Depuis le début du mois d’octobre, le profil des personnes qui succombent à la COVID-19 a commencé à changer au Québec. Alors que durant la première vague, la vaste majorité des morts étaient constatées en CHSLD, aujourd’hui, plus de la moitié des personnes qui succombent à la maladie sont à domicile.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
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Selon le premier ministre, François Legault, ce changement dans les statistiques témoigne surtout de la « grande amélioration » de la situation dans les CHSLD. Mais des regroupements de proches aidants et d’usagers du réseau demeurent inquiets. « On se demande si les gens qui restent à domicile reçoivent les soins nécessaires », affirme Marc Rochefort, président du Regroupement provincial des comités des usagers.

Le nombre de morts quotidiennes liées à la COVID-19 continue de toucher très majoritairement des gens de 70 ans et plus dans la province. Jeudi, Québec a rapporté 1030 nouveaux cas de COVID-19 et 25 morts. Toutefois, la situation ne se compare pas à la première vague, alors que jusqu’à 153 personnes étaient mortes le même jour.

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Depuis le début du mois d’octobre, 41 % des 326 morts liées à la COVID-19 ont été constatées à domicile, 34 % en CHSLD, 19 % en résidence privée pour aînés et 6 % en ressource intermédiaire. Lors de la première vague, les deux tiers des morts étaient constatées en CHSLD.

En conférence de presse, le premier ministre Legault a souligné que « la grande différence entre cet automne puis ce printemps, c’est qu’il y a beaucoup moins de décès dans les CHSLD ». Même si le nombre de morts augmente peu à peu depuis septembre, M. Legault indique que « quand on regarde le ratio, actuellement, il y a moins de décès par cas si on fait une proportion ».

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Moins de places en CHSLD ?

À la suite des nombreuses morts survenues en CHSLD lors de la première vague, des CHSLD ont suspendu les admissions de nouveaux résidants. Certains en ont profité pour transformer leurs chambres pour deux personnes en chambres individuelles. Les admissions ont repris depuis, mais à vitesse variable selon les régions.

Directrice générale du Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ), Mélanie Perroux explique qu’avec l’hécatombe survenue durant la première vague en CHSLD, de nombreuses familles hésitent maintenant à leur confier un proche. « Les proches aidants ne sont pas rassurés. Ils gardent leurs proches à la maison. Mais ils s’épuisent », dit-elle. M. Rochefort constate aussi ce phénomène.

Beaucoup de gens qui devaient arriver en CHSLD n’arrivent pas. Mais les familles sont à bout de souffle. Parce que l’aide à domicile n’augmente pas.

Marc Rochefort, président du Regroupement provincial des comités des usagers

« On entend encore parler d’aînés qui ont de la misère à recevoir des soins », dit pour sa part le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.

M. Rochefort constate aussi que sur le terrain, des étages complets de certains CHSLD sont actuellement transformés pour accueillir d’autres types de clientèles. Par exemple, un étage du CHSLD Champlain à Verdun accueillera des gens ayant besoin de réadaptation intensive. « On n’arrête pas de supprimer les places de CHSLD », dit M. Rochefort.

Selon lui, cette situation est incompréhensible, alors que plus 3000 personnes attendent une place d’hébergement en CHSLD au Québec, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. « Pendant ce temps, le privé se développe », dit M. Rochefort.

Une étude diffusée jeudi soir par Louise Boivin, chercheuse de l’Université du Québec en Outaouais, démontre en effet que l’hébergement de longue durée pour aînés est majoritairement entre les mains de promoteurs privés au Québec. Selon l’analyse, 32 061 places d’hébergement pour aînés offrant des services d’assistance, de soutien ou de soins sont actuellement gérées par des promoteurs privés, contre 31 223 places du réseau public.

L’étude de Mme Boivin révèle aussi que le secteur de l’hébergement pour aînés est « dominé par de grands groupes ». « Ce sont des entreprises qui s’inscrivent dans une logique de profits autre que la logique de soins. Ça nous interpelle. Surtout avec la pandémie qui a mis en lumière la complexité des soins en hébergement pour aînés », explique Mme Boivin.

25 morts supplémentaires, dont beaucoup à Québec

Le Québec a par ailleurs rapporté jeudi 25 morts supplémentaires en raison de la COVID-19, portant le bilan à 6214 depuis le début de la pandémie. C’est à Québec que l’on en déplore le plus. La région de la Capitale-Nationale rapporte en effet 9 morts de plus. Dans la région voisine, Chaudière-Appalaches, on en compte 2. La Gaspésie en recense aussi 2 de plus.

Dans la région métropolitaine, Montréal enregistre 5 morts supplémentaires ; la Montérégie, 3 ; les Laurentides, 2 ; et Laval, 1.

Les autres régions n’ont pas rapporté de morts supplémentaires jeudi.

En plus des 25 morts, le Québec a fait état jeudi de 1030 nouveaux cas confirmés. La province se trouve ainsi toujours sur un plateau d’un millier de cas par jour, bien qu’une légère tendance à la baisse se fasse sentir.

D’ailleurs, le nombre d’hospitalisations poursuit une tendance à la baisse depuis une semaine. Jeudi, 509 personnes se trouvaient à l’hôpital, soit 17 de moins que la veille. La baisse est particulièrement marquée aux soins intensifs. On y compte désormais 78 personnes, soit 11 de moins que la veille.

Une gestionnaire relevée de ses fonctions en Montérégie

La gestionnaire qui avait été nommée responsable du CHSLD Sainte-Croix à Marieville a été relevée de ses fonctions, a confirmé jeudi matin le PDG du CISSS de la Montérégie-Centre, Richard Deschamps. L’établissement est aux prises avec une éclosion majeure, alors que 79 personnes âgées et 73 employés ont été infectés depuis la fin du mois de septembre ; 25 résidants sont aussi morts. Parmi les facteurs ayant contribué à l’éclosion au CHSLD Sainte-Croix, un bris est survenu au laboratoire analysant les échantillons provenant des tests de dépistage dans la semaine du 22 septembre. Le bris a persisté quatre jours et entraîné des retards dans les analyses. Une équipe-choc du gouvernement a été envoyée sur place la semaine dernière. Une enquête interne a été déclenchée. — Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse