(Alma) Adrien Desbiens est entré à l’hôpital d’Alma pour une opération à un genou. Il en est ressorti avec la COVID-19.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

L’homme de 87 ans a pensé y rester. Il a survécu, même si l’un de ses poumons garde des séquelles. Sa famille lance aujourd’hui un appel à la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean, région la plus touchée par le coronavirus au Québec.

« Les gens doivent être vigilants. Quand ça arrive à un de tes proches, ce n’est pas drôle. C’est important de faire attention », insiste sa fille, Lilianne.

L’éclosion à l’hôpital d’Alma a entraîné jusqu’à maintenant 119 cas, dont 35 usagers. Il s’agit de la plus importante éclosion en milieu hospitalier de cette deuxième vague, confirme le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui la qualifie « d’éclosion majeure ».

« Je vais mourir »

Adrien Desbiens en sait quelque chose. Admis le 5 octobre pour un séjour de deux jours à l’hôpital d’Alma, il n’est rentré à la maison que trois semaines plus tard.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Hôpital d’Alma

Juste avant son opération, il a dû subir un test de COVID-19. Le résultat était négatif. Puis cinq jours après son admission, un second test le trouvait positif. Son état s’est détérioré, il a été transféré dans la zone chaude de l’hôpital de Chicoutimi.

Sa famille ne pouvait venir le voir. L’homme, confus, délirait et ne savait pas où il était, expliquent ses proches.

Il nous disait au téléphone : « Je vais mourir sans voir ma femme pis mes enfants. » Il nous disait ça tous les jours.

Lilianne, fille d’Adrien Desbiens

Les enfants de M. Desbiens pensent que plus aurait pu être fait pour protéger leur père. « Ça rentrait d’une chambre à l’autre, d’une chambre COVID jusqu’à la chambre de papa. Je n’en revenais pas », lâche Lilianne Desbiens.

Mais elle s’empresse d’ajouter, comme pour ne pas accabler les travailleurs. « Il ne faut pas les blâmer. Ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne. Il y a un manque de personnel, dit-elle. Les filles rentraient fatiguées, fatiguées, fatiguées… C’est inhumain. »

« On tient le coup »

L’hôpital d’Alma n’est pas le seul de la région à préoccuper les autorités. Celui de Chicoutimi est le théâtre d’une éclosion qui a fait 113 cas jusqu’à maintenant.

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Hôpital de Chicoutimi

Ces éclosions dans les milieux de soins du Saguenay – Lac-Saint-Jean ont des impacts importants sur la main-d’œuvre. Dans la région, 491 travailleurs de la santé sont retirés parce qu’ils sont infectés ou pour d’autres raisons.

« C’est vraiment inquiétant », lâche Julie Bouchard, présidente de la Fédération des intervenantes en soins du Québec pour le Saguenay – Lac-Saint-Jean (FIQ).

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On était déjà en pénurie de personnel ici dans la région avant la pandémie. On était déjà en temps supplémentaire obligatoire de manière assez excessive. Là, on accentue ça fois 1000.

Julie Bouchard, présidente de la Fédération des intervenantes en soins du Québec pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean

Pour Julie Bouchard, il ne fait aucun doute que le matériel manquait pour protéger le personnel. « Je dis depuis le début de la première vague que ça prend le masque N95. Le masque chirurgical ne protège pas adéquatement », selon elle.

Appeler des renforts ?

Mme Bouchard se demande si le Saguenay–Lac-Saint-Jean ne devrait pas lancer un appel à l’aide au personnel soignant des autres régions. « On ne peut pas dégarnir une région pour venir nous aider. Mais même si c’est juste deux ou trois personnes qui viennent nous donner un coup de main, ça peut aider. »

Le directeur régional de santé publique assure que ce n’est pas encore nécessaire. « Pour l’instant, ça tient le coup », lâche le DDonald Aubin.

« C’est préoccupant, tout ça. Mais ce qui nous préoccupe beaucoup, c’est la communauté. Il y a une accélération très, très forte dans la communauté », note le DAubin.

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Quand on a au-delà de 80 éclosions, pour une région comme la nôtre, c’est vraiment beaucoup. Il y en a dans les écoles, dans les entreprises, dans les milieux de soins…

Le DDonald Aubin, directeur régional de santé publique

Le DAubin pense qu’en réduisant la transmission communautaire, « ça va devenir moins lourd dans le réseau hospitalier ».

C’est d’ailleurs en partie ce qui explique le passage dans la région lundi du ministre de la Santé. Christian Dubé a imploré la population de réduire ses contacts.

La région recensait mardi 313 cas actifs par 100 000 habitants, le plus haut taux au Québec. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est « la région où c’est le plus difficile au Québec », a rappelé le premier ministre François Legault.