Le risque de mourir du nouveau coronavirus est passé de 25 % en mars à 7,6 % en août, selon une étude américaine

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Le risque de mourir de la COVID-19 chez les patients qui sont hospitalisés a diminué de 70 % entre mars et août, selon une nouvelle étude américaine. Les chercheurs de l’Université de New York ont tenu compte de l’âge des patients dans leur analyse.

« On voyait souvent ce genre d’analyse, mais il y avait toujours des problèmes méthodologiques à cause des changements de critères des tests de dépistage et de la question de l’âge », explique Christopher Petrilli, l’un des auteurs de l’étude publiée à la fin du mois d’octobre dans le Journal of Hospital Medicine. « Nous avons décidé de nous concentrer sur les patients hospitalisés, parce que normalement, le degré de sévérité suffisant pour qu’une hospitalisation soit justifiée est un critère qui ne change pas beaucoup. »

À partir de 5121 dossiers de trois réseaux d’hôpitaux universitaires de New York, les chercheurs ont calculé que le risque de mourir était de 25 % en mars et de 7,6 % en août. Cette baisse a été particulièrement marquée au début de la pandémie, le taux de mortalité hospitalière ayant chuté à 12 % en mai.

« Il nous reste maintenant à déterminer si cette baisse est due à un changement dans la démographie des patients, qui étaient plus souvent des femmes en août qu’en mars, à l’introduction de quelques médicaments spécifiques pour la COVID-19 comme les anticoagulants et les anti-inflammatoires, à des améliorations plus générales comme le moment et les circonstances de l’intubation, ou simplement au fait qu’il y a moins de monde dans les hôpitaux et que le personnel a plus de temps pour s’occuper des patients », dit le DPetrilli.

Si l’affluence dans les hôpitaux joue un grand rôle dans le taux de mortalité, cela signifie-t-il qu’il est possible d’éviter le confinement en augmentant la capacité des hôpitaux ?

« En théorie, oui, mais c’est très difficile de faire en sorte qu’on ait assez de personnel, il y a une grande pénurie en ce moment », dit le DPetrilli.

La Presse a demandé à Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), son avis sur l’étude. « Il faut se souvenir que les systèmes de santé canadien et américain sont très différents, dit le DVinh. Il y a beaucoup plus d’inégalités dans les soins aux États-Unis. Alors ce qu’on voit là-bas ne s’applique pas nécessairement ici. »

« Récolte préliminaire »

Au Québec, il y a eu aussi une baisse de la mortalité hospitalière de la COVID-19, selon une conférence donnée le 5 novembre par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Mais le taux avait seulement baissé de 29 % à 18 % entre avril et septembre. À noter, au début de la pandémie au Québec, à la fin de février, le taux de mortalité hospitalière était inférieur à 20 %.

Le taux de mortalité peut chuter pour différentes raisons. « Il peut y avoir un aspect de “récolte préliminaire” [harvesting] en ce sens que les patients plus vulnérables, à cause de leur état ou de facteurs génétiques, ont été emportés au printemps, dit le DVinh. Il peut aussi y avoir un affaiblissement du virus. Ou alors il peut y avoir des améliorations dans les soins, soit par des nouveautés ou à cause de l’organisation des soins. »

Le virus ne semble pas vouloir s’affaiblir, note le DVinh. « On a récemment vu qu’une variante semble se transmettre plus facilement. » Cette variante, qui contient des mutations génétiques par rapport à la souche qui est apparue en Chine au début de l’année, a été au départ identifiée chez des travailleurs agricoles en Espagne, selon une étude publiée la semaine dernière sur le site de prépublication scientifique MedRxiv par des chercheurs européens. Cette nouvelle variante représente 80 % des cas cet automne en Espagne et au Royaume-Uni, et 40 % en France et en Suisse.

Sur le plan des changements dans l’organisation des soins, on hospitalise moins rapidement les patients, selon le DVinh. Mais cela devrait faire augmenter le taux de mortalité, parce que ceux qui se retrouvent dans une chambre d’hôpital sont plus malades. Au Québec, un changement important a été la fin de la mobilité du personnel entre les CHSLD, selon le spécialiste du CUSM.

En chiffres

• 27,2 % des hommes qui ont été hospitalisés pour la COVID-19 au Québec entre février et juillet sont décédés.
• 24,6 % des femmes qui ont été hospitalisées pour la COVID-19 au Québec entre février et juillet sont décédées.
• 42,7 % des personnes de plus de 90 ans qui ont été hospitalisées pour la COVID-19 au Québec entre février et juillet sont décédées.
Source : INSPQ