Une autre usine d’Olymel est frappée par une importante éclosion de COVID-19. L’abattoir de porcs de Princeville, dans le Centre-du-Québec, compte officiellement 58 employés infectés sur 370.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Au cours du week-end, la santé publique a procédé à une campagne de dépistage massive après l’apparition de 14 cas au sein du personnel. Au total, 164 employés ont été dépistés depuis le début de cette éclosion le 23 octobre.

Tous les cas négatifs asymptomatiques — soit une centaine d’employés environ — subiront un deuxième test de dépistage jeudi. Il s’agit d’une nouvelle pratique mise à l’essai dans cette industrie terrassée par des éclosions depuis mars.

C’est la deuxième éclosion majeure à survenir au sein d’un abattoir d’Olymel pendant la deuxième vague de la pandémie. Au cours des dernières semaines, 127 employés ont aussi contracté le virus à l’abattoir de Vallée-Jonction, en Beauce.

Plutôt que de fermer l’usine durant deux semaines pour endiguer la propagation, la Direction régionale de la santé publique (DRSP) de Chaudière-Appalaches et la direction d’Olymel ont décidé de mettre en place un projet pilote de dépistage hebdomadaire chez les employés asymptomatiques ayant reçu un résultat négatif.

Vendredi, une première cohorte de 107 travailleurs a été dépistée. Cinq tests se sont avérés positifs.

« De la même façon, nous allons aussi procéder à un deuxième tour de roue pour le dépistage cette semaine et nous évaluerons l’opportunité de poursuivre cette intervention de façon hebdomadaire et même possiblement, selon ces résultats, d’en élargir l’application à l’ensemble des travailleurs de cette usine », a indiqué Kellie Forand, porte-parole de la DRSP de la Mauricie–Centre-du-Québec.

Partout en Amérique du Nord, les usines de transformation de viande sont frappées par des éclosions de COVID-19. La distanciation physique de deux mètres est difficile à appliquer et le virus SARS-CoV-2 a tendance à survivre plus longtemps dans les milieux froids et humides.

Plus de mesures

Tant à Vallée-Jonction qu’à Princeville, la majorité des cas sont survenus dans le département de la découpe, où les employés travaillent coude-à-coude.

Plexiglas entre les postes de travail, port du masque, désinfection : des mesures étaient déjà en place dans les deux établissements depuis la première vague. À l’instar de Vallée-Jonction la semaine dernière, elles seront renforcées à Princeville.

« C’est sûr que ce n’est jamais facile à gérer, mais la priorité, pour nous, c’est les travailleurs parce que sans cet ingrédient-là, il n’y a rien qui est possible », a indiqué le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault.

Des infirmières ont été embauchées par Olymel afin de dépister les symptômes des employés. Du personnel sera désormais affecté exclusivement à disperser les attroupements dans les aires communes ainsi qu’à s’assurer du respect des mesures de distanciation.

Le service de navette sera aussi étendu pour éviter le covoiturage. Les horaires seront réaménagés pour éviter les croisements entre les quarts de travail.

Pour éviter que des employés symptomatiques se présentent au travail, un mécanisme d’avance de salaire sera mis sur pied.

Les porcheries débordent

Pendant que les abattoirs de Princeville et de Vallée-Jonction tournent au ralenti, les éleveurs, eux, restent pris avec leurs bêtes. Près de 88 000 porcs sont « en attente » d’être abattus, soit près de six fois plus qu’en temps normal.

Un porc « en attente » est un animal prêt à être abattu. Lors de la première vague de COVID-19, un pic record de 100 000 bêtes « en attente » avait été atteint en raison de la fermeture de l’abattoir d’Olymel de Yamachiche en Mauricie durant deux semaines.

« On n’est pas en mode panique, mais on est en mode de dire : il faut absolument qu’il y ait une diminution qui se fasse », a indiqué le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval en entrevue avec La Presse.

Lors de la fermeture de l’usine de Yamachiche, on avait craint de devoir recourir à l’abattage dit humanitaire des bêtes trop lourdes pour rentrer dans la machinerie des abattoirs, ce qui avait finalement été évité.

« Le plan double Z, ç’a toujours été l’abattage humanitaire. On ne veut pas avoir à recourir à ça, mais c’est sûr qu’il ne faut pas se mettre dans le sable et dire que ça n’arrivera jamais », explique M. Duval en entrevue avec La Presse. « S’il y avait un abattoir qui fermerait demain pour n’importe quelle raison, il faudrait l’envisager. »

Le Québec a une capacité d’abattage de près de 170 000 porcs par semaine

L’objectif est de redescendre à 30 000 porcs « en attente » avant Noël, dit M. Duval. En raison des jours fériés, les usines de transformation ferment l’équivalent d’une semaine durant le temps des fêtes. « Si début décembre j’ai encore 88 000 porcs en attente, c’est sûr que je vais trouver ça pas mal tough. »

Une industrie frappée par de nombreuses éclosions

Olymel, Yamachiche. Abattoir de porc. Mars-avril : 134 cas

Cargill, High River (Alberta). Abattoir de bœuf. Mars-avril : 937 cas

JBS, Brooks (Alberta). Abattoir de bœuf. Mars-avril : 683 cas

Olymel, Ange-Gardien. Abattoir de porc. Avril : 71 cas

Exceldor, Saint-Bruno-de-Montarville. Usine de transformation de volaille. Mars-avril : 31 cas

Cargill, Chambly. Usine de transformation de la viande. Mai : 73 cas

Ferme les Voltigeurs, Drummondville. Élevage, transformation et abattage de volaille. Octobre : 34 cas

Sources : Direction régionale de la Santé publique Mauricie–Centre-du-Québec, ministère de la Santé de l’Alberta, Exceldor, Olymel, syndicat des TUAC.