Alors que le bilan des morts continue de s’alourdir au Québec malgré l’atteinte d’un plateau quant au nombre de nouvelles infections, des experts rappellent qu’il faudra de nouveau suivre activement la circulation du virus dans les milieux de vie pour personnes âgées, comme lors de la première vague, afin d’éviter une perte de contrôle.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Petit à petit, on voit que les cas augmentent chez les aînés, surtout parce que les plus jeunes les contaminent. On doit vraiment redoubler de prudence », implore Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Au cours des sept derniers jours, les chiffres de la Santé publique démontrent une hausse d’environ 60 % du nombre de morts survenues dans les CHSLD, passant de 33 à 53. Pendant ce temps, le nombre de décès survenus chez des personnes vivant à domicile a chuté, de 55 à 39. Enfin, dans les résidences pour personnes âgées (RPA), ces chiffres sont demeurés relativement stables, autour de 20.

On rapporte en moyenne 23 morts par jour, depuis une semaine ; plus de 90 % d’entre elles figurent chez les 70 ans et plus. Or, la répartition géographique de ces décès montre que le réseau de la santé montréalais est beaucoup moins touché cette fois. « C’est comme si la COVID-19 se déplaçait de plus en plus en région », observe Mme Da Silva.

Une série de facteurs pourraient d’ailleurs expliquer cette tendance, selon elle, dont le fait que les établissements de Montréal ont probablement été « mieux formés et sensibilisés aux bonnes pratiques », vu le nombre d’éclosions au printemps dernier. « Comme il y a eu beaucoup de décès à Montréal, il y a beaucoup de lits vides, ce qui permet d’isoler les gens plus facilement », ajoute aussi la spécialiste.

La mortalité va redescendre, mais on ignore quand. Est-ce que ce sera le printemps prochain ou à Noël ? Plus les gens feront attention, plus on y arrivera tôt.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Le même modèle qu’ailleurs

Spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal (HGJ), le DMatthew Oughton est catégorique : la hausse du nombre de morts au Québec peut être comparée avec bien d’autres scénarios dans le monde.

« C’est exactement le même modèle que dans bien d’autres pays ; on a commencé avec un virus circulant chez les jeunes, et là, on voit des pointes importantes dans la population vulnérable », soutient-il. Le principal danger, actuellement, est que les Québécois s’assoient sur l’atteinte d’un plateau, quant aux nouvelles infections.

C’est très préoccupant, parce qu’on est dans des mesures de zone rouge depuis cinq semaines. À part ce plateau, nous n’avons pas réussi à faire baisser les chiffres.

Le Dr Matthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal

Le Québec a rapporté mercredi 33 morts supplémentaires liées à la COVID-19. Pendant ce temps, la hausse du nombre d’hospitalisations s’est poursuivie, et le nombre de cas a de nouveau grimpé au-dessus du millier. Ces nouvelles données quotidiennes portent à 6350 le nombre de personnes ayant succombé à la maladie depuis le début de la crise.

Dix de ces morts ont été rapportées dans la région de la Capitale-Nationale à elle seule. La Montérégie recense aussi neuf décès, suivie de la région de Montréal avec trois morts. Québec a également rapporté 1029 nouvelles infections quotidiennes, pour un total de 109 918 Québécois qui ont maintenant contracté le virus. Le nombre d’hospitalisations, lui, a bondi de 13 par rapport à la veille. Actuellement, 539 personnes sont toujours hospitalisées. De ce nombre, 81 patients se trouvent aux soins intensifs.

Par régions

Avec 86 nouveaux cas mercredi, soit près du double de la veille, la situation demeure très préoccupante au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La région, qui était pratiquement épargnée jusqu’à maintenant, est désormais l’endroit le plus touché, avec près de 26 cas par 100 000 habitants.

Lanaudière a également affiché 120 nouveaux cas ; la tendance dans cette région est toujours à la hausse, avec près de 24 cas par 100 000 résidants.

Le premier ministre François Legault s’est d’ailleurs vivement inquiété mardi d’une détérioration de la situation à Alma et à Jonquière, mais aussi dans le nord de Lanaudière, à Joliette. « Je veux demander aux citoyens de ces deux régions de porter une attention spéciale à la réduction des contacts », a-t-il dit.

En Mauricie, on recense par ailleurs 97 nouvelles infections, une hausse marquée par rapport aux 59 cas qui avaient été déclarés mardi. Il en va de même en Outaouais, qui rapporte 49 cas déclarés mercredi, alors que la région n’en avait que 23 et 31 dans les deux derniers jours. Montréal, elle, a totalisé 205 nouvelles infections, alors que la Capitale-Nationale en a présenté 74. Chaudière-Appalaches en a aussi totalisé 73. Dans ces trois cas, il s’agit d’un chiffre relativement stable, quand on le compare aux derniers bilans quotidiens.