène Drouin, directrice de santé publique de Montréal.

Jeudi, cette initiative a été récompensée par un prix Hippocrate (habituellement remis à un médecin) visant à souligner un projet particulièrement novateur en temps de pandémie.

« Plusieurs des membres de notre brigade viennent d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale, explique la Dre Marie Muñoz-Bertrand, médecin-conseil en prévention et en contrôle des maladies infectieuses à la Santé publique de Montréal. Plusieurs d’entre eux avaient déjà travaillé lors d’épidémies d’Ebola, de choléra ou de rougeole. »

Avant de les envoyer sur le terrain, les membres de l’équipe ont reçu une formation express en contrôle des infections, avec de multiples mises à jour au fur et à mesure que le virus était un peu mieux compris et que les consignes changeaient.

Soutenus en continu par du personnel spécialisé, notamment cinq médecins, un expert en biosécurité et des conseillers en soins infirmiers, ils ont commencé par faire des évaluations sur place. Les gestionnaires étaient ensuite informés des améliorations à apporter. Le personnel était enfin aiguillé vers les meilleures pratiques, entre autres en ce qui a trait à la façon optimale de bien porter l’équipement de sécurité.

Déploiement à grande échelle

Cette brigade a été déployée dans 311 milieux de vie pour aînés – des CHSLD, des résidences pour personnes âgées, etc. – de même que dans 65 communautés religieuses qui étaient beaucoup laissées à elles-mêmes. Cela s’est traduit par un total de 2183 visites sur le terrain, tant dans des foyers encore épargnés par la COVID-19 que là où il fallait arrêter sa progression.

Selon la Dre Mylène Drouin, la mise en place de cette équipe « est une des clés » qui expliquent que ça se passe mieux cette fois-ci dans les résidences pour personnes âgées montréalaises.

Les milieux de vie pour aînés sont mieux préparés, un lien de confiance a été créé et la communication avec eux s’en est trouvée facilitée.

La Dre Mylène Drouin, directrice de santé publique de Montréal

Le souhait d’Anne Landry, coordonnatrice de l’équipe, est que ce projet survive à la pandémie, en quelque sorte ! « Le contrôle des infections est important en tout temps et une telle équipe continuerait d’être utile pour limiter la propagation de la grippe ou de la gastro. »

Ce que la Dre Marie Muñoz-Bertrand retient de son expérience avec tous ces gens originaires de pays différents, « c’est leur résilience, leur capacité à s’adapter rapidement à la situation et leur grande volonté d’apporter leur contribution ».

Pour sa part, à 50 ans passés, Salah Bahloul estime qu’il est trop tard pour reprendre la formation qui lui permettrait d’avoir ici un permis d’exercice en bonne et due forme. Il précise tirer « une grande satisfaction » de voir que les choses se passent mieux dans les foyers pour personnes âgées cette fois-ci, à Montréal.

« Comme médecin, dans mon pays, j’ai toujours cru au principe que la prévention est préférable à la guérison. Il faut tout faire pour éviter qu’une personne devienne un patient. »