(Québec) Le gouvernement Legault ne ferme pas la porte aux revendications d’un groupe de médecins.

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

Les 700 signataires d’une lettre obtenue par La Presse canadienne réclament entre autres la nomination d’un directeur à la tête de chaque hôpital pour pouvoir prendre des décisions rapidement dans la lutte au coronavirus.

Le groupe de médecins soutient que des patients sont morts durant la pandémie, parce que des décisions locales ont été bloquées par des gestionnaires des structures régionales, dans les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et des Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS).

Ils ont remis un rapport en juin, mais le ministre de la Santé, Christian Dubé, dit ne pas en avoir pris connaissance.

En conférence de presse jeudi au parlement, il a affirmé que la réforme du ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette, en 2015, avait eu des effets « excessivement négatifs ». Plus de 1000 postes de cadres avaient alors été abolis. M. Dubé dit vouloir changer la gouverne, mais pas la structure.

« Je comprends pourquoi ils sont déçus, a-t-il déclaré. Cette réforme Barrette a énormément centralisé les décisions, puis empêche une agilité au niveau local. »

Il a dit qu’il était prêt à faire des « ajustements » dans les centres hospitaliers, en prenant précisément l’exemple des CHSLD, où le gouvernement caquiste a réinstitué un dirigeant local dans chaque établissement à la suite du désastre de la première vague de coronavirus.

« On n’a pas eu peur d’appliquer pour changer la gouvernance dans les CHSLD. Si on doit faire des ajustements dans les centres hospitaliers, on va les faire. »

Partis d’opposition

Le Parti libéral (PLQ), qui a adopté la loi ayant abouti à cette centralisation quand il était au pouvoir, soutient que cette réforme permet au ministre de changer à sa guise les organigrammes.

« C’est qu’à l’intérieur de cette loi-là, on a des mécanismes qui permettent justement de prendre ces décisions-là », a plaidé la cheffe libérale, Dominique Anglade.

Québec solidaire a appuyé le mouvement des médecins. Le porte-parole du parti en santé, Gabriel Nadeau-Dubois, demande au gouvernement d’écouter ces professionnels et de mettre en place leurs solutions.

« La pandémie démontre que les réformes de Gaétan Barrette ont désorganisé le réseau de la santé, ont créé des monstres technocratiques qui sont complètement déconnectés de la réalité des patients puis de la réalité des soignants », a-t-il dit en conférence de presse jeudi matin à l’Assemblée nationale.

Le Regroupement québécois des médecins pour la décentralisation des soins de santé rassemble plus de 700 professionnels d’une cinquantaine d’établissements. Dans sa lettre, il soutient que la centralisation a été un « facteur aggravant » dans la pandémie.

Son porte-parole, Dr Vincent Bouchard-Dechêne, a assuré qu’il pourrait donner une « pléthore d’exemples dramatiques de gens qui sont décédés à cause de la centralisation », mais qu’il y a encore une omerta dans le réseau de la santé.

Des centres hospitaliers de Montréal n’ont pu appliquer des mesures adéquates, parce qu’ils étaient « freinés par les structures ».

Des professionnels des soins ne peuvent même pas décider de mettre une paroi entre deux sections d’un hôpital afin d’éviter des contaminations. Ils doivent s’adresser à un gestionnaire du CIUSSS qui pourrait n’avoir jamais mis les pieds dans le bâtiment et qui pourrait refuser.