Les salles de sport indépendantes ont décidé de rouvrir ce jeudi coûte que coûte, même si le gouvernement les a prévenues qu’il y aurait des amendes. Lundi soir, le regroupement de quelque 200 propriétaires de centre d’entraînement, dont l’un des porte-parole est membre des Hells Angels, était déçu que le premier ministre ne change pas ses plans à la suite de leur cri du cœur lancé lundi matin.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
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Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
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« On s’est rencontrés lundi soir et on en est venus à la conclusion que de faire faillite avec des contraventions ou sans contraventions, ça ne faisait aucune différence », a dit en entrevue l’un des porte-parole de la coalition, Dan Marino, propriétaire du Mega Fitness à Québec.

La coalition formée de 200 gyms, centres de yoga, de danse, d’arts martiaux et de CrossFit a réclamé lundi matin le déconfinement des salles de sport, fermées depuis le 8 octobre pour freiner la propagation de la COVID-19. Selon les propriétaires de ces établissements, les gyms ne sont pas d’importants lieux d’éclosion, et ils réclament des preuves du contraire au gouvernement. Ils suggèrent à l’État de rouvrir leurs centres et, si les cas augmentent après une semaine, ils accepteraient l’évidence et refermeraient.

Cependant, en fin de journée, le gouvernement n’avait pas changé d’avis. « On va s’assurer avec les policiers que la loi soit respectée », a répondu le premier ministre François Legault lors de son point de presse de 17 h.

Dan Marino affirme que son mouvement n’en est pourtant pas un de désobéissance, mais de propriétaires qui veulent seulement exploiter leurs commerces. Il promet d’accueillir gentiment les policiers le 29 octobre.

On va dire aux policiers de faire leur travail. Je vais même appeler au poste de police de mon quartier la veille pour leur dire que je vais ouvrir, de venir donner les contraventions, et on va s’arranger avec ça.

Dan Marino, propriétaire du Mega Fitness à Québec

« S’il y a des amendes, nous sommes préparés à cette éventualité », a expliqué un autre membre de la coalition, Christian Ménard, vice-président de Pro Gym à Montréal, où s’est tenu un des points de presse lundi matin pour interpeller le gouvernement. Un autre avait lieu simultanément à Québec.

Christian Ménard est membre de la section des Hells Angels de Sherbrooke depuis 2005. Il nous l’a confirmé lui-même au téléphone. Il a été arrêté lors de l’opération SharQc en 2009, accusé de complot pour meurtre, mais au troisième jour du procès, la Couronne a déposé un nolle prosequi (un arrêt des procédures) contre lui. ll a été libéré de toutes ses accusations et poursuit actuellement le gouvernement pour 3 millions de dollars.

« Je suis déçu qu’on mette la lumière sur moi, parce que je suis un Hells Angel, plutôt que de se concentrer sur le message, a-t-il confié au téléphone lundi soir. Au Pro Gym, on veut juste continuer à faire notre travail. Depuis le début de la pandémie, on a suivi les règles à la lettre et même plus qu’on nous le demande. »

Coup dur pour les sportifs

Les signataires du communiqué sont des propriétaires de salles de sport indépendantes. Les grandes chaînes ne font pas partie de cet appel à la réouverture.

Le réseau Énergie Cardio ne prend pas part au mouvement, confirme sa vice-présidente Éveline Canape.

Nous sommes d’accord avec toutes leurs revendications. Notre place est essentielle pour maintenir la santé mentale des gens et on veut rouvrir. Mais nous voulons respecter la loi et les efforts que tous les Québécois font depuis le mois de mars. On va continuer de collaborer avec le gouvernement.

Éveline Canape, vice-présidente d’Énergie Cardio

Mme Canape parle de la fermeture de début d’octobre comme d’un « coup dur » pour l’industrie, mais aussi pour les usagers des salles de conditionnement physique. « On a des listes de membres à la santé mentale fragile qu’on appelle régulièrement pour avoir de leurs nouvelles. Ça nous dépasse. »

Selon Tanya de Montigny, propriétaire du studio de yoga IDOLEM à Brossard, la déception et l’anxiété de la clientèle sont palpables en raison du manque d’activité physique. Plusieurs salles de sport ne survivront pas à ce deuxième confinement.

« Beaucoup se dirigent vers la faillite, les programmes sont insuffisants et les directives, contradictoires », a-t-elle dit en marge du point de presse de lundi matin.

Des restaurateurs déçus

Une grande déception. Voilà ce qu’ont ressenti de nombreux restaurateurs en apprenant lundi qu’ils devraient rester fermés pour encore quatre autres semaines. Ayant perdu espoir, certains ne s’attendent pas à pouvoir accueillir des clients avant Noël. « [Dans ces conditions], d’ici Noël, je ne m’attends pas à quoi que ce soit », a lancé d’emblée Pierre-Luc Chevalier, copropriétaire des restaurants Régine Café et Janine Café, quelques minutes après l’annonce, lundi, du premier ministre Legault concernant le prolongement de la fermeture des restaurants en zone rouge.

« On ne peut pas dire qu’on est surpris, mais on est déçus et découragés, a pour sa part indiqué Richard Scofield, président et chef de la direction du Groupe St-Hubert. Le temps des Fêtes arrive, ça commence à être long. » Il maintient par ailleurs que les restaurants sont des endroits sécuritaires et non des lieux de propagation de la COVID-19. Il compte d’ailleurs parmi les 40 signataires d’une lettre qui demandait la semaine dernière la réouverture des salles à manger.

« On espère que ça va ouvrir pour Noël, mais si le nombre de cas ne descend pas, ça ne rouvrira pas », lance Claudine Roy, présidente du conseil d’administration de l’Association Restauration Québec (ARQ).

Reprochant au gouvernement de donner peu d’informations sur la suite des choses, Benjamin Chevrefils, vice-président du Groupe ZIBO !, entreprise québécoise qui possède huit établissements, reste tout de même optimiste. « J’ai encore bon espoir qu’on pourra ouvrir avant Noël. »