(Québec) L’épicentre de la pandémie de COVID-19 au Québec se trouve désormais au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où la santé publique tente de mobiliser la population pour ralentir la progression de ce virus qui a « envahi la communauté ».

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Alors que les autorités invitent les citoyens de cette région à limiter leurs contacts, un restaurateur de Chicoutimi veut défier les règles et ouvrir sa salle à manger vendredi. Les policiers préviennent que le propriétaire et les clients s’exposent à une lourde amende.

« On a eu une courbe très accentuée, qu’on maintient, d’ailleurs. Actuellement, on n’a pas de signe de fléchissement », prévient en entrevue le directeur de la Santé publique régionale au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le DDonald Aubin.

« C’est un ensemble de petites éclosions. C’est dans ce sens qu’on dit que ça a envahi la communauté. »

Selon les derniers chiffres en date, la région compte 233 cas actifs pour 100 000 habitants, le pire bilan de la province. Lanaudière n’est pas loin derrière, avec 224 cas, puis suit la Gaspésie, avec 187 cas.

La région de la Capitale-Nationale, qui a détenu un moment le titre peu enviable d’« épicentre », a redressé la barre et compte désormais 113 cas actifs pour 100 000 habitants, une situation comparable à celle de Montréal (110 cas).

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean avait pourtant été largement épargné lors de la première vague. Mais c’est la proximité de la région avec Québec qui a ouvert la voie au virus, selon la Santé publique.

Québec s’est retrouvée l’épicentre. Nous, on est évidemment très près de Québec. Quand on est proche de l’épicentre, les risques sont présents.

Le DDonald Aubin, directeur de la Santé publique régionale au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Les enquêtes épidémiologiques ont démontré que les éclosions n’étaient pas dues au tourisme. Ce sont plutôt des gens de la région qui seraient allés à Québec et en seraient revenus porteurs du virus. Les deux régions sont très liées, rappelle le DAubin.

« Et la circulation entre Québec et le Saguenay, c’est très fluide, très accessible avec l’autoroute, dit-il. On a eu un certain nombre d’entrées de Québec. »

Un restaurateur défie Québec

Pour freiner la progression du virus, la région est en zone rouge depuis lundi. La Santé publique martèle également son message : les citoyens du Saguenay–Lac-Saint-Jean doivent réduire leurs contacts et adopter des gestes barrières.

Mais ce message ne percole pas partout. Deux restaurateurs de la région ont annoncé plus tôt cette semaine leur intention d’ouvrir leur salle à manger vendredi.

Le gouvernement du Québec les a dénoncés et a rappelé qu’ils recevraient des amendes. Les policiers les ont rencontrés pour les avertir et les « sensibiliser ».

L’un d’eux a plié. Pizza Maximum, à La Baie, a annoncé sur sa page Facebook jeudi que sa salle resterait fermée « suite à la visite des policiers, à l’appel de la santé publique, et [aux] menaces non seulement d’amendes, mais de nous retirer notre permis d’opération et d’alcool ».

Le chef propriétaire du restaurant Temaki, à Chicoutimi, confirme toutefois à La Presse son intention d’ouvrir vendredi à 14 h. « On garde le cap », lance Michaël Tremblay.

M. Tremblay assure que des clients ont manifesté leur intention de venir manger dans son établissement par solidarité, et qu’ils sont conscients des risques d’amende.

Personne du milieu de la restauration ne s’est levé au Québec. Notre industrie a été touchée fortement. Il y a beaucoup de gens qui ont mis leur passion, leur vie, leur hypothèque là-dedans. Et ils vont tout perdre.

Michaël Tremblay, chef propriétaire du restaurant Temaki

Le Service de police de Saguenay indique qu’il n’hésitera pas à donner des amendes. Celles-ci peuvent atteindre 6000 $.

« On a fait des interventions dans le but de les sensibiliser, de leur expliquer clairement le décret et les conséquences de ne pas le respecter », explique Bruno Cormier, porte-parole du Service de police de Saguenay.

« Si demain ces gens-là maintiennent leur salle à manger ouverte, il y aura des rapports qui seront faits. Ces gens-là risquent la visite des policiers. »

Le premier ministre du Québec lui-même veut s’assurer que les gens du Saguenay–Lac-Saint-Jean respectent les règles sanitaires, tout comme ceux de Lanaudière.

« J’ai même demandé à la ministre de la Sécurité publique de voir si on peut en faire plus pour les aider à réduire le nombre de nouveaux cas, à faire mieux appliquer les consignes dans ces deux régions », a dit François Legault jeudi.